Beauté : Une afro-descendante lance une gamme de cosmétiques bio à base de déchets de bananes moches

Temps de lecture : 2 minutes[…] Elle l’avoue :  Le bananier, c’est ma thérapie”. […] Fille d’un militaire natif du Jura,  “la cancoillotte, je craque ! “, et d’une militante associative martiniquaise,  un modèle , Shirley Billot naît à Djibouti, en Afrique de l’Est. À 5 ans, c’est le retour aux Antilles pour le collège et le lycée avant de rejoindre la métropole pour les études, bien obligée – comme des milliers de jeunes des outre-mer. Pour elle, ce sera l’économie en cochant la case d’un master en business intelligence à Panthéon-Assas, d’un autre en management à HEC avant de rejoindre le monde de l’entreprise.

Mes premiers postes étaient à Paris faute de jobs intéressants aux Antilles où, souvent, les recrutements se font au sein des grandes familles propriétaires des entreprises ou favorisent l’embauche de métropolitains… » Jeune active  afro-descendante, elle saisit vite ce que les réalités de la discrimination, du métissage et des stéréotypes impriment dans les esprits. Mais elle s’accroche,  avec mes sœurs, on a reçu une éducation stricte, des valeurs fortes, et répète le mantra créole tchimbé rèd pa moli (tiens le coup, n’abandonne pas). […]

La plante aux mille usages

Et dans le jardin créole, la banane pavane.  Sa culture a été imposée par ordonnance royale en 1 736 aux détenteurs d’esclaves. Ils devaient planter vingt-cinq bananiers par esclave et ces derniers pouvaient ensuite les cultiver. Symbole de liberté, de générosité, d’abondance, on l’appelle la plante aux mille usages. Dans la culture hindoue, elle incarne la beauté, la féminité… D’ailleurs, kadali (qui a donné Kadalys), ça veut dire bananier en sanskrit. […]

En résumé :  C’est prendre soin des peaux avec des bananes moches.  Car sur les 270.000 tonnes de ce fruit transportées vers l’Europe et les grandes surfaces ou marchés, 40.000 restent de côté parce qu’abîmées, ou  célibataires  (détachées du pédoncule central). Shirley Billot les récupère, qu’elles soient vertes, jaunes ou roses, et extrait leurs bioactifs huileux pour faire des produits aux vertus cicatrisantes, anti-âge, brevetés et certifiés par le label Cosmébio.  Et garantis sans chlordécone , devance-t-elle quand vient la question de ce pesticide, poison des îles.  La molécule intoxique la terre mais ne migre pas dans le bananier.  Un sujet qu’elle maîtrise, sa mère ayant été une des premières lanceuses d’alerte sur ce scandale.

Ouest-France