Bordeaux : Délinquance, 44% des mis en cause sont des migrants mineurs

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Depuis des mois, et particulièrement depuis la sortie du confinement, les attaques à l’arme blanche se sont multipliées dans la capitale girondine. Les observateurs locaux dénoncent des réseaux de criminalité qui font de migrants mineurs leurs proies, le trafic de stupéfiants et l’expansion trop rapide de la ville.

Bordeaux, le 25 juin. La nuit est très agitée : entre 23h30 et 1 heure du matin, les pompiers interviennent à six reprises, dans différents quartiers, pour secourir sept blessés à l’arme blanche. Après avoir reçu des soins, «la plupart des victimes se sont évanouies dans la nature sans déposer plainte», écrit à l’époque le journal Sud Ouest. Plusieurs agressions seraient liées à des règlements de comptes entre des jeunes hommes sans domicile.

5 juillet. Il est 4h30 du matin, sur le quai Louis-XVIII, quand une rixe éclate entre un groupe de mineurs et de jeunes majeurs isolés. Les esprits se sont échauffés après le vol d’une enceinte Bluetooth. En plein centre-ville, de violents coups de couteau sont portés.

A l’arrivée de la police, un homme de 18 ans, fortement alcoolisé, est interpellé et un autre, âgé de 23 ans, est transporté à l’hôpital après avoir été grièvement touché dans la région du cœur. Quelques heures plus tard, la victime, dont le pronostic vital était pourtant engagé, prend la poudre d’escampette. Aucune plainte n’est déposée.

28 juillet. Cette fois-ci, la scène, sur-réaliste, se déroule en pleine jour-née, cours de la Marne, à quelques à quelques centaines de mètres de la gare Saint-Jean. Des passants entendent des coups de feu puis voient un adolescent courir dans la rue, la main quasi tranchée.

Pris en charge par les pompiers et conduit au CHU de Bordeaux, le jeune de 17 ans est opéré… puis prend la fuite. Il sera retrouvé quelques jours plus tard par les enquêteurs. Il s’avérera finalement que l’agression s’est déroulée sur fond de règlement de comptes lié aux stupéfiants.

«Écosystème»

Et la liste s’allonge, entre le mois de mai et le mois d’août. Suffisamment pour alerter très sérieusement le parquet, la mairie, la préfecture, les pompiers, la police, les associations… qui pointent tous une «inquiétante recrudescence des violences» dans la capitale girondine.

Les faits sont d’autant plus inhabituels que la ville a la réputation d’être paisible. Ainsi, de fin juin à fin juillet, 31 agressions à l’arme blanche ont été recensées à Bordeaux, quasi-ment une par jour. «Une escalade comme on n’en a jamais vu ici», pointent quelques commerçants du quartier Saint-Michel.

Dans cette zone de l’hypercentre prisée des dealers, et qui englobe aussi les quais, les agressions très violentes de ce type se sont multipliées ces derniers mois, assurent-ils. Le nouveau maire écologiste, Pierre Hurmic – à peine installé, et sous la pression populaire et médiatique – a organisé dans la foulée une conférence de presse exceptionnelle. Une prise de parole très attendue au cours de laquelle il a annoncé un redéploiement de la police municipale et demandé l’aide de l’État.

«La montée de cette forme de délinquance, proche de la criminalité, existe depuis maintenant un an, un an et demi à Bordeaux, c’est important de le rappeler, pointe Amine Smihi, adjoint au maire en charge de la tranquillité publique, de la sécurité et de la médiation. Mais cette situation s’est de toute évidence ag-gravée après le déconfinement, mi-mai.»

En cause, dit-il, «une multiplication de facteurs» qui, mis bout à bout, ont abouti à une «concentration des violences». Selon l’adjoint mais aussi le parquet, la problématique des mineurs non accompagnés (MNA) non pris en charge par la protection de l’enfance, sans abri et sans papiers, a notamment joué «un rôle évident».

«Traditionnellement, ce public, majoritairement originaire d’Algérie, de Tunisie ou du Maroc, transite à Bordeaux, Nantes, Toulouse, Paris, ex-plique Smihi. Avec le confinement, le flux migratoire est en partie resté bloqué. Certains d’entre eux – fort heureusement tous ne sont pas coupables, loin de là – se sont alors ­sédentarisés et ont perturbé l’écosystème de la délinquance.»

Ces mineurs seraient aujourd’hui deux à trois fois plus nombreux qu’en temps normal – «les observateurs estiment qu’ils sont entre 50 et 100», précise l’élu. Dans un contexte de rivalités de territoires, parfois ethniques, certains se seraient alors calqués sur une logique de marché, se mettant en concurrence avec la population déjà implantée pour le trafic de stupéfiants, les vols à l’arraché, les cambriolages…

«Ces jeunes ont souvent un parcours très chaotique, ils ont traversé de nombreux pays dans des conditions qu’on n’imagine même pas possibles à leur âge, souligne Cécilia Fonseca, “cheftaine” de l’association les Gratuits-Gironde solidarité, qui organise des maraudes auprès des sans-abri. Leur famille se cotise et envoie généralement le plus robuste de tous, sans certitude qu’il revienne ou survive.

Une fois arrivés, une partie d’entre eux font malheureusement de mauvaises rencontres et échappent totalement au système censé les aiguiller.»«Lié à ce problème, il y a un autre phénomène très grave à Bordeaux, sur lequel nous sommes très mobilisés actuellement : le trafic d’êtres humains, une sorte d’esclavage à la Oliver Twist», poursuit Amine Smihi.

Selon l’élu, certaines têtes de réseau, parfois appelées «passeurs», contrôlent quelques squats dans la métro-pole et monnaient l’hébergement de mineurs étrangers en déshérence. En particulier les plus jeunes, fragiles et impressionnables, qui ont autour de 14 ans. A la fois «coupables et victimes», ces derniers vole-raient argent liquide, téléphones portables, bijoux, etc., pour satis-faire ces «passeurs».

«Ces jeunes sont dans l’obligation de produire du résultat, sous peine d’être maltraités», souligne l’édile. Pour passer à l’acte, certains d’entre eux surconsomment des produits, des médicaments antiépileptiques ou du protoxyde d’azote, un gaz hilarant, explique la vice-procureure au parquet de Bordeaux, Christine Campan : «On les appelle “mères courage” parce que, couplés à l’alcool, ils désinhibent.»

D’après les dernières données en possession de Martin Guespereau, préfet délégué pour la défense et la sécurité, les MNA représentent 44 % des affaires élucidées au cours du premier semestre 2020, contre 12 % les mois précédents. Début 2020, un groupe d’enquête MNA de la sûreté départementale de la Gironde, créé en septembre 2019, a démantelé l’un de ces réseaux de recel.

«Pas d’amalgame cependant, tempère Christine Campan. Je le redis : tous les mineurs non accompagnés ne sont pas des délinquants, et inversement.» Mais la vice-procureure s’inquiète des évolutions constatées : «Ce qui nous interpelle avec ces jeunes migrants, c’est qu’ils sont de plus en plus armés. Ils expliquent que c’est pour se défen-dre, qu’ils craignent davantage pour leur vie qu’avant. On a du mal à comprendre toutes leurs motivations car même les victimes, une fois remises sur pied, se dépêchent de fuir l’hôpital pour ne pas être identifiées.»

«Ils sont hypercraintifs, se referment sur eux-mêmes, constate Cécilia Fonseca. Même nous, on a parfois du mal à leur parler, à savoir d’où ils viennent. Il faut beaucoup de temps pour créer un lien de ­confiance. S’ils finissent par nous parler, c’est quand ils comprennent que nous ne sommes pas là pour les juger, mais pour leur apporter à manger, des vêtements…»

«Flottement»

«C’est extrêmement frustrant pour nous policiers, on a l’impression d’avoir un panier percé. On en arrête un, et le soir même ou le lendemain, on le retrouve dans la rue», confie Laurent (1), policier national en poste à Bordeaux depuis environ six ans. «Les textes sur les mineurs sont très avantageux en termes de durée d’incarcération ou de défèrement», souligne le procureur adjoint Jean-Luc Puyo.

Le magistrat assure que «beaucoup de jeunes migrants mentent sur leur âge». En cas de doute, la justice demande désormais des tests osseux systématiques. Même si, la plupart du temps, les jeunes interpellés refusent de s’y soumettre – ces tests sont par ailleurs, depuis de nombreuses an-nées, très contestés, notamment par des associations qui dénoncent leur manque de fiabilité.

Autre facteur mis en exergue par les autorités pour expliquer le contexte bordelais : les évolutions du trafic de stupéfiants, ralenti par le confinement. Dans un cadre préexistant de violences urbaines, «les velléités de reconquête de marché ont alors été beaucoup plus rapides et moins précautionneuses après le déconfinement, sur fond de guerres de territoire», assure la municipalité.

Ainsi, le 30 juillet, un jeune de 24 ans a été touché de deux balles dans les poumons dans le quartier de Chantecrit. Selon les premiers éléments de l’enquête, il s’agirait d’un nouveau règlement de comptes lié au trafic de drogue entre différents quartiers de Bordeaux.La démographie galopante de la ville est elle aussi pointée du doigt. Bordeaux a grandi vite. Trop vite ? «On a voulu une très grosse ville. Très bien.

Mais les infrastructures et les services liés à la métropole, pompiers, policiers, ne suivent pas et sont sous-dimensionnés, tonne Charles Cosse, délégué Unsa-Sdis33, syndicat majoritaire chez les sapeurs-pompiers du département. Quand un fax arrive à la caserne pour nous dire “attention, vous partez pour des agressions en nombre et les gens sont armés de couteaux ou de battes de base-ball”, on part la boule au ventre. Surtout quand on sait que la po-lice, en manque d’effectifs, est dépassée par les évènements.»

«Toutes ces violences sur la voie publique, ça crée un surcroît d’activité. Les auteurs en profitent évidemment, et ça ne va pas aller en s’arrangeant», complète Pierre (1), pompier à Bordeaux de-puis le début des années 2010. Cécilia Fonseca nuance : les délinquants «profitent aussi du changement de municipalité. Ils savent que c’est une période de flottement».

De son côté, l’adjoint à la sécurité l’assure : «Nous allons augmenter nos effectifs de po-lice municipale de manière conséquente. Mais il faut aussi que l’État prenne conscience que Bordeaux n’est plus la petite ville de province paisible d’antan. Elle s’est densifiée et aujourd’hui, elle fait face aux problématiques propres aux grandes métropoles.»Comme dans d’autres grandes vil-les, il semblerait qu’ait joué un «effet déconfinement».

«Quand on discute avec nos collègues, on constate une intolérance exacerbée de la population à la frustration. Pendant deux mois, ils ont été empêchés de faire ce qu’ils voulaient alors, parfois, ça explose à la sortie», analyse la vice-procureure Christine Campan. Et de citer un exemple : «Il y a peu de temps, j’ai déféré devant le juge des enfants deux gamins de 15 et 16 ans qui ont braqué une boulange-rie avec un couteau de boucher. Ils voulaient rembourser un scooter et ne mesuraient pas du tout la gravité des faits.»

En réaction, la procureure de la République, Frédérique Porterie, a acté la création, en septembre, d’un Groupe local de traitement de la délinquance (GLTD) pour le quartier Saint-Michel, qui permettra à la police, à la mairie et aux magistrats de se coordonner.

Le dispositif pourrait être étendu à d’autres zones. Les contrôles d’identité ont également été renforcés avec pour consigne d’interpeller tout détenteur d’arme blanche pour port d’arme prohibé. Tout comme le déferrement systématique des étrangers qui refusent de se soumettre aux prélèvements salivaires ou de leurs empreintes digitales.

«Milice»

En attendant, dans un climat d’inquiétude, des habitants s’organisent eux-mêmes depuis la fin du confinement. Un groupe Facebook d’entraide, qui permet de se faire raccompagner, a été créé par deux jeunes femmes : baptisé «Solidaire jamais solitaire Bordeaux», il compte déjà près de 2000 membres triés sur le volet.

L’application Street Alert, imaginée pour «sauver ou être sauvé en situation de danger immédiat», connaît un pic de téléchargements dans la ville, et les cours d’autodéfense y sont de plus en plus prisés. Un agent de sécurité privée a même proposé à la mairie de Bordeaux de créer «une sorte de milice privée pour épauler les forces de l’ordre»…

Sur ce point, l’élu à la sécurité met en garde : «Il faut faire très attention à ce phénomène médiatique inquiétant. Je le rappelle : quelqu’un qui propose son aide peut lui-même se retrouver très exposé et exposer à son tour d’autres personnes malgré lui.» A ceux qui veulent absolument se rendre utiles, il propose plutôt d’entrer dans la police.

•(1) Les prénoms ont été modifiés

Libération

6 Commentaires

  1. C’était prévisible depuis que ces connards de bobos bordelais ont voté pour un maire vert et voilà le résultat. Maintenant il faut qu’ils assument leurs fôtes ( NdA : j’ai glissé une faute volontaire pour mettre le f dans le vote ). Je n’y remettrai même pas les pieds là bas – je suis loin de ce nid à rats en voie de perdition encore plus pollué depuis ce foutu tram gratuit pour la racaille colorée – , sauf peut-être en voiture car on a l’avantage de se servir des agresseurs comme d’un air-bag/ pare-buffles en cas de chocs.

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