Beauvais (60) : Qui est l’imam Eddy Lecocq, accusé de faire l’apologie du terrorisme dans l’Oise ?

Les responsables de la grande mosquée de Beauvais, fermée pour six mois à la suite d’un arrêté préfectoral publié lundi, ont décidé de faire appel devant le tribunal administratif d’Amiens. La communauté musulmane de l’Oise, entre colère et incompréhension, est sous le choc. Et cherche des solutions pour les 400 fidèles qui se retrouvent sans lieu de culte.

Ils étaient nombreux à espérer que la grande mosquée de Beauvais (Oise) rouvre, que le contre-argumentaire des responsables de l’association Espoir et Fraternité, qui gère le lieu de culte, arrive à infléchir la décision de l’État. À la lecture de l’arrêté préfectoral publié lundi, la sentence de six mois de fermeture administrative apparaît pourtant sans appel.

Les prêches de l’imam Islem, Eddy Lecocq de son nom de naissance, sont au centre de la sentence. Pour la préfecture, ce dernier, même s’il est présenté comme intervenant extérieur, est en réalité « l’imam régulier de la grande mosquée ». Et six griefs ont été retenus contre lui, notamment une apologie du djihad, qui peut être considéré « comme un appel au terrorisme », signalent les autorités. Et des propos discriminants « envers les homosexuels et les femmes ».

Beauvais, ce mardi, devant la mosquée Saint-Jean. Cette dernière ne pouvant accueillir qu'une centaine de fidèles, elle ne pourra pas recueillir ceux de la grande mosquée, qui sont environ 400. LP/Patrick Caffin
Beauvais, ce mardi, devant la mosquée Saint-Jean. Cette dernière ne pouvant accueillir qu’une centaine de fidèles, elle ne pourra pas recueillir ceux de la grande mosquée, qui sont environ 400.

Dans des extraits de prêches, cités dans le document préfectoral, Eddy Lecocq assimile ainsi « les combattants du prophète à des héros » et, s’adressant à un enfant, l’imam assure que « ces musulmans, ils s’en fichent de la mort, ils sont prêts pour rencontrer Allah. Si tu fais ce qu’Allah t’a demandé, tu n’auras pas peur de mourir. » Des propos s’attachant à des faits historiques, défendait l’association.

L’imam Islem : « Je ne me prononcerai pas seul »

La préfecture n’est pas d’accord, citant un passage en particulier, où l’imam Islem, dit, en lien avec les propos ci-dessus : « C’est cela qui fait peur aux ennemis de l’islam, à cette époque-là et encore aujourd’hui en fait », ce qui témoigne du « caractère actuel de cette position », pour la préfecture, qui lui reproche de diviser la société avec une « pratique rigoriste et radicale de la religion » et « la supériorité des règles religieuses sur celles du droit ».

Beauvais, ce mardi. Avec la fermeture de la grande mosquée, ce sont 400 fidèles qui se retrouvent sans lieu de culte.
Beauvais, ce mardi. Avec la fermeture de la grande mosquée, ce sont 400 fidèles qui se retrouvent sans lieu de culte.

Mais qui est Eddy Lecocq ? Contacté, ce dernier livre une courte réponse : « Pour l’instant, je suis représenté par l’association de la mosquée. Dans l’attente de leur réponse, je ne me prononcerai pas seul. » Originaire de Pont-Sainte-Maxence, ce trentenaire s’est converti à l’adolescence, à la fin des années 2000, comme en témoigne un membre du personnel du lycée Jules-Uhry, à Creil, où il était scolarisé. « Du moment où il est entré en religion, il a tout vécu intensément, peut-être trop. Il parlait déjà de faire ses études à Médine (Arabie saoudite). » C’est d’ailleurs ce qu’indiquent les réseaux sociaux de l’imam : « Diplômé de la Faculté du Hadith à l’Université Islamique de Médine ».

Pourtant, pour ce même membre du personnel du lycée creillois, il ne tendait pas, à l’époque, vers une radicalisation, au sens terroriste du terme. « Il a surtout une vision assez fermée, qui s’inspire d’imams du monde arabe qui ont une façon bien différente de faire des imams français. »

« On n’a rien à voir avec ça »

Pour un musulman du Bassin creillois qui connaît l’imam, ce dernier suivrait au contraire « un courant de l’islam qui combat les groupes terroristes », même si « on peut effectivement le décrire comme conformiste ou traditionnel ». Contactés, des proches d’Eddy Lecocq dénoncent une « fermeture injustifiée » et des « accusations mensongères ».

L’association Espoir et Fraternité se refuse elle à tout commentaire. Par la voix de son avocat, elle indique qu’elle fera appel de la décision devant le tribunal administratif d’Amiens. Une position qui provoque l’ire de la communauté musulmane de Beauvais. « La moindre des choses, c’est d’expliquer, d’être transparent, regrette Fatiha Bouzekri, présidente de l’association Destin de femmes. Avec cette affaire, la communauté musulmane de Beauvais est affichée comme radicale alors qu’on n’a rien à voir avec ça. On s’est battu pour obtenir un terrain pour la mosquée et on se retrouve privé de notre lieu de culte. »

Pour Ahmed, autre pratiquant, il faudrait que « les responsables démissionnent pour assumer le fait d’avoir laissé un tel individu entacher l’image de la mosquée de Beauvais ». Car c’est le reproche que fait la préfecture à l’association : avoir largement diffusé les prêches sur ses réseaux. Et c’est toute la communauté musulmane de l’Oise qui est touchée. Pour Mohamed Bouimezgane, président de l’association des musulmans de Compiègne, « il faut appliquer la loi et poursuivre cet imam, toute la communauté est punie pour les écarts d’un seul homme ».

Pas de poursuites judiciaires à ce stade

Hasan Younes, imam d’une autre mosquée de Beauvais, dans le quartier Saint-Jean, et président du conseil départemental des associations musulmanes de l’Oise, pense d’abord « aux fidèles qui se retrouvent privés de lieu de culte ». Ils sont environ 400. « Nous essaierons en fonction de la capacité d’accueil des trois autres mosquées de la ville d’accueillir un maximum de fidèles pour leur permettre de continuer à accomplir les différents rites. »

La maire, elle, a pris acte de la décision. « Les propos sont extrêmement violents et nous la comprenons parfaitement, indique Franck Pia, premier adjoint. On ne peut laisser diffuser de tels messages dans un établissement cultuel. Mais il ne faut pas faire d’amalgame et nous attendons des explications précises sur ce que l’association compte faire. » Contactée, la procureure de la république de Beauvais, Caroline Tharot, précise qu’à ce stade, « la procédure est exclusivement administrative ».

Le Parisien