“Bébés Coca” : quel est ce fléau qui menace la santé des enfants ?

Le journal en ligne d’investigation locale, Médiacités, s’est penché sur les “bébés Coca”, d’après un surnom donné par les professionnels de santé et de la petite enfance. Ils alertent sur les dangers de ce phénomène grandissant.

Savez-vous ce que sont les « bébés Coca » ? Virginie Menvielle, journaliste pour le média d’investigation locale Médiacités, à Lille, ne l’a découvert qu’à l’entrée en maternelle de sa fille, alors que l’institutrice distribuait des flyers d’information sur l’hygiène dentaire. Son enquête, publiée le 10 juin 2022, révèle que ce phénomène est loin d’être insignifiant, autant dans la proportion d’enfants concernés, que dans les conséquences pour leur santé.

“Bébés Coca” : qu’est-ce que c’est ?

Ce surnom, loin d’être mignon, est parfois donné par les professionnels de santé et de la petite enfance aux bambins qui souffrent déjà de caries, de dents trouées ou de travers… Et ce, en raison d’une consommation précoce de boissons sucrées. Angéline Leblanc, dentiste interrogée dans l’enquête de Médiacités, a soutenu en 2020 une thèse au sujet des caries précoces, en s’appuyant sur 50 de ses jeunes patients. « Nous voyons parfois des patients d’un an qui ne possèdent que quatre dents, toutes cariées. Il ne reste alors plus que les racines et nous n’avons pas d’autre solution que les extraire », alerte-t-elle, en rappelant qu’on parle de caries précoces dès qu’elles surviennent chez des enfants de moins de 6 ans. Selon elle, le phénomène serait devenu un problème majeur de santé infantile dans les Hauts-de-France. 

« On estime que 20 % de la population française concentre 80 % des problèmes de dentition », Angéline Leblanc.

Stéphanie Leclerc, responsable du Pôle petite enfance de la métropole lilloise au sein de l’Établissement public départemental pour soutenir, accompagner, éduquer (EPDSAE) de Lille, est également témoin de ce fléau : « Nous accompagnons des parents en grande précarité sociale, qui ne savent parfois pas lire. Ils pensent bien faire et n’ont pas conscience que ce qu’ils font consommer à leurs enfants peut être nocif. Certains ne reçoivent que des biberons de Coca ou d’Ice tea… » La plupart d’entre eux n’ont pas conscience des dangers liés à l’ingestion des boissons sucrées, souligne Stéphanie Leclerc : « Les parents s’amusent à voir leurs bébés faire la grimace à cause des bulles. Ils leur en redonnent donc ».

En effet, « 20 % de la population française concentre 80 % des problèmes de dentition », estime Angéline Leblanc. Si les familles les plus informées et aisées peuvent bien sûr être également concernées par ce phénomène, elles pourront avoir accès bien plus rapidement aux soins nécessaires et éviter que les dents de leurs enfants soient arrachées.

« Les parents s’amusent à voir leurs bébés faire la grimace à cause des bulles. Ils leur en redonnent donc », Stéphanie Leclerc.

Comment prendre soin de leurs dents ?

Démunis face à ce désastre pour la santé des dents des plus petits, des professionnels de santé et de la petite enfance militent pour que des étiquettes “interdit aux moins de 6 ans” soient imprimées sur les bouteilles de soda, de jus de fruits et de toutes les boissons sucrées. Une indication comparable à celle apposée sur les produits alimentaires déconseillés aux femmes enceintes, comme l’alcool. Ainsi, au Mexique, alors que la consommation de boissons sucrées au détriment de l’eau est une catastrophe pour les enfants, deux États du pays ont interdit depuis le 8 août 2020 la vente de ce type de boissons aux moins de 18 ans. 

En France, faute d’études sur le sujet, de campagnes nationales de sensibilisation ou de décision coercitive, ce problème de santé publique peine à être maîtrisé. « On essaye d’expliquer aux parents, mais, bien souvent, ils nous répondent qu’eux-mêmes ne boivent pas d’eau et ne voient pas où est le problème », se désespèrent les professionnels interviewés par Médiacités

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