Bayonne (64) : Sur les traces de l’histoire négrière

Le port de Bayonne a armé dix-sept navires négriers pour transporter cinq mille captifs, envoyés comme esclaves dans les colonies occidentales. L’association Mémoires & Partages a animé le 27 avril la première visite guidée racontant l’histoire de la traite négrière à Bayonne.

Philibert de Gramont, ancien gouverneur-maire de Bayonne, avait armé en 1580 un navire négrier à destination des côtes de Guinée. © Bob EDME

Philibert de Gramont, ancien gouverneur-maire de Bayonne, avait armé en 1580 un navire négrier à destination des côtes de Guinée

La première visite guidée de Bayonne retraçant l’histoire de l’esclavage a attiré une vingtaine de curieux, malgré la météo pluvieuse du mardi 27 avril. Le réseau Mémoires & Partages, qui compte désormais une antenne locale au Pays Basque Nord, animait ce parcours en six étapes à travers ce qui fut, à la fin du dix-huitième siècle, le huitième port colonial de l’État français. A une moindre échelle par rapport à Bordeaux ou Nantes, Bayonne a aussi participé au commerce triangulaire et abrité quelques esclavagistes.

Sur la place de la Liberté où démarre la visite, Karfa Diallo rappelle les origines de la traite et de l’esclavage des Noirs. Cette histoire a commencé au 13e siècle en Afrique, d’abord entre les tribus africaines elles-mêmes. Puis ce furent les Arabes qui assirent leur domination en soumettant les Noirs à leur service. Au 15e siècle, le Portugal mit en place les premiers ports négriers. De là, près de cinq millions d’esclaves furent envoyés en direction du Brésil, dernier pays à avoir aboli l’esclavage, en 1888.

Les traces de la traite négrière à Bayonne nous amènent ensuite vers la rue de Gramont. L’animateur explique qui se cache derrière cet illustre nom. Il s’agit de Philibert de Gramont, ancien gouverneur-maire de Bayonne qui, en 1580 déjà, finança une expédition négrière en direction des côtes de Guinée en quête d’esclaves. « Nous demandons à la mairie de Bayonne de mettre des panneaux explicatifs », intervient Karfa Diallo. « Admettrait-on une rue aux noms de Pétain ou Himmler ? Non. L’esclavage est un crime contre l’humanité » souligne-t-il.

Des colons basques en Haïti

Étape suivante : Kafe Beltza. L’établissement a récemment abandonné son ancien nom, Café Negro. A l’origine, il était même baptisé Café du Negro, une dénomination raciste et insultante, fait remarquer le Bordelais aux origines sénégalaises qui milite par ailleurs pour la débaptisation du quartier biarrot La Négresse.

« Tous ports confondus, 15 millions d’Africains ont été déportés par les Européens ». Armer un bateau négrier, explique Karfa Diallo, demande énormément de fonds. Justement, la visite se poursuit vers la maison de Léon de Brethous (1729-1734), banquier bayonnais qui finança des expéditions négrières. D’autres noms basques jalonnent l’histoire coloniale : Labadie, Carrère, Garat… « Beaucoup de négociants basques se sont associés à des opérations négrières » pointe Karfa Diallo. La capitale d’Haïti, Port-au-Prince, fut ainsi fondée par le Béarnais Joseph de Lacaze, soutenu par son parent l’intendant bayonnais Laporte-Lalanne, et son premier maire à la Révolution fut le Basque Michel-Joseph Leremboure, de Saint-Jean de-Luz.

L’héritage de ce passé est toujours vivant aujourd’hui, à travers une diaspora qui s’est notamment établie rue Sainte-Catherine, dans le quartier Saint-Esprit. C’est ici que s’achève la visite guidée, sur le thème du métissage et de l’importance de transmettre cette connaissance oubliée de l’histoire bayonnaise.

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