Belgique : Le fabuleux destin de l’écrivain Fran Kourouma, jeune migrant Guinéen qui raconte son périple semé d’embûches jusqu’à Bruxelles

Fran Kourouma, jeune migrant de 24 ans, a quitté sa Guinée-Conakry dans l’espoir d’une vie meilleure en Europe. Il a co-écrit ” Notre Soleil – par les côtes du Maghreb “, un livre qui raconte son périple semé d’embûches jusqu’à son arrivée à Bruxelles. Une rencontre enrichie de multiples témoignages émouvants avec Sandra Raco, co-auteur du livre, Jacinthe Mazochetti, anthropologue, Anouk Van Gestel, hébergeuse de migrants, Mbo Mpenza, footballeur-ambassadeur de la lutte contre le racisme auprès de la FIFA, David Michels, directeur du Théâtre des Galeries et des comédiens Babétida Sadjo, Jacques Ebouélé & Fabrizio Rongione.

Il traverse la Libye avant d’arriver en Belgique, au centre Fedasil du Petit Château. Il a mis plus d’un an pour rejoindre l'”Eldorado” européen. Durant ce long périple, ses rêves d’un avenir meilleur seront anéantis par la cruauté des hommes. Il connaîtra l’enfer : humiliations, insultes, racisme, passages à tabac, malnutrition, tortures, séquestrations, esclavage, menaces de mort… 

Il faut bien s’accrocher pour lire le récit de Fran Kourouma tellement l’horreur et la violence sont présentes à chaque page.  Âgé aujourd’hui de 24 ans, il est l’heureux papa de deux petits garçons mais il ne veut pas leur partager cette haine-là.  Il a eu beaucoup de mains tendues aussi et c’est ça qu’il aimerait qu’ils retiennent. 

Notre Soleil – par les côtes du Maghreb, aux Editions Samsa, est un témoignage glaçant et poignant dans lequel Fran Kourouma raconte, étape par étape, l’espoir, les désillusions, la violence, l’amitié, l’amour, la mort, la souffrance, la fatalité, la résignation… Une traversée abominable qui, chaque année, coûte la vie à des milliers de migrants. Aujourd’hui, il se sent très fier car son rêve d’éditer son histoire s’est réalisé.

Il a voulu raconter son vécu pour qu’il puisse servir de preuve et montrer la réalité telle qu’elle est, tant vis-à-vis de l’Europe que de l’Afrique. Il explique que quand il est arrivé en Belgique, au Petit Château, ça a été un choc pour lui. Ça ne ressemblait en rien à ce qu’il avait imaginé.  Il a été humilié, malmené.

Pour ne pas oublier, Fran Kourouma à pris des notes en Libye, mais il a tout perdu lors de la traversée. À Bruxelles, pendant ses nuits d’insomnie au Petit Château, il se remet à écrire, sa seule joie pour échapper aux pensées lointaines de son pays natal et se distraire du stress permanent de sa demande d’asile. Son téléphone pour seul compagnon de voyage, il raconte son histoire sur plus de 800 pages.

Globe Aroma (maison des arts ouverte et accessible à tous, où se rencontrent les réfugiés, les demandeurs d’asile, les habitants du quartier) met à sa disposition un ordinateur. C’est là qu’il croise la route de Sandra Raco. 

Sandra cherchait a répondu à un appel aux bénévoles pour donner un avis sur ce gros manuscrit et le corriger. Ils étaient environ une quarantaine autour de la table, mais elle s’est dit qu’il ne fallait pas le diviser en autant de relecteurs pour ne pas risquer de perdre l’essentiel de ce que Fran voulait dire. En tant que comédienne, ce qui lui est de suite apparu, c’est le charisme de Fran, son urgence à partager son message. Il avait une énergie qui lui a directement inspiré l’idée de faire de ce manuscrit une lecture-spectacle.

Fran l’a un peu prise pour une folle au début, mais il a fini par accepter. Ils ont donc repris toutes ses pages pour en faire une lecture de cinquante minutes. Fran est donc monté pour la première fois seul sur scène au festival Cocq’Art en juin 2018. Dans le public, David Michels, directeur du Théâtre royal des Galeries, est particulièrement touché par les mots, bouleversants, de Fran. Il a contacté les éditions Samsa et c’était parti.

Sandra s’est attachée à retranscrire ce que Fran voulait dire. Elle ne voulait surtout pas corriger ou épurer son récit pour qu’il soit plus joli et plus lisse. Ce fut un travail conséquent. 

L’illustration de son livre – représentant le célèbre ” Radeau de La Méduse ” – en dit long sur le récit poignant de ce jeune Guinéen parti rempli d’espoir. Un migrant qui nous méduse par les horreurs atroces qu’il a vues ou subies tout au long de sa traversée. 

https://ds1.static.rtbf.be/article/image/770xAuto/1/f/9/6c29793a140a811d0c45ce03c1c93a28-1617358297.jpg

Fran Kourouma a voulu absolument publier son histoire en espérant changer le regard des gens sur les migrants. Un récit qui fait froid dans le dos et qui n’en restera pas là… En plus d’un spectacle mis en route, Fran compte également lui donner une suite axée sur les centres fermés en Belgique. De véritables prisons où il a passé ” une vie misérable ” allant jusqu’à penser au suicide. Bref, une histoire qu’il fallait coûte que côute écrire pour qu’elle soit racontée, lue et transmise au plus grand nombre possible.

En octobre 2017, alors qu’il est au Petit Château, Fran Kourouma apprend que sa demande d’asile est rejetée. Il a alors vingt-quatre heures pour quitter le territoire belge. Il s’est retrouvé en plein hiver sans abri et sans papiers. Il a erré presque six mois dans Bruxelles, fuyant la police. Grâce au réseau de solidarité mis en place au parc Maximilien, il rencontre Nikolas Lestaeghe, comédien flamand qui voit en lui l’homme et pas le migrant…, ” son infatigable chevalier blanc “, qui lui ouvrira les portes de son foyer et le prendra sous son aile. Reconnu aujourd’hui comme réfugié politique, Fran Kourouma a trouvé un travail à durée déterminée.

RTBF