Bordeaux (33) : La statue de Modeste Testas, esclave africaine du XVIIIe, recouverte de peinture blanche (màj) “une grosse bêtise d’un étudiant en art “

Un prof a averti la direction des affaires culturelles de la mairie qu’il ne s’agissait absolument pas d’un acte raciste, comme soupçonné lundi 13 septembre. La statue de l’esclave noire a été recouverte de plâtre blanc par un étudiant qui voulait réaliser un moulage.

“Une grosse bêtise” d’étudiant en art. C’est l’un de ses enseignants qui le dit. Lui qui a averti la direction des affaires culturelles de la ville. Cette annonce a mis fin à toute polémique sur l’intention raciste du geste. 

“L’étudiant l’a fait de sa propre initiative. Il est sensible à la question décoloniale, surtout de part ses origines. Il est profondément anti-raciste. “ se désole l’enseignant. 

L’étudiant a donc déposé du plâtre, environ 1 cm d’épaisseur, sur le haut de la statue installée sur les quais de Bordeaux, à hauteur de la Bourse Maritime. ” Il l’a fait la nuit sur le site. Un acte de mémoire” précise l’enseignant. “Il n’y a pas de dégradation de la statue, le plâtre s’en va à l’eau. “

La statue en bronze de Modeste Testa, née Al Pouessi, a été inaugurée le 10 mai 2019, journée nationale des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leur abolition. Erigée sur les quais de la Garonne, devant la Bourse Maritime, elle est l’œuvre du sculpteur haïtien Filipo. 

franceinfo:

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VANDALISME La mairie de Bordeaux et l’association Mémoires et partages vont porter plainte contre X

Karfa Diallo, directeur de l’association Mémoire et partage, lundi 13 septembre 2021 devant la statue de Modeste Testas vandalisée la nuit précédente — Mickaël Bosredon/20Minutes
  • La statue de l’esclave africaine Modeste Testas, sur les quais de Bordeaux, a été recouverte de peinture blanche dans la nuit de dimanche à lundi.
  • La mairie de Bordeaux dénonce « un acte raciste, et de déni de l’histoire de l’esclavage ».
  • Choqué, Karfa Diallo, de l’association Mémoires et partages qui va aussi porter plainte, est par ailleurs outré que « des gens se permettent régulièrement des familiarités avec cette statue. »

Un acte « d’une très grande violence » dénonce ce lundi Stéphane Gomot, conseiller municipal à Bordeaux pour le patrimoine, les musées, l’archéologie et la mémoire. Dans la nuit de dimanche à lundi, la statue de Modeste Testas, esclave africaine du XVIIIe siècle, a été recouverte de peinture blanche sur les quais de Bordeaux.

Les services municipaux se sont précipités dans la matinée pour nettoyer l’œuvre, autour de laquelle subsistent ce lundi midi quelques taches de peinture. « Vu le soin qui a été pris pour peindre la statue, on n’est pas face à un acte accidentel, et je penche pour un acte malveillant » poursuit Stéphane Gomot. « Je vois surtout que l’on a répandu de la peinture blanche sur le buste d’une personne noire, je pense qu’il s’agit donc d’un acte raciste, de déni de l’histoire de l’esclavage, d’atteinte à une personne féminine, et d’atteinte à une œuvre d’art… Je rappelle que l’esclavage et la traite négrière sont reconnus comme des crimes contre l’humanité, et que le racisme est un délit pénal. Au moins pour ces deux raisons, la mairie portera plainte contre X et se constituera partie civile. »

« Cette statue doit être sanctuarisée »

Ce monument à l’effigie de Modeste Testas du sculpteur Woodly Caymitte, dit « Filipo », a été inauguré le 10 mai 2019 quai Louis XVIII à Bordeaux, à l’occasion de la journée nationale de commémoration de l’esclavage, de la traite négrière, et de leurs abolitions.  Marthe Adélaïde Modeste Testas, née Al Pouessi (1765-1870), était une esclave africaine déportée à Saint-Domingue achetée entre 1778 et 1781 par deux frères bordelais, Pierre et François Testas, qui avaient un négoce à Bordeaux.

L’association Mémoires et partages, qui vise à réveiller l’histoire coloniale de Bordeaux, et qui organise régulièrement des visites guidées du « Bordeaux négrier », va aussi porter plainte contre X. « C’est choquant, cela montre bien que le ventre de la bête est fécond et qu’il y a encore à Bordeaux des gens qui sont dans cette haine contre la population noire, dans ce refus du souvenir » s’est indigné le directeur de l’association et conseiller régional Karfa Diallo.

« Les gens se permettent régulièrement des familiarités avec cette statue qui sont très choquantes, poursuit Karfa Diallo, car cette statue est le symbole d’un crime contre l’humanité. Que la ville de Bordeaux ait accepté et reconnu les revendications des associations est une bonne chose, mais que cette œuvre soit posée comme cela, à la portée de tout le monde, reste un problème. C’est pourquoi nous demandons une délimitation, cette statue doit être sanctuarisée, car ce n’est pas une simple statue comme celles de Geluck, juste à côté, pour faire de l’ornement. »

Une protection de l’œuvre « n’est pas à l’étude, et ce n’est pas le sujet », estime pour sa part Stéphane Gomot.

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