Joyeux 1er mai à nos lecteurs !

(Reproduction d’un article initialement publié en 2014 sur le défunt blog Fortune, avec l’aimable encouragement de l’auteur.)

La fête de mai marque le « début de l’été ». En fait, mai est le mois où l’année bascule, entre sur son second versant, où le printemps triomphe définitivement des puissances de l’hiver et de la nuit.

Le 1er mai commémore le renouveau du soleil. Six mois plus tard (1er novembre), le culte de la nuit s’est christianisé pour célébrer l’immortalité des âmes des trépassés; l’Église en a fait la Toussaint. La signification ancienne du 1er mai s’est perdue et les pratiques ont survécu sous la forme de simples fêtes populaires.

Dans la nuit du 30 avril au 1er mai, les jeunes gens des villages se réunissaient autrefois et s’affairaient pour préparer la fête du printemps. Ils devaient couper un arbre, ne conserver à son extrémité que quelques branches garnies de feuilles puis le dresser devant l’église ou sur la place du village, après l’avoir décoré de ruban et de petits drapeaux et fixé à son sommet une couronne confectionnée de feuilles et de fleurs.

Il est en quelque sorte le pendant du sapin de Noël.

L’arbre de Mai est le symbole de la vie et la couronne, par sa forme circulaire, symbolise une année, c’est-à-dire les quatre saisons s’incarnant dans l’éternel retour du cycle de la vie.

Cet arbre de mai, symbolisant le triomphe du printemps sur les forces obscures de l’hiver, devenait pour un temps le point de polarité de toutes les festivités. Autour de lui se succédaient les danses et les grandes rondes, dans l’ambiance chaleureuse et communautaire d’un grand repas.

Il est intéressant de noter que le nom de mai dérive du nom de Maïa, la déesse de la fertilité. Et la fête de l’arbre de mai est bel et bien une fête dédiée à la fertilité. On y retrouve tous les symboles de la naissance. Ainsi, la nuit de la pleine lune de mai, les anciens dressaient des mâts décorés ou des arbres.

Une variante de ces festivités consistait à planter un arbre, et non plus à le couper.

Le premier Mai c’est la fête du travail, mais c’est aussi la fête du muguet !

Mais pourquoi du muguet? Pourquoi en offre-t-on à nos proches le premier Mai ? Et comment s’est-il retrouvé associé à la fête du travail ?

Il semble que le muguet aussi appelé “lys des vallées”, une plante originaire du Japon, soit présente en Europe depuis le Moyen-Age. La plante à clochettes a toujours symbolisé le printemps et les Celtes qui lui accordaient des vertus porte-bonheur.

Dans la Rome antique, le premier jour de mai coïncidait avec les floralies, des fêtes qui se célébraient en l’honneur de Flore, la déesse du printemps et des fleurs. C’était l’occasion de chants, de danses et de processions fleuries.

Fleurissant au printemps, le muguet est la fleur idéale pour célébrer le retour des beaux jours. Quand les Romains conquirent d’autres pays, ils apportèrent leurs coutumes. Toutefois, dans les pays celtes, ils découvrirent que, le premier jour de mai, une fête avait déjà lieu, Beltaine.

Beltaine (Bealtaine, Beltane ou Beilteine) est la troisième des quatre grandes fêtes religieuses de l’année celtique protohistorique, fêtée le 1er mai.

Elle vient après Samain et Imbolc et marque la fin de la saison sombre et le début de la saison claire. Elle est en rapport avec Belenos, Lug et Belisama. Le principal rituel de Beltaine consiste en des feux allumés par des druides où le bétail passait afin qu’il soit protégé des épidémies pour l’année à venir.
Elle marque le début de la saison estivale et a lieu le 1er mai de notre calendrier ; (giamonios, selon le calendrier de Coligny). Contrairement à Samain, Beltaine n’est pas une fête des trois fonctions de la société celtique. C’est une fête sacerdotale, en Gaule elle est en rapport avec Belenos (avatar du dieu primordial Lug sous forme de la lumière) et Belisama (« la Très Brillante », parèdre du précédent) et dont le sens est « feu de Bel ». En Irlande, c’est à cette date que sont arrivés les différents occupants de l’ile, si on se réfère au Lebor Gabála Érenn (le Livres des conquêtes de l’Irlande). C’est donc une fête de renouveau. (…)

La veille au soir, autrement dit au début de la journée celte, on éteignait tous les feux. Puis, quand le soleil se levait, les gens allumaient des feux sur les collines ou sous les arbres sacrés, afin d’accueillir l’été et le renouveau de la vie. On sortait les troupeaux et on implorait les dieux de les protéger.

Les floralies et Beltaine ne tardèrent pas à se mêler pour ne former qu’une seule fête, celle du 1er Mai. Chez les peuples germanophones et scandinaves, Walpurgis était l’équivalent de Beltaine. Les festivités commençaient durant la nuit de Walpurgis, nommée en l’honneur de sainte Walburge (710-779), avec l’allumage de feux censés éloigner les esprits maléfiques.

En France, c’est lors de la Renaissance que la tradition d’offrir du muguet le premier Mai voit le jour. Le premier Mai 1561, le roi Charles IX reçoit un brin de muguet porte bonheur, le cadeau lui plaît tellement qu’il décide d’offrir tout les ans un brin de muguet à chacune des dames de sa cour.

La tradition perdure jusqu’à la belle époque, notamment en île de France où les boutiques offrent des brins de muguets à leurs clientes pour le premier Mai.

Entre 1886 et 1889, de nombreuses manifestations syndicalistes secouent la France. En 1889, les syndicats proposent que le premier Mai soit une journée chômée consacrée à la manifestation. Les participants prennent l’habitude de défiler avec un triangle rouge à la boutonnière, qui symbolise la division de la journée en trois parties égales : le travail, le loisir et le sommeil. Le triangle rouge est ensuite remplacé par l’églantine rouge qui devient le symbole des revendications des travailleurs.

A partir de 1907, le muguet, déjà traditionnellement associé au premier Mai, remplace progressivement l’églantine.