Boire de l’eau, porter des tresses, regardez Peter Pan, mais vous n’avez pas honte ?

C’est une honte ! ». « Un scandale ! » Ce mardi 13 avril, les réseaux sociaux sont en furie. Évian, la célèbre marque d’eau minérale, vient de commettre l’irréparable sur Twitter. « RT si vous avez déjà bu 1 L aujourd’hui », a osé écrire le groupe sur son compte officiel­. Des mots qui ne passent pas. Vraiment pas. Boire de l’eau, mais comment osent-ils ! De partout, les condamnations pleuvent. Les plus excités exigent la démission immédiate du community manager, l’employé coupable d’avoir posté ces mots. Un litre, vous vous rendez compte ? C’est ignoble ! Très vite, le « fautif » s’excuse, toujours sur le même canal. « Bonsoir, ici le team Évian, désolé pour la maladresse de ce tweet qui n’appelle à aucune provocation ! » rétropédale-t-il. Mais il est trop tard. Le mal est fait.

Vous ne comprenez rien ? Vous ne voyez pas où est le scandale ? Rassurez-vous, ce n’est pas vous qui avez un problème. C’est notre époque. On vous explique : ce même mardi 13 avril, c’est aussi le premier jour du ramadan. Pendant un mois, les musulmans pratiquants sont invités à jeûner, du lever au coucher du soleil. Pour les esprits chagrins, ça ne fait donc pas un pli : en parlant de boire dans la journée, Évian a tout simplement déclaré la guerre à l’islam ! Présentée comme ça, l’affaire paraît hallucinante, tant il est évident que le community manager ne s’est pas posé la question. Malheureusement, son lynchage est au contraire parfaitement réfléchi, et le procédé de plus en plus banal.

En cette belle journée de printemps, Évian vient d’être victime de la cancel culture, ce concours d’indignation débile qui fait la météo sur les réseaux sociaux et permet à quelques moralisateurs aigris de se donner de l’importance, tout en dictant la marche du monde. Cancel culture, littéralement, signifie « culture de l’annulation » : dites une bêtise, réelle ou supposée, et on vous la fera ravaler. Racisme, sexisme… tous les prétextes sont bons ! Mais ce qui n’était au départ qu’une surveillance de la parole publique destinée à contenir de vraies outrances est en train de tourner au grand n’importe quoi. Bientôt, on ne pourra plus rien dire (ni écrire) ! Et le pire, c’est qu’à l’image d’Évian et de ses excuses piteuses (sans doute dictées par la peur d’un appel au boycott), notre société entière est en train de céder à tous ces censeurs autoproclamés. Voici quelques exemples des derniers pseudo-scandales en date… et de leurs affligeantes conséquences, bien réelles celles-là.

Pépé le putois aux oubliettes

Vous connaissez Pépé le putois ? Mais si, c’est ce gentil mustélidé des dessins animés Looney Tunes, épris à la folie d’une innocente petite chatte noire. Eh bien, croyez-le ou non, Pépé vient de prendre une retraite forcée, renvoyé des studios Warner pour « comportement déplacé ». Un journaliste du New York Times l’accuse en effet de « harcèlement sexuel » sur la pauvre petite minette. Ce faisant, Pépé véhiculerait auprès des enfants une image dégradante de la femme ! Après embal­lement des réseaux sociaux, pour couper court à toute polémique, le pauvre putois a donc été dégagé des futurs films du studio et coupé au montage du très attendu Space Jam 2. Pépé, reviens, nous, on t’aime comme tu es !

Uncle Ben’s, la photo qui colle un peu trop

Il était sympa, Uncle Ben’s, avec ses cheveux blancs, son sourire bienveillant et son joli nœud pap… Mais c’est fini, tout ça. À la trappe ! « Le riz qui ne colle jamais », accusé de véhiculer des références esclavagistes avec cette photo, a dû revoir son packaging. Cherchez désormais la boîte orange, juste estampillée « Ben’s Original ».

Pour dix petits nègres, combien de pénibles?

Si vous allez à la librairie, n’y cherchez plus Dix Petits Nègres, le célèbre roman d’Agatha Christie publié en 1939 et vendu depuis à plus de 100 millions d’exemplaires. Son titre, jugé honteux par quelques indignés de service (rappelons ici qu’Aimé Césaire, le grand poète martiniquais, utilisait lui-même le mot « nègre »), vient d’être changé en Dix Petits Soldats. Mais on se demande si désormais le roman ne fait pas l’apologie de la guerre… Prochain titre pressenti : Dix Individus pacifiques non racisés.

Monsieur Patate tourne…Patate

C’est intolérable ! Monsieur Patate, le célèbre jouet en plastique, serait coupable d’enfermer les bambins dans une mauvaise approche des genres. C’est en tout cas ce qu’affirme une poignée d’énervés, jugeant sa moustache outrageusement masculine. Et que dire du rouge à lèvres de Madame Patate, odieux symbole des conventions les plus sexistes ? Après quelques mois de tollé, Hasbro a fini par céder. « Pour promouvoir égalité des genres et inclusion », il ne sera plus fait mention sur les boîtes ni de « Monsieur Patate » ni de « Madame Patate ». On y lira simplement… « Patate ». Franchement, les gars, une belle victoire !

Tatayoyo qu’est ce qu’il y a sous tes rimes en “O”

On espère qu’Annie Cordy ne s’en retourne pas dans sa tombe. La chanteuse populaire, décédée en septembre dernier, devait donner son nom à un tunnel à Bruxelles. Mais c’était sans compter sur quelques bien-pensants qui s’y opposent aujourd’hui avec férocité. Motif ? La chanson Chaud Cacao serait un hymne raciste. La preuve : le texte dit « rikikis tes petits kiwis, les babas de mes baobabs » ! En attendant que l’Académie royale des lettres se prononce, l’auteur du texte, Vivien Vallay, n’en revient pas. « Cette chanson, ce n’est que la bonne humeur ! » se désole le parolier. Mais, à ce rythme, il va devoir en écrire une autre. « Froiiiiids, rabat-joie… »

Le monde merveilleux de Disney

Ça vous a peut-être échappé, mais les vieux dessins animés Disney sont des brûlots racistes. Puisqu’on vous le dit ! Regardez Peter Pan, où les Indiens passent pour des sauvages ! Et La Belle et le Clochard, où les deux chats siamois parlent avec l’accent chinois (en plus, ils ont les yeux en amande). Et que dire de Dumbo, où le corbeau Jim Crow est noir ! Résultat, sur la plateforme Disney+, tous ces films licencieux seront désormais précédés d’une mise en garde, du genre « Ce programme comprend des représentations datées et/ou un traitement négatif des personnes ou des cultures » ou encore « Ces stéréotypes étaient déplacés à l’époque et le sont encore aujourd’hui. » Histoire que le jeune public sache à quoi il s’expose (s’il sait lire). À quand l’interdiction aux moins de 18ans ?

Des vertes et des pas mûres

Partout dans le monde, la cancel culture obtient des victoires qui valent leur pesant de cacahuètes.

La chanteuse Katy Perry a dû présenter des excuses publiques pour être apparue avec des tresses sur Instagram. Motif : ces tresses rappelleraient trop les coiffures traditionnelles des femmes africaines (comprenne qui peut).

Jamie Oliver, célèbre chef cuisinier britannique, a eu la mauvaise idée de préparer un jerk, plat de riz épicé que cuisinaient autrefois les esclaves jamaïcains. Mal lui en a pris ! Pour avoir modifié la recette, le cuistot s’est fait tailler en pièces sur les réseaux sociaux, suscitant le débat jusqu’au Parlement ! « Votre jerk n’est pas correct, l’a finalement sermonné un député. Vous devez arrêter cette appropriation. » On ne sait pas si depuis Jamie Oliver s’est lancé dans le coq au vin…Mais qu’il n’aille pas y verser de la piquette anglaise, ou on le plonge dans le camembert fondu !

Pour avoir affirmé sur Twitter que « la différence des sexes est une réalité biologique », J.K. Rowling, l’auteure de la saga Harry Potter, est désormais la cible de toutes les attaques. Selon ses détracteurs, défendre une telle énormité serait de la… transphobie ! Pas impressionnée, l’écrivaine a depuis récidivé, arguant qu’à son humble avis « le mot juste pour désigner les personnes qui ont leurs règles est le mot “femme” ». Hou, là, là ! Des tombereaux de haine plus loin, elle n’a présenté ses excuses à personne, mais Daniel Radcliffe, l’interprète de Hatty Potter à l’écran, a fini par céder. « Je suis désolé pour les souffrances que ces déclarations ont causées », s’est piteusement amendé l’acteur. C’est ce qui s’appelle avoir une petite baguette.

Le Nouveau Détective