Besançon : Ahmed, migrant marocain visé par une OQTF, entame une grève de la faim avec sa femme Florence (MàJ: Ahmed hospitalisé suite à un malaise)

Florence et Ahmed ont entamé une grève de la faim mi-septembre afin d’obtenir un rendez-vous avec la Préfecture du Doubs. Ahmed, Marocain menacé d’expulsion malgré un mariage d’amour avec Florence, a été hospitalisé, ce jeudi 30 septembre, après un malaise.

Depuis onze jours, Ahmed et Florence n’ingurgitent que du liquide : “On boit du thé, du café, parfois des bouillons”, précise Florence. Mais ce jeudi 30 septembre cela n’a pas suffi à Ahmed : le Marocain menacé d’expulsion malgré un mariage d’amour et une promesse d’embauche en CDI dans une entreprise de BTP a été hospitalisé au CHU de Besançon après un malaise.

Après quelques heures et un morceau de sucre avalé, Ahmed a pu rentrer chez lui, auprès de sa femme, aux alentours de minuit : “Il a fait une chute de tension, mais sa glycémie n’était pas mauvaise”, ajoute la quarantenaire. Avec son mari, ils comptent poursuivre leur grève de la faim jusqu’à obtenir un rendez-vous avec la préfecture du Doubs.

Le couple bisontin, qui vit ensemble depuis cinq ans, a entamé cette action mi-septembre. Un choix contraint après les multiples refus de demande de régularisation : “On avait déposé un recours devant le tribunal juridique, mais nous avons reçu une réponse négative le 15 juin dernier. L’autre solution était un retour au Maroc pour y faire une demande de visa. Mais les démarches sont très longues et sa demande peut très bien être refusée”, explique Florence d’un ton fatigué.

La lassitude et l’épuisement se font ressentir pour le couple : “C’est de plus en plus difficile, surtout que j’ai eu très peur pour mon mari. Ça n’a pas aidé. Mais on ne peut pas arrêter maintenant, il faut garder le cap.”

[…] En janvier 2021, Ahmed avait vu sa demande de régularisation rejetée par la préfecture. Dans la foulée, il avait reçu une OQTF (obligation de quitter le territoire), justifiée pour être entré illégalement en France. Et selon la loi, durant les trois premières années du mariage, rien ne le protège de l’expulsion. Ahmed et Florence se sont mariés en janvier 2020.

France 3


21/09/2021

Il est arrivé en France il y a déjà six ans. À l’époque, Ahmed, originaire du Maroc, s’installe à Besançon, tandis que sa sœur vit déjà dans la région. Deux ans plus tard, il rencontre Florence à la terrasse d’un café puis ils se marient deux ans plus tard. Sauf qu’Ahmed n’a jamais eu de titre de séjour. En cause, son arrivée sans visa en France. « S’il était arrivé avec un visa même périmé, aujourd’hui il aurait le droit à son titre de séjour », déplore sa femme.

Pire, depuis neuf mois, l’homme est considéré comme en situation irrégulière et fait l’objet d’une Obligation de quitter le territoire français (OQTF). Au mois de janvier, sa demande de naturalisation a été refusée, bien qu’il soit là depuis six ans et marié à Florence. Alors sans aucun autre recours, sa femme a décidé de faire une grève de la faim afin, dit-elle, d’alerter sur sa situation.

« Si elle fait la grève de la faim, alors je fais aussi la grève de la faim. On vit ensemble et on meurt ensemble », continue Ahmed.

Pas le droit de travailler

Selon le couple, personne ne veut les écouter, à commencer par les élus : « On a contacté des députés, des sénateurs et ça n’a jamais abouti. Je n’arrive même pas à obtenir un rendez-vous avec Madame la Maire ou Monsieur le Préfet », explique Florence à nos confrères. Une situation d’autant plus ubuesque, selon elle, que son mari voudrait travailler.

Je ne demande pas grand-chose, je veux juste travailler” – Ahmed

Ces dernières semaines, Ahmed avait trouvé un travail dans le BTP. Il avait l’accord de l’employeur, mais ne peut pas signer de contrat puisqu’il n’a pas… de titre de séjour. « Le bâtiment est un secteur très tendu. Ils trouvent peu de personnel alors quand ils tombent sur quelqu’un de motivé, ils le veulent. Tout ce qui coince, c’est qu’il n’a pas le droit de travailler », tance l’épouse. Dans une impasse, le couple estime avoir « épuisé tous les recours ». Ils espèrent sans doute que cette solution extrême leur permettra d’avoir gain de cause

Une grève de la faim, pour espérer retrouver « une vie normale »

« Tout ce qu’on demande, c’est le droit de pouvoir travailler pour avoir une vie normale » résume Florence. Car sans papiers, même avant l’OQTF, impossible de signer un contrat de travail. Or, une promesse d’embauche en CDI attend Ahmed depuis 2020. « Il est ici depuis 2015, on est ensemble depuis 2017, on est mariés, on a une vie, il est intégré, il fait partie de ma famille, mes enfants l’adorent » résume Florence, qui ne comprend pas pourquoi cette régularisation leur est refusée.

« Aujourd’hui, on vit avec mon salaire, c’est compliqué » se désole Florence. « On n’arrive pas à avancer, à se projeter ». Alors, elle le répète : « J’irai jusqu’à bout ».  Cette grève de la faim, « on va la faire ensemble », ajoute Ahmed. « Pour le meilleur et pour le pire. C’est bien ce qu’on dit quand on se marie ? ».

France Bleu