Berlin : Un camp nazi sauvé de la destruction

Une exposition berlinoise retrace le destin de l’un des plus grands camps nazis de travailleurs forcés de Berlin, où furent internés des soldats français. Le lieu a failli être détruit.

« C’est le passé, on oublie ? » Depuis le 28 octobre et jusqu’au mois de mai, le centre de documentation sur le travail forcé nazi présente une exposition (1) sur le plus grand camp de prisonniers français de Berlin, celui de Lichterfelde. C’est dans ce quartier du sud de la capitale, dans une dizaine de baraques que des soldats, majoritairement français mais aussi italiens, furent internés de 1940 à 1945. La chanteuse Édith Piaf y aurait même donné un concert de soutien en 1943.

La mobilisation de trois associations

Soixante-dix-huit ans après la fin de la guerre, ces bâtiments en pierre sont encore visibles de la route. Situées sur un terrain privé entre un stade de football, une ligne de métro et une vaste forêt, ces baraques utilisées après la guerre par des artisans de toutes sortes, et aujourd’hui pour la plupart vides, auraient dû être détruites en 2018 pour laisser place à un vaste complexe immobilier de 2.500 logements. C’était sans compter le travail de trois associations qui en 2017, portent le dossier sur la place publique. Réussissant à stopper à la dernière minute les travaux de destruction, faire reconnaître les lieux comme monuments historiques et obtenir un compromis avec l’investisseur immobilier.

Une baraque sera finalement conservée et transformée en musée ; une deuxième servira de centre de rencontre pour les jeunes, tandis que les autres seront détruites et laisseront place à des logements. Un compromis « rêvé » pour Thomas Schleissing-Niggemann, membre de l’une des associations, qui ne pensait pas « pouvoir sauver une seule des baraques ». « C’est la société civile qui a fait en sorte que ce lieu soit conservé », confirme le sénateur berlinois de la culture de Berlin, Klaus Lederer, qui reconnaît : « Le travail de mémoire vient très souvent de l’engagement de la société civile. »

De nombreux camps de prisonniers détruits

De fait, les lieux ont été oubliés durant des décennies. Un oubli qui aurait pu entraîner leur destruction complète, comme ce fut le cas pour de nombreux autres camps de prisonniers de Berlin. « On estime que la ville en comptait plus de 3.000 », explique Christine Glauning, directrice du centre de documentation sur le travail forcé nazi. « Après la libération, ceux qui étaient en bois n’ont pas survécu, les autres ont souvent été réutilisés. Personne ne s’y intéressait, Berlin était alors une ville en friche. »

« Mais avec le boom immobilier de ces dernières années, on en redécouvre de plus en plus et se pose la question de leur conservation, poursuit-elle. À chaque lieu sa solution, mais il est toujours bon que la mémoire soit conservée sur place. » L’avenir des deux baraques qui seront conservées demeure néanmoins incertain car à ce jour, aucune institution ne s’est portée candidate pour les gérer. Thomas Schleissing-Niggemann appelle ainsi les autorités locales à prendre leurs responsabilités.

(1) « C’est le passé, on oublie ? », exposition à voir jusqu’au 31 mai au centre de documentation sur le travail forcé nazi de Berlin.

La Croix