Besançon (25) : “Je vais te buter, sale arabe en costard !” Khaled, un entrepreneur bisontin, raconte l’agression raciste dont il a été victime (Màj)

12/02/2021

“Et c’est là qu’il arrive avec ses mains en l’air, comme ça. Ses yeux qui sortent dessus. Aaaah ! Sale arabe en costard. Je vais te buter ! Je vais te buter, sale arabe en costard !Puis après, je recule, je recule, j’ai compris tout de suite qu’il voulait en finir. Et là, j’ai pris des coups.

Khaled a été victime d’une violente agression raciste lundi 1er février à Besançon. “Une fois que je suis à terre, la seule chose à laquelle je pense, c’est à mon fils qui est né 10 jours avant“, raconte-t-il. Après son agression, Khaled a passé la nuit à l’hôpital.

Donc là, on m’a expliqué que j’avais des côtes qui étaient quand même bien fêlées sur le flanc gauche, des contusions aux cervicales parce qu’il a essayé de m’étrangler fortement. Et donc les coups que j’ai reçus au visage, j’ai eu des égratignures. Dieu merci mon nez n’était pas cassé. Mais oui, j’ai eu pas mal de séquelles“, explique-t-il.

En plus des séquelles physiques, Khaled doit faire face aux séquelles psychologiques. “Là, à l’heure où je vous parle, cette agression elle a eu lieu il y a une semaine. Depuis une semaine, je n’ai quasiment pas dormi“, confie-t-il.

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04/02/2021

Le prévenu est un grand jeune homme de 24 ans, barbe brune, crâne rasé et voix assurée. Ce mercredi, il a écouté attentivement l’énumération des faits qui lui étaient reprochés et le déroulement de l’agression, avant de répondre aux questions de la présidente du tribunal correctionnel. Les faits qui sont imputés à Philippe T. sont clairs. Il est soupçonné d’avoir frappé Khaled Cid sous prétexte qu’il est d’origine maghrébine, tout en étant fortement alcoolisé.

Le prévenu maintient d’emblée sa version des faits face au tribunal. Selon lui, c’est la victime qui l’aurait provoqué, en faisant une remarque “déplacée” à deux amies qui l’accompagnaient ce soir-là. Seulement, les caméras de surveillance ont tout filmé et les bandes corroborent les dires de Khaled Cid, selon la présidente. Le prévenu explique : “Il a fait une remarque déplacée, et je suis intervenu. J’ai sans doute surréagi. C’est ma version des faits et je m’y tiendrai.”

Des tatouages violents et fascistes

Qu’en est-il de la personnalité du prévenu ? Le tribunal relate les précédentes condamnations de Philippe T, résident à Cléron chez ses parents, et rappelle les chefs d’accusation dont il a fait l’objet ces dernières années : conduite sans permis, violences habituelles sur conjointe, dénonciations mensongères et en 2019 violence à l’encontre d’un migrant d’origine afghane.  

Ce qui attire l’attention du tribunal, ce sont aussi les tatouages du prévenu. “Il y a des choses qui… enfin des particularités” avance la présidente, avec prudence. Elle poursuit : “Vous avez énormément de tatouages qui sont violents. Ce ne sont pas les tatouages du club Mickey. Vous avez également derrière le cou un tatouage avec une inscription MVSN : est-ce que ce n’est pas le signe d’une milice italienne sous le régime fasciste mussolinien ?” Le prévenu confirme de la tête. Il se justifie : “Ça n’a rien à voir avec des violences. C’est pour moi les tatouages, je ne les fais pas pour les autres. Pour moi c’est humoristique”.

“C’est un acte raciste”

Les enquêteurs ont également trouvé la trace de Philippe T. sur un site ouvertement fasciste : “Vous aviez participé à une réunion dans un bar qui s’appelle le Bunker, à Besançon” ajoute la présidente. “C’était en 2012” rétorque le prévenu.

L’avocat général prend la parole pour rappeler la gravité des faits reprochés à monsieur T. “Ce n’est pas un acte gratuit. C’est un acte raciste. C’est un fléau qu’on combat au quotidien. Face à ce phénomène qui a toujours court sans ambiguïté, la réponse doit être claire et ferme” explique-t-il. Il requiert une peine d’emprisonnement de 2 ans, accompagnée d’un mandat de dépôt. Il demande également de condamner Philippe T. à une interdiction de séjour à Besançon pendant une durée de 5 ans ainsi qu’une interdiction de détention et de port d’arme et ce pendant 5 ans. 

“Il a 24 ans, c’est un petit con”

L’avocate de la défense, commise d’office, justifie le déchaînement de violence de son client en raison de son état alcoolique et non pas de son racisme et de son appartenance à la mouvance néonazie.

“Sa violence est aveugle. Ses agressions ne sont pas ciblées sur un profil déterminé. Excusez-moi la trivialité de mes propos mais il a 24 ans, c’est un petit con” justifie-t-elle, ajoutant que si elle avait été sûre du caractère raciste de cette agression elle aurait exercé son droit “à se déporter de cette affaire”.

Philippe T. a été reconnu coupable d’agression à caractère raciste. Il a écopé de 24 mois de prison dont 6 mois avec sursis, avec obligation de soin, interdiction de porter une arme et obligation d’indemniser la victime. 

Ce monsieur ne porte pas les valeurs de la République. Cette idéologie raciste n’a pas sa place dans la société. Je vais essayer de me réparer, je vais aller voir un psy. J’ai cette image de cette personne déterminée à me faire du mal. Oui j’ai essayé de me défendre, je l’ai dit à la police mais je n’avais aucune chance face à lui. Je veux montrer aussi l’exemple pour que les gens qui se réclament de ces idéologies sachent qu’ils peuvent être punis.

– Khaled Cid, victime d’une agression raciste

France3

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02/02/2021

Khaled Cid, un entrepreneur bisontin a été violemment passé à tabac par un homme, lundi 1er février, rue Marulaz à Besançon. La victime, extrêmement choquée, s’exprime pour que cette histoire ne reste pas impunie et pour dénoncer cet acte ignoble. Témoignage. 

Le témoignage de Khaled Cid laisse pantois. Bien connu de la place bisontine, cet entrepreneur décrit « un déferlement de haine » sans retenue ni logique, si ce n’est celle d’une méchanceté brute, bête, animale. Un acte révoltant.

Il était 21 h, ce lundi 1er février, sur le parking Marulaz de Besançon, où l’homme venait de se garer au retour d’un rendez-vous professionnel, quand surgissant « de nulle part », a déboulé son agresseur. « J’allais à l’horodateur pour payer ma place pour le lendemain quand j’ai vu ce grand gars d’au moins deux mètres, qui semblait très énervé. C’était une armoire à glace. Il a foncé sur moi en me demandant si j’étais de la police ».

« Tiens, un arabe en costard, je vais me le faire »

L’homme est insistant, puis très vite menaçant. Visiblement alcoolisé. « J’ai ouvert mon manteau pour lui prouver que je ne portais pas d’uniforme », poursuit Khaled. « Et là, il m’a dit ‘’Tiens un arabe en costard, je vais me le faire’’. Il m’a craché dessus, m’a couru après et m’a envoyé une patate sur le nez. Je suis tombé par terre. J’ai essayé de me défendre comme j’ai pu, l’attrapant fort au niveau de sa barbe. J’ai eu la panique de ma vie. Il répétait ‘’Je vais te buter, sale arabe’’ en me frappant au sol à coups de pied… »

Les forces de l’ordre lui sauvent la vie

Un cauchemar pour cet homme non-violent, lauréat “Talents des Cités” en 2018, dont tout le monde loue la gentillesse. « J’ai cru que j’étais mort, qu’il allait me tuer. Ça a duré trois ou quatre minutes en tout ». La victime ne doit son salut qu’à l’arrivée de plusieurs véhicules de police, sirènes hurlantes.

« Les caméras de vidéosurveillance m’ont sauvé. Je remercie énormément les forces de l’ordre, sans eux, c’était cuit. Je ne serais plus là aujourd’hui. Il a essayé de s’échapper, mais les policiers l’ont rattrapé. Ils se sont mis à cinq ou six pour le maîtriser, ils ont eu beaucoup de mal », relate Khaled.

« Ça fait 35 ans que je vis à Besançon, je n’ai jamais vu ça de ma vie »

Tombé dans les pommes au commissariat, où il avait été conduit pour déposer plainte, Khaled a été transféré aux urgences dans la soirée, entre les mains bienveillantes du personnel médical du CHRU Minjoz. Nez tuméfié, visage griffé, fracture de deux côtes, minerve pour immobiliser son cou fragilisé… Le bilan de cette attaque est lourd.

Khaled secoue la tête : « Ça fait 35 ans que je vis à Besançon, je n’ai jamais vu ça de ma vie. Le racisme, je connais. Mais en général, il est subtil. Je n’avais jamais subi de racisme violent… »

Le suspect connu pour ses idées radicales d’extrême droite

Contacté ce mardi soir, le procureur de la République confirmait que le caractère raciste avait été retenu par la procédure. Autre circonstance aggravante : l’agresseur présumé présentait un taux d’alcoolémie proche de 2 g/l de sang au moment des faits. Selon nos informations, cet individu de 24 ans est connu pour sa proximité avec le milieu radical d’extrême droite de la région.

Khaled Cid après son agression, le 2 février 2020.

Il était environ 21h, quand Khaled Cid, s’approche d’un horodateur pour payer son parcmètre en avance, en prévision du lendemain matin. Un homme, visiblement “pas dans un état normal” l’interpelle : “Tu es de la police ?” lui lance le grand gaillard d’environ 2 mètres, selon la description faite par Khaled. Le Bisontin lui répond que non : “Je rentre chez moi. Non je ne suis pas de la police, regarde, je suis en costume”. Il commence à comprendre que quelque chose ne va pas.

Je commence à prendre peur, et à comprendre que le mec n’est pas dans un état normal. Il a dit ‘ah un arabe en costard, je vais me le faire !’ Il s’est jeté sur moi, il était déterminé. Je n’avais jamais vu ça de ma vie.

– Khaled Cid, victime d’une agression raciste

Pendant plusieurs minutes, Khaled essaie de se défendre et d’esquiver les coups qui pleuvent, en vain. Il finit à terre sous les insultes racistes. “Deux mètres de haut, des yeux qui sortent des orbites… Il me disait, je vais te tuer sale arabe ! Je me suis retrouvé au sol et il a continué à me frapper” rapporte l’homme de 35 ans au souffle court, en raison de deux côtes cassées et de la violence du choc. “Je peux vous le dire, franchement, j’ai cru que je ne reverrais jamais mon fils. J’ai cru que j’allais mourir là. C’était juste horrible” témoigne-t-il.

C’est la police bisontine qui vient en aide à Khaled Cid, avant même qu’il ne réussisse à prévenir les secours. “Je remercie la police d’être intervenue aussi rapidement. Sans ça, je ne sais pas si je serais encore vivant”  tient à préciser l’entrepreneur franc-comtois. Les sirènes font fuir son agresseur, rapidement rattrapé par plusieurs policiers qui peinent à le maîtriser en raison d’une rage incompréhensible. Khaled est quant à lui transporté à l’hôpital duquel il ressort avec 3 jours d’ITT.

L’ancien lauréat du prix “Talents des Cités 2018”, avoue n’avoir jamais été victime de racisme, malgré ses origines maghrébines.

Le plus gros choc, c’est de me rendre compte que des personnes sont prêtes à tuer pour une couleur de peau. Gratuitement. Je sais qu’il y a du racisme, mais à ce point là… Je ne pensais pas que ça existait. J’ai grandi à Clairs Soleil, je suis allé à Marseille, aux Etats-Unis et même dans les quartiers les plus chauds de Miami… Je n’ai jamais été confronté à ça… Le racisme prêt à tuer. Ca existe quoi.

– Khaled Cid

L’agresseur présumé, un certain Philippe, n’en est pas à son premier coup d’essai, selon le correspondant de presse de Factuel.info Toufik de Planoise. Selon ce dernier, il est “bien connu pour plusieurs méfaits”. Toujours selon Toufik de Planoise, il aurait évolué au sein du « Front comtois » et du « Bunker » ainsi que dans les troupes de la division néonazie « Azov » “en 2017 ramenant expérience et armes à la maison, sa présence à des descentes dans des bars du centre en 2019-2020, et plus récemment fin 2020 son apparition en Savoie afin d’y établir un garage et en Suisse à travers un énième groupuscule nommé « Swastiklan. »” 

Khaled Cid a porté plainte. Une enquête a été diligentée et la garde à vue de l’individu en question est toujours en cours, à l’heure où nous rédigeons cet article. Cette affaire va être, dans les heures qui viennent, transmise au parquet de Besançon. Pendant que la justice suit son cours, de son côté, Khaled mettra du temps à se remettre psychologiquement de cette agression, bien après que les blessures physiques ne s’estompent. “Il faut de tout pour faire un monde, mais ces gens-là on s’en passerait bien” conclut le Bisontin. 

L’agresseur présumé sera présenté devant un juge, en comparution immédiate, ce mercredi à 14h.

L’Est Républicain