Nogent-sur-Oise (60) : Un apprenti boulanger guinéen menacé d’expulsion (Màj : Thierno Tahirou va être régularisé)

23/04/2021

La voix timide d’un jeune homme abattu a laissé place à celle d’un apprenti ravi de poursuivre sa formation en France. Alors qu’il vient d’apprendre qu’il n’est plus en situation d’expulsion, à l’autre bout du combiné, Thierno Tahirou laisse éclater sa joie. « Tout se finit bien, c’est incroyable. Je suis tellement ému que je n’ai pas les mots », lâche-t-il. Au début du mois de février, le cas de ce jeune Guinéen de 18 ans, ancien mineur non accompagné (MNA), avait mobilisé les associations du Bassin creillois. Le jeune homme venait alors de recevoir une obligation de quitter le territoire français. Une pétition avait réuni près de 20.000 signatures.

Il faut dire que Thierno avait fait preuve d’une réelle volonté de s’intégrer. Et ses enseignants et son patron se montraient dithyrambiques quant à ses qualités et son envie de poursuivre son apprentissage.

« Une dizaine de jeunes comme lui sont dans la même situation »

Aujourd’hui, ses soutiens peuvent savourent leur victoire. « C’est la mairie de Nogent-sur-Oise, qui était intervenue auprès de la préfecture, qui nous a appris la bonne nouvelle, soulignent les membres du collectif. Thierno Tahirou va pouvoir obtenir ce qu’il souhaitait, une carte de séjour de travailleur temporaire afin de mener à bien son apprentissage. »

Mais si le cas de l’apprenti-boulanger est un motif d’espoir dans le combat de ces associations, il n’en occulte pas moins d’autres situations qui ne sont pas réglées. « Une dizaine de jeunes comme lui sont dans le même cas, il faut rester mobilisés pour eux », martèle une travailleuse sociale. Au premier rang des soutiens, il y a aura alors Thierno Tahirou. « Je suis content pour moi mais j’espère que les autres pourront connaître la même joie. Je n’oublie pas ceux qui restent sans papiers. »

Le Parisien

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21/03/2021

Bonne nouvelle pour Thierno Tahirou, un Guinéen de 18 ans, résidant à Nogent-sur-Oise et en apprentissage à la boulangerie « Ange » de Saint-Maximin. Le maire de Nogent-sur-Oise vient de recevoir un courrier de la préfecture indiquant la levée de son obligation de quitter le territoire français et une régularisation prochaine.

Peu de temps après ses 18 ans, le 12 janvier dernier, le jeune homme avait reçu une obligation de quitter le territoire français. «  Depuis que c’est arrivé, je n’ai plus le droit de travailler  », déplorait celui qui a dû traverser la mer Méditerranée pour migrer en France le 30 septembre 2019, lors d’une récente manifestation.

Un collectif pour soutenir le jeune homme

Un collectif s’était créé pour soutenir le jeune homme. Une pétition avait réuni près de 20 000 signatures. «  C’est une excellente nouvelle, il va pouvoir reprendre le cours de sa vie, s’est réjouie Eloïse Dardenne, du comité de soutien. Des jeunes comme lui sont nombreux dans l’Oise. Nous resterons mobilisés pour faire valoir les droits bafoués des jeunes mineurs non accompagnés et jusqu’à l’obtention d’une loi garantissant la continuité des parcours de formation et le droit au séjour à la majorité  ».

Courrier Picard

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06/03/2021

En tête de cortège, Thierno Tahirou jette un œil à la centaine de personnes qui font bloc derrière lui et sourit : « C’est aussi ça qui me donne courage. J’espère que la mobilisation va faire avancer ma situation et celle de tous les autres ». Ce samedi, une manifestation était organisée en début après-midi à Beauvais pour soutenir cet apprenti boulanger guinéen de 18 ans menacé d’expulsion, et plus largement tous les mineurs et jeunes majeurs étrangers isolés.

« Thierno, c’est l’arbre qui cache la forêt », estime Hélène Corroyer, présidente de la section Oise de l’association Cent pour un toit. Selon elle, ils sont nombreux dans le département, malgré leur insertion professionnelle, à se voir refuser un titre de séjour ou recevoir une Obligation de quitter le territoire français (OQTF), quelques jours après leur majorité. À l’image d’Abdallah (le prénom a été changé), qui s’apprêtait à entamer un apprentissage dans une pizzeria du Compiégnois.

«Devenir des citoyens comme tout le monde»

Mais à ses 18 ans, le contrat tombe à l’eau, faute de papiers. « Ça m’a fait du mal, confie le jeune Mauritanien, arrivé en 2018. J’ai étudié, appris le français, trouvé un apprentissage et finalement rien. » « Nous voulons pouvoir travailler, payer un loyer et nos impôts et devenir des citoyens comme tout le monde », ajoute Siaka (le prénom a été changé), originaire du Mali, qui a vécu la même situation alors qu’il devrait entrer en stage en boulangerie.

A ses côtés « Momo », mineur originaire de Côte d’Ivoire, opine du chef. « On a fui notre pays, quitté notre famille dans l’espoir d’un avenir meilleur et nous allons finir à la rue… » « C’est tout un parcours mis en œuvre qui est massacré, pour les jeunes comme pour ceux qui les aident », tempête Hélène Corroyer. « Nous nous battons pour leur trouver des contrats d’apprentissage, des formations, pour qu’ils finissent par être expulsés à leur majorité? Nous ne le tolérerons pas », tranche Eloïse, éducatrice.

Un «non-sens» économique

Selon Hélène Corroyer, même d’un point de vue purement économique, leur situation est un « non-sens ».« L’État subventionne leur accueil et leur accompagnement pendant des mois et après on les lâche comme ça. D’autant plus que beaucoup travaillent pour des maîtres d’apprentissage qui peinent aujourd’hui à trouver des apprentis. »

A quelques pas de la place Jeanne-Hachette, plusieurs personnes prennent le micro pour soutenir Thierno ou appeler à la régularisation de tous ces jeunes. Parmi eux, Uenda une jeune Albanaise de 10 ans scolarisée à Beauvais. Après quelques mots poignants dans un français parfait, la fillette nous explique inquiète être expulsée avec sa famille. Et de confier : « Tout ce que nous voulons, c’est avoir une vie normale. »

Le Courrier Picard