Belgique : “L’indulgence des habitants de Molenbeek est mise à rude épreuve” par les nouveaux migrants africains du centre d’accueil

À Molenbeek, le centre de transit pour Ukrainiens a changé de public cible.

“Les habitants sont timides dans le quartier, mais ça va, ça va“, s’amuse Mohammed, Guinéen, la vingtaine et un large sourire. “On est surtout copains avec les chiens, qui viennent jouer avec nous le matin quand on fait du sport devant le centre“, renchérit son voisin mauritanien, compagnon de route dans leur exil européen. Les deux hommes terminent leur assiette de croquettes au fromage dans le grand réfectoire du centre Fedasil (l’agence fédérale en charge de l’accueil des demandeurs d’asile, NldR) de ce quartier du nord de Molenbeek, à la croisée de Berchem Sainte-Agathe et de Koekelberg, juste derrière la basilique. Sur la devanture du bâtiment, un panneau renseigne encore la maison de repos qui a fermé ses portes l’année dernière.

Depuis quelques semaines pourtant, une pétition circule dans ce quartier résidentiel. Le texte, qui rassemble près de mille signatures, demande la fermeture immédiate du centre d’accueil. “Délinquance, malpropreté, nuisance sonore… Notre indulgence est mise à rude épreuve“, déplorent les auteurs. “Le centre vient troubler la tranquillité du quartier“, dit Jean-Luc Goossens, à la base du texte, pour qui “ce n’est pas un endroit adapté pour ce genre de centre“.

D’accord pour les Ukrainiens

La pétition ne circule que depuis deux ou trois semaines, alors que le centre a ouvert ses portes au début du mois de mars. Le bâtiment accueillait alors des exilés ukrainiens en transit. Le temps d’une nuit ou deux, avant d’être envoyés vers les familles d’accueil.

C’était principalement des familles. Quand on les croisait, on voyait la tristesse sur leur visage. Nous ne voulons pas faire de différence entre les Ukrainiens et les demandeurs d’asile venant d’Érythrée ou de Somalie. Il faut accueillir les demandeurs d’asile, mais pas ici, ce n’est pas adapté“, se défend M. Goossens, qui estime avoir été trompé par les autorités.

Dans l’avis initial publié par les élus locaux, il était question d’un centre d’urgence à destination des Ukrainiens, “à l’initiative du gouvernement fédéral”, précise le document. Un mois plus tard, les habitants reçoivent un nouvel avis. “Fedasil a décidé de retirer les réfugiés ukrainiens et d’installer les demandeurs d’asile en attente d’une réponse à leur dossier“, et ce vingt jours à peine après la visite du Roi et de la Reine, précise la publication.

En un week-end, le profil des hébergés a donc tout à fait changé. Il y a désormais 320 candidats à l’asile qui trouvent ici un refuge en attendant que leur demande soit traitée.

Passe d’armes politique

En fait, les discussions entre le pouvoir communal et fédéral autour de l’ouverture d’un centre dans ces locaux remontent à la fin de l’année 2021. En novembre, le collège communal avait signifié le refus du projet au secrétaire d’État Sammy Mahdi (CD&V), justifiant que la commune faisait déjà montre d’une grande solidarité. “Sammy Mahdi a utilisé la crise ukrainienne comme un cheval de Troie pour faire passer son projet“, reproche la bourgmestre Catherine Moureaux (PS), qui a envoyé un courrier au Premier ministre Alexander de Croo (Open VLD) pour dénoncer la situation.

Du côté du cabinet du secrétaire d’État, on rétorque qu’il serait moralement injustifiable de ne pas utiliser cette capacité d’accueil et laisser les demandeurs d’asile à la rue.

Plutôt un sentiment d’insécurité

Agnès (nom d’emprunt) profite d’une courte pause entre deux averses pour aller chercher ses colis à la librairie du coin. Habitante de longue date du quartier, elle a vu d’un mauvais œil l’arrivée des demandeurs d’asile. Alors quand on a sonné à sa porte, ce dimanche-là, elle a pris le bic et a signé la pétition. “Il ne s’est jamais rien passé, mais c’est vrai que certains font un peu peur. Disons qu’il y a un sentiment d’insécurité, plutôt qu’un réel danger. Par exemple, certains voisins n’osent plus promener leur chien dans la rue du centre“. Mais attention, Agnès se défend de tout racisme : “Dans le quartier, il y a toutes les nationalités et ça se passe bien ! En fait, je ne suis pas contre le centre… C’est plutôt qu’on ne connaît pas les résidents“.

François, qui habite à 150 mètres de l’ancien home, ne partage pas ce sentiment d’insécurité. “Il y a des gars qui fument une cigarette devant le centre et certains marchent à plusieurs le soir, mais il ne se passe rien. Mon fils de 14 ans revient tous les jours de l’école en passant devant et il n’y a jamais rien eu“. Il se dit finalement assez indifférent à la réaffectation du centre, dont le sort est toujours en suspens.

La Libre