Belgique : Des peines sévères requises contre des hébergeurs de migrants

Le procès en appel s’est ouvert ce mardi, à Bruxelles. L’avocat général requiert l’acquittement contre la journaliste Anouk Van Gestel mais a la main lourde envers les autres prévenus.

« La cause humanitaire ne peut pas tout permettre. Ça n’excuse pas tout. Je demande à mettre des balises. Et ce que je requiers, je le fais en toute honnêteté et pas sur ordre du ministre de la Justice. Je ne fais pas de politique. Ce qui est politique ne va pas se régler ici. Il y a des endroits pour ça. » Accusée dans “le procès des hébergeurs”, la journaliste Anouk Van Gestel poursuit son engagement en faveur des réfugiés avec Amada, un jeune Syrien.

Dans la cuisine de l’Al&Greta à Ixelles. Amada, 24 ans, nous raconte son parcours en même temps qu’il découpe les oignons. Il a des grosses larmes qui coulent le long des joues mais c’est uniquement “à cause de la cuisine”, nous assure-t-il. Amada a grandi à Damas en Syrie où il a fait des études de sciences politiques avant de bifurquer vers le droit. À la fin de celles-ci, il est appelé pour faire son service militaire. Pour ne pas participer à la guerre civile qui déchire le pays depuis 10 ans, il n’a pas d’autre choix que de quitter la Syrie : “Je ne voulais pas faire partie de l’armée de Bachar el-Assad“, affirme-t-il.

Avant ce procès en appel, une cinquantaine de personnes se sont rassemblées dans le parc situé derrière le Palais de justice de Bruxelles, afin de soutenir les migrants et ceux qui les ont aidés. La journaliste Myriam Berghe, poursuivie, a notamment pris la parole durant ce moment de rassemblement, à l’aube du procès en appel qui doit se tenir jusqu’à ce mercredi.

Le tribunal correctionnel de Bruxelles avait acquitté, le 12 décembre 2018, les quatre hébergeurs, estimant qu’ils n’avaient commis aucun acte délictueux. Ces personnes, dont les journalistes Myriam Berghe et Anouk Van Gestel, étaient poursuivies pour trafic d’êtres humains et organisation criminelle.

Le parquet reprochait à deux d’entre elles, non pas d’avoir hébergé des migrants, mais de leur avoir fourni par ce biais une aide essentielle dans leur activité de trafic d’êtres humains. En prêtant un téléphone, un ordinateur ou une carte routière, elles se sont rendues coupables d’actes de complicité de ce trafic, avait soutenu le parquet. Pour les deux autres, il estimait par contre que les charges n’étaient pas suffisantes, et avait lui-même requis l’acquittement.

Une peine plus lourde pour les migrants

Concernant huit autres individus prévenus, dont les migrants qui ont été hébergés par les quatre premiers, le tribunal avait par contre prononcé des peines de 12 à 40 mois de prison, avec sursis pour plusieurs d’entre eux. Il avait conclu qu’ils avaient effectivement collaboré à un trafic d’êtres humains, en aidant d’autres migrants comme eux à monter dans des camions vers la Grande-Bretagne, sur des aires d’autoroute belges, en 2017.

En janvier 2019, le parquet a décidé de faire appel contre toutes les dispositions de ce jugement.

Le Soir