Besançon (25) : Nouveaux déboires administratifs pour Yaya Camara, apprenti-électricien guinéen en attente d’une régularisation (Màj : “Il aurait bravé le couvre-feu, une histoire rocambolesque”)

10/04/2021

Électricien en formation dans le Doubs, Yaya Camara espère une régularisation pour pouvoir travailler. Mais son dossier se complique à cause d’une infraction de non-respect du confinement qu’il nie avoir commis. Son employeur et ses tuteurs le soutiennent.

Roger Duarte, artisan électricien à Houtaud (à gauche), fait le maximum auprès des autorités administratives pour que son apprenti, Yaya Camara, puisse retravailler.

La question des apprentis sans-papiers français qui perdent le droit de travailler à leur majorité est largement médiatisée en France, notamment depuis la régularisation de Laye Fodé Traoré. Ce jeune Guinéen, boulanger en formation, a obtenu un titre de séjour en janvier dernier, après la grève de la faim de son patron , Stéphane Ravacley, commerçant à Besançon.

Désormais, se pose la question de l’avenir de Yaya Camara sur le sol français. Apprenti électricien, il travaillait entre le CFA Vauban et l’entreprise de Roger Duarte, artisan à Houtaud. Mais actuellement, ce jeune majeur guinéen attend sa régularisation. Un processus qui pourrait être menacé par une histoire rocambolesque.

Yaya « ne connaît pas Orléans »

« Le 28 janvier dernier, un homme a été arrêté à Orléans car il bravait le couvre-feu », explique Roger Duarte. « Il a donné le nom et la date de naissance de Yaya. Mais Yaya Camara n’était pas là-bas le 28 janvier. » Pour le patron doubien de Yaya, soit c’est un homonyme, soit un homme qui a pris le nom d’un tiers.

Toujours est-il que la préfecture du Doubs aurait eu vent de l’affaire. Interrogé par L’Est Républicain, Yaya confirme qu’il n’a jamais mis les pieds à Orléans. Trois enseignants du CFA ont écrit des attestations, affirmant que Yaya était en cours dans le Doubs fin janvier.

Yaya sera-t-il exclu ?

Contactés par la rédaction, les services de la préfecture du Doubs n’étaient pas en mesure de confirmer, ce vendredi 9 avril, la véracité de ce problème administratif.

« J’espère que cet événement ne va pas avoir de répercussions sur son dossier de régularisation », explique Roger Duarte. Actuellement, Yaya est assigné à résidence. Sous le coup d’une obligation de quitter le territoire français (OQTF), il a contesté cette mesure des services de l’État devant la cour administrative d’appel de Nancy. Pour l’instant, il n’a pas reçu de date, précise Roger Duarte.

L’artisan-électricien d’Houtaud qui d’ailleurs ne peut plus faire travailler son apprenti, dont il apprécie pourtant la motivation et les qualités professionnelles. De son côté, Corentin Germaneau, qui s’occupe de la communication du collectif Patron.ne.s Solidaires créé par Stéphane Ravacley, estime que les services de l’État doivent traiter les dossiers de ces jeunes sans-papiers avec plus d’humanité : « Pour l’instant, ce n’est pas le cas », indique le porte-parole. « On a beaucoup de difficultés pour avancer sur ces dossiers et on a l’impression que le passé extrêmement douloureux de ces migrants n’est pas pris en considération. »

Le dur passé de ces jeunes migrants

Corentin Germaneau s’occupe de la communication du collectif Patron.ne.s Solidaires. Il a œuvré aux côtés de Stéphane Ravacley pour obtenir la régularisation de Laye Fodé Traoré en janvier dernier. Une affaire qui illustre parfaitement les problèmes humains et professionnels liés à la formation des mineurs sans-papiers.

Corentin Germaneau décrit leur situation : « Ce sont des jeunes qui se voient proposer des formations pour travailler en France, et pour qui tout s’arrête lorsqu’ils ont 18 ans car ils n’ont pas de titre de séjour. » Le représentant du collectif souhaite que les services de l’État les suivent avec plus « d’humanité ».

Le terrible voyage de Yaya

« Ils ont tous un passé extrêmement dur. » Yaya n’y a pas échappé. Il raconte l’histoire tristement banale d’un réfugié africain. Après avoir quitté son pays d’origine en 2016, le Guinéen est passé par l’Algérie et la Libye, un pays dont il se souviendra comme de « l’enfer sur terre ».

En traversant la Méditerranée, il a perdu son cousin, un « naufrage », précise-t-il difficilement. Puis il a rejoint Briançon, après avoir remonté l’Italie, et s’est arrêté dans le Doubs en 2019.

_________

19/01/2021

Depuis lundi 18 janvier, Yaya Camara un jeune migrant s’est installé devant le tribunal administratif pour attirer l’attention. Il est dans la même situation que Laye, régularisé après la grève de la faim de son patron, Stéphane Ravaclay qui organise une conférence de presse ce 19 janvier.

Yaya Camara est Guinéen. Sa famille a décidé de l’envoyer en France, espérant pour lui un avenir meilleur qu’en Guinée. Il est arrivé sur le sol français en 2018 après un périple éprouvant pendant lequel a péri son cousin. Le bateau de son cousin a chaviré au large de la Libye. Lui était dans un second bateau. Il s’en est sorti, raconte le jeune homme rencontré ce matin rue Charles Nodier.

Yaya Camara a une promesse d'embauche de son tuteur Roger Duarte

À Besançon, Yaya a été pris en charge par l’Aide Sociale à l’Enfance (ASE) et par le Centre d’Accueil de Demandeurs d’Asile (CADA) de Pontarlier dans le Haut-Doubs. Il a pu ensuite se former dans le domaine de l’électricité. Il est aujourd’hui en deuxième année de CAP au CFA Vauban du bâtiment.

Il ne lui reste que 5 mois de formation pour obtenir son diplôme, mais tout s’est arrété pour Yaya lorsqu’il a reçu son Obligation de Quitter le Territoire Français (OQTF) en novembre 2020.

Son apprentissage, il l’effectue à Optic Chauffage à Houtaud près de Pontarlier. Mais depuis l’OQTF, le gérant de l’entreprise, Roger Duarte, ne peut plus le faire travailler, il serait hors la loi.  Le patron du jeune migrant a rédigé une promesse d’embauche le 18 janvier 2021. Car pour lui il était évident qu’au bout des deux ans, il embaucherait Yaya.

Il en a vu passer des apprentis, Roger Duarte, depuis 28 ans qu’il est à son compte, mais jamais il n’a été satisfait, dit-il, comme il l’est avec Yaya Camara. Et puis, la proximité de son entreprise avec la frontière suisse, lui a joué des tours. Beaucoup de jeunes, une fois formés, sont passés de l’autre côté, attirés par les salaires suisses. Alors Yaya est une perle pour Roger Duarte et il compte bien ne pas le laisser filer.

L’action de Yaya Camara intervient quelques jours après la régularisation par la Préfecture de Haute-Saône de Laye Fodé Traoré. Ce migrant guinéen de 18 ans était sous la menace d’une obligation de quitter le territoire français. Son patron boulanger, Stéphane Ravacley a entamé une grève de la faim le 3 janvier pour protester contre l’expulsion de son employé. Un pétition a recueilli plus de 200.000 signatures. La Préfecture a fini par accorder sa régularisation. Le jeune va pouvoir terminer son apprentissage et continuer à travailler dans la boulangerie La Huche à Pain, rue Rivotte.

France3