Blé : la catastrophe annoncée n’aura pas lieu

Malgré la sécheresse du printemps, la baisse des rendements pour le blé tendre sera limitée à 2 % cette année, selon les estimations de la filière. Les céréaliers français pourront non seulement répondre à la demande nationale, mais aussi exporter.

Des responsables agricoles n’avaient pas hésité à évoquer des pertes de rendement de l’ordre de 20 à 40 % pour les céréales cette année, en raison de la sécheresse précoce du printemps. Finalement, la baisse sera de 2 % pour le blé tendre par rapport à 2021 et de 3 % par rapport à la moyenne des dix dernières années, selon les estimations de l’interprofession des céréales (Intercéréales) et de l’institut technique Arvalis publiées le 1er juillet.

De quoi répondre à la demande intérieure et extérieure

Pas de panique, donc. Malgré une « légère baisse de production », le blé français « sera au rendez-vous » pour répondre à la demande intérieure et même pour pouvoir exporter, dans un contexte particulièrement tendu sur les marchés internationaux.

Plusieurs phénomènes ont permis de limiter les dégâts d’un printemps particulièrement sec. « Sur la première phase du cycle, les blés se sont bien implantés et bien développés à la faveur d’un automne et d’un hiver doux », détaille dans l’étude le directeur de la R & D d’Arvalis, François Laurent. S’ils ont ensuite souffert du manque d’eau, « en pleine montaison »« l’effet bénéfique du rayonnement sur la fertilité des épis a permis une compensation notable des conditions pénalisantes de la montaison, en particulier dans les sols profonds ». Enfin, les pluies du début du mois de juin ont permis « de retrouver des conditions plus favorables au remplissage des grains ».

Une forte hétérogénéité

Tous les céréaliers ne sont pas logés à la même enseigne. « La récolte de 2022 sera surtout marquée par une très forte hétérogénéité selon les lieux, et la qualité des sols », souligne Céline Imart, porte-parole d’Intercéréales, et agricultrice dans le Tarn.

Il n’empêche, la récolte 2022, qui a déjà commencé dans certaines régions, sera globalement dans les clous, aussi bien sur les volumes que sur la qualité du blé, déterminante pour fixer le prix auquel il pourra être vendu. « La teneur moyenne en protéines du blé tendre français atteindrait 11,6 % en 2022, une valeur proche de la moyenne décennale », confirment en effet les estimations des experts.

Des cours au plus haut

Les prix, eux, sont toujours au plus haut. Le cours de la tonne de blé tendre s’élève à 370 € en cette fin juin, contre 200 € avant la guerre en Ukraine, qui a fait flamber les prix.

Toute la récolte ne sera pas vendue à ce prix-là, tempère cependant Céline Imart, qui pointe par ailleurs la forte hausse des coûts du gaz et des engrais. La plupart des céréaliers ont déjà engagé une partie de leur récolte de 2022 auprès d’acheteurs de l’aval de la filière, avant même le déclenchement de la guerre et la hausse des prix. L’autre partie sera néanmoins écoulée en bénéficiant des cours actuels.

La Croix