Bordeaux : 56 migrants évacués d’un squat acceptent d’être relogés dans 9 régions

Ce week-end, une vingtaine de migrants a découvert le Limousin. Évacués d’un vaste squat près de Bordeaux, ils ont été logés par les services de la préfecture à Limoges (4) et Guéret (19). D’autres ont été transférés à Angoulême (5), dans le Lot-et-Garonne (3) et en Gironde (25).

Tout a commencé jeudi dernier, peu après 6 heures du matin. les forces de l’ordre sont intervenues pour déloger les habitants de la “zone libre” de Cenon. Avertis par une fuite dans la presse depuis la veille, plusieurs dizaines d’habitants avaient préféré quitter le squat avant l’intervention. « Le recours à la force publique était validé depuis le mois de juin, rappellent les services préfectoraux, et l’évacuation peut être qualifiée de rapide. »

La préfecture de région précise avoir « mobilisé 230 places d’hébergement dans neuf départements, au cas où. Il y avait au total 146 personnes officiellement recensées par nos services, adultes et enfants, et une trentaine sont partis avant l’évacuation. » Une centaine selon d’autres sources.

« 56 personnes ont accepté les solutions »

« Finalement, 56 personnes ont accepté les solutions d’hébergement que nous leur proposions et sont montées dans les bus pour y être amenées. Les services ont mené cette opération pendant les vacances, afin que les enfants scolarisés puissent être pris en charge correctement sous l’autorité des Dasen (directeurs académiques des services de l’éducation nationale NDLR) d’ici la rentrée », promet l’autorité préfectorale.

Depuis l’automne 2019, l’ancienne résidence pour personnes âgées à l’abandon était habitée par des migrants, avec le soutien de nombreuses associations locales (collectif Bienvenue, Cimade, Réseau éducation sans frontière, Médecins du Monde, Ligue des droits de l’Homme, groupes des élu.e.s  écologiste et communistes de Bordeaux Métropole…). Son expulsion a provoqué l’indignation de nombreuses personnalités.

La préfecture assure n’y avoir recensé que 146 personnes, mais les associations parlent de 300 personnes vivant dans ce qu’elles appelaient la “zone libre” de Cenon : 80 familles, dont 110 enfants. L’évacuation terminée, les engins de chantiers du propriétaire du terrain ont immédiatement attaqué la démolition des bâtiments.

« La trêve hivernale ne s’appliquait pas à ce squat »

Pourquoi avoir expulsé ce squat, quelques jours après l’annonce du report de la fin de la trêve hivernale au 31 mai, pour cause de crise sanitaire ? La préfecture de la Gironde souligne qu’« un jugement d’expulsion était rendu depuis janvier 2020, avant le début de la crise sanitaire. Il était précisé que la trêve hivernale ne s’appliquait pas à ce squat et qu’il n’y avait même pas de délai d’exécution, notamment pour des raisons de sécurité. Les conditions d’hébergement présentaient de nombreux risques pour ceux qui vivaient là. »

« Cette ancienne résidence pour personnes âgées (résidence Paul Ramadier) était occupée de manière illégale par près de 120 personnes, la plupart de nationalités étrangères (albanais, géorgiens, maghrébins …). Outre l’illégalité de cette occupation, les risques étaient importants pour les occupants tant en termes de sécurité (risque d’incendie et d’électrocution liés à de nombreux branchements électriques dangereux) que de santé (insalubrité). Le squat était également connu défavorablement pour des troubles à l’ordre public signalés par les riverains et les commerçants du quartier », souligne le communiqué de la préfète de la Gironde, Fabienne Buccio.

Certains seraient déjà rentrés à Bordeaux

Le collectif Chabatz d’Entrar, de soutien aux réfugiés et aux migrants en Haute-Vienne, dit se méfier d’« une préfecture qui face aux médias promet des solutions pour tout le monde… et, au bout du compte, comme de nombreuses fois, après avoir fait des pieds et des mains pour répondre aux exigences administratives d’insertion, tout est à recommencer ailleurs sans aucune certitude d’avoir un toit. »

Les dossiers des anciens habitants de la “zone libre” de Cenon transférés seront désormais traités par les services départementaux de leur nouveau lieu de résidence. Mais d’après nos informations, une douzaine de personnes amenées en Creuse ont déjà regagné la Gironde.

Le collectif estime que « tant qu’aucune réelle volonté politique de la part des pouvoirs publics ne prendra à bras le corps le problème du logement et de la régularisation des exilé.e.s, en acceptant les propositions faites par les différentes structures soutenant ces personnes, il y aura toujours des squats, il y aura toujours des expulsions, il y aura… Mais jusqu’à quand ? »

Le Populaire