Besançon (25) : Pour le patron d’un apprenti boulanger guinéen menacé d’expulsion, « c’est comme si on m’enlevait une jambe ou un poumon ! » (Màj : Lamine est soulagé d’être régularisé)

29/07/2021

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27/07/2021

Menacé d’expulsion malgré une insertion professionnelle et sociale exemplaire, Lamine Diaby entrevoit le bout du tunnel : la préfecture lui a accordé ce mardi un titre de séjour « à titre exceptionnel », eu égard à ses « mérites ». Soulagement à la boulangerie Figard, à Besançon, où le Guinéen travaille comme apprenti.

Soutenu par son employeur Alexandre Figard, Lamine Diaby n’est finalement pas obligé de quitter le territoire français.

À la boulangerie, employés et clients ont tous fait bloc, solidaires, pour soutenir le jeune Lamine Diaby. La délivrance s’est matérialisée ce mardi par une lettre signée par le préfet du Doubs en personne, qui acte officiellement la bonne nouvelle : l’apprenti guinéen bénéficie d’une carte de séjour temporaire d’un an. Une régularisation décidée « eu égard à (ses) mérites, ainsi qu’à (son) insertion socio-professionnelle », précise la lettre.

Un succès accueilli avec modestie

Lamine reste discret et modeste, son sourire caché derrière le masque, mais son soulagement est grand. « Je suis content et motivé pour la suite » souffle-t-il sous le regard paternaliste d’Alexandre Figard, son maître d’apprentissage. C’est ce dernier qui a rué dans les brancards il y a quelques semaines, lorsque son protégé a simultanément reçu son diplôme de CAP et une obligation de quitter le territoire français (OQTF). Une aberration, selon l’artisan bisontin.

« Il a de la chance et maintenant, il doit continuer de bien travailler. Pour nous, cette régularisation est un aboutissement logique », commente sobrement Alexandre Figard, conscient que de tels cas sont rares. « Il ne sera pas obligé de passer le 2 août par la préfecture pour réserver ses billets d’avion », ajoute le boulanger, soulagé.

« Nous remercions Monsieur le Préfet »

Un tract a été imprimé en quelques exemplaires sur son bureau, à l’arrière de sa boutique. « Nous remercions Monsieur le Préfet ainsi que ses services pour la qualité de leur discernement. Nous remercions également toutes les personnes qui nous ont aidés et soutenus. Merci pour votre mobilisation […], tout simplement merci ! », détaille le texte, en évoquant la pétition regroupant 20.000 signatures sur internet et près de 500 à la boulangerie.

Un copié-collé du destin de Laye

L’histoire est belle. Le gamin est méritant. Mais il le sait, le chemin est encore long, et ne devra pas être semé d’embûches s’il aspire à une régularisation plus pérenne. Lamine a déjà repris le travail, avec en tête un nouvel objectif : prolonger son CAP d’une mention complémentaire, avant d’envisager un brevet professionnel.

L’Est Républicain

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15/07/2021

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10/07/2021

Le nouveau contrat que Lamine doit signer ce lundi devait lui permettre d’obtenir une «mention complémentaire» en boulangerie spécialisée. Le jeune apprenti rêve ensuite de passer son brevet professionnel. «Mon but, c’est de le former et le garder dans l’entreprise. Et un jour, qu’il me remplace», souffle Alexandre Figard, maître boulanger de Besançon, qui confie être malade.

«Si on m’enlève un jeune comme lui, c’est comme si on m’enlevait une jambe. Nous, les artisans, on a du mal à trouver des apprentis !», s’étrangle Alexandre Figard. «Lui», c’est Lamine Diaby, apprenti employé depuis octobre 2019 dans sa boulangerie. Après bientôt deux ans d’apprentissage, Lamine vient d’obtenir son CAP et la proposition d’embauche de son patron. Il doit signer ce lundi 12 juillet un nouveau contrat d’un an. Mais cette réussite a rapidement été ternie par la réception d’un courrier recommandé de la préfecture du Doubs, arrivé ce mercredi, rapporte L’Est Républicain : une obligation de quitter le territoire français (OQTF). « On a reçu comme un coup de matraque», témoigne, encore abasourdi, le maître boulanger […].

Pas question pour lui, donc, d’entamer une grève de la faim, comme son confrère de Besançon. L’histoire d’Alexandre et de son apprenti ressemble en effet de façon déroutante à celle du boulanger bisontin Stéphane Ravaclay, qui avait entamé une grève de la faim début janvier 2021 pour garder son apprenti guinéen, Laye Fodé Traoré, menacé lui aussi d’expulsion […].

Alerté par ce précédent, Alexandre Figard avait cru bon d’anticiper en écrivant, dès janvier 2021, à la préfecture du Doubs pour demander une régularisation de son jeune apprenti. À l’autre bout du fil du Figaro, le maître boulanger relit cette lettre à voix haute : « (…) Dès son arrivée dans notre entreprise , il a su faire preuve de beaucoup de compétence….» Un silence. Sa voix se brise. Il reprend, contenant avec peine son émotion : «À la fois sérieux et sociable(…) son niveau d’adaptation est impressionnant autant par sa compréhension de la langue française que son aptitude à effectuer rapidement les tâches demandées» La préfecture n’a jamais donné suite.

Soupçons de falsification de documents d’identité

[…] Comme pour Laye, la préfecture soupçonne ainsi une fraude dans les documents d’identité de Lamine. La police aux frontières a ainsi fait état d’irrégularités dans ses actes d’état-civil. Lamine, lui, assure que l’ambassade de Guinée a validé son extrait de naissance, lui fournissant une carte consulaire. Mais l’ambassade de Guinée, sollicitée par l’administration française sur l’authenticité des documents, fait la sourde oreille. Un scénario classique avec ce pays d’Afrique de l’Ouest, expliquent nos confrères de L’Est Républicain : les naissances n’y sont pas toujours déclarées, ce qui est interprété défavorablement pour les jeunes migrants, tandis que l’administration française soupçonne systématiquement des «fraudes documentaires» dans le pays.

Interrogée par Le Figaro, la préfecture du Doubs confirme qu’il y a de nombreux cas de jeunes guinéens obtenant des formations mais qui «pour des raisons légales», se voient menacés d’expulsion à leurs 18 ans, citant cette fois le cas d’Abakar Gassama, jeune apprenti cuisinier guinéen à Montbéliard, expulsé dans son pays en avril dernier, CAP en poche, au motif de «falsifications de documents d’identité à l’administration française»

Le Figaro


[…] Isolé, contraint de quitter son pays et ses études « lorsque son père s’est retrouvé emprisonné et qu’il n’avait plus de ressources », Lamine Diaby a rejoint le Mali, puis l’Algérie, le Maroc, l’Espagne puis Paris. Et enfin Besançon où il a été pris en charge par l’association départementale du Doubs de sauvegarde de l’enfant à l’adulte en janvier 2020.

« J’ai fait un premier stage de découverte en peinture mais j’avais trop froid, je n’étais pas habitué à ces températures ! » Le migrant guinéen se réoriente vers la boulangerie.

[Mais] l’État lui reproche de ne pas pouvoir prouver son identité : « L’avis de l’expert en fraude documentaire de la police aux frontières est défavorable et fait état d’irrégularité dans les actes d’état-civil ». Selon l’administration, « la saisine de l’ambassade de Guinée en France, le 28 juillet 2020 concernant l’authenticité des documents d’état-civil de l’intéressé, est demeurée sans réponse ». Un scénario malheureusement habituel avec ce pays d’Afrique de l’ouest.

estrepublicain