Bobigny: la transaction secrète pour acheter le silence d’un ancien pilier de l’UDI

Après des soupçons de malversations à l’office HLM pendant l’ère centriste, c’est la gestion de la Semeco, structure chargée de l’équipement de la ville, qui interroge. D’après des documents obtenus par Mediapart, son ancien directeur a reçu près de 170 000 euros pour partir et garder le silence. La Semeco a aussi versé près de 780 000 euros à quatre anciens dirigeants.

Si l’UDI ne dirige plus la ville de Bobigny, remportée en juin dernier par les communistes, sa gestion de la municipalité depuis 2014 n’en finit plus d’interroger. Après les suspicions de malversations liées à l’Office public de l’habitat (OPH) de la ville évoquées par Mediapart en octobre dernier, ce sont maintenant d’autres transactions aux montants exorbitants – plus d’un million d’euros – qui pourraient intéresser la justice.

À côté de la municipalité existent plusieurs structures censées gérer la ville avec l’argent du contribuable. La Semeco, pour Société d’économie mixte d’exploitation d’équipements collectifs à Bobigny, est l’une d’entre elles. Créée en 1986, elle est notamment chargée de gérer l’exploitation des parkings et l’entretien des dalles – ces dernières étant très nombreuses dans la ville.

À la tête de la Semeco jusqu’à l’an dernier, on trouvait un certain Rachid Maalem, ancien proche de Jean-Christophe Lagarde, le président de l’UDI et ex-trésorier de la campagne de ce parti centriste en 2014 à Bobigny. Il était directeur général entre 2014 et janvier 2020, date à laquelle il a été brutalement révoqué par la ville de Bobigny, actionnaire majoritaire de la Semeco.L'hôtel de ville de Bobigny. © MOULU Philippe / Hemis via AFP L’hôtel de ville de Bobigny. © MOULU Philippe / Hemis via AFP

Mais d’après des documents consultés par Mediapart, la municipalité en place (via l’élu UDI Mahamadou N’Diaye) s’est séparée de Rachid Maalem en signant une transaction qui a permis de se passer d’un licenciement mais aussi et surtout d’acheter son silence. Et ce, peu avant les élections municipales de mars 2020. 

À cette époque, Christian Bartholmé, alors premier adjoint de la ville, se présente pour être cette fois-ci candidat à la mairie de Bobigny. Stéphane de Paoli, le maire de la ville, avait décidé de ne pas se représenter. Sur sa liste, on trouve aussi Mahamadou N’Diaye.

Alors que la campagne bat son plein, ce dernier est mandaté par le conseil d’administration de la Semeco pour signer un protocole d’accord transactionnel avec Rachid Maalem et régler les modalités de son départ. D’après ce document confidentiel, la ville de Bobigny « a considéré que plusieurs désaccords majeurs étaient intervenus avec M. Maalem notamment au sujet de politiques publiques mises en place par la ville de Bobigny, et que la Semeco devait appliquer », justifie Mahamadou N’Diaye. 

Grâce à cette transaction, Rachid Maalem perçoit plusieurs indemnités pour un total de 167 553 euros, sa seule contrepartie étant de se taire. Le document liste en effet plusieurs obligations comme celle de ne pas « divulguer ni exploiter aucune des informations dont il a eu connaissance dans l’exercice de ses fonctions » ou de produire toute attestation ou témoignage « portant sur des faits ou actes » dont il aurait pu avoir connaissance à l’occasion de son mandat. 

Mais avec cette transaction, Rachid Maalem a aussi l’interdiction de prendre part aux élections, que ce soit pour l’UDI ou pour un autre parti. « Compte tenu de sa détention de données socio-économiques privilégiées du fait de sa position au sein de la Semeco, M. Maalem prend un engagement de neutralité politique jusqu’à la proclamation définitive du résultat du scrutin municipal balbynien de 2020 », détaille le protocole avant de mentionner qu’à compter du jour de la signature, Rachid Maalem « s’engage à ne participer » ..

Médiapart