Bordeaux : Une école portant le nom du ministre Paul Bert, considéré aujourd’hui comme raciste, doit-elle être débaptisée ?

Faut-il débaptiser l’école Paul Bert de Bordeaux car Paul Bert, ministre de la 3e république, défendait des thèses racistes ? L’affaire fait polémique à la mairie de Bordeaux. L’opposition accuse la municipalité de vouloir effectivement débaptiser cette école. Marik Fetouh, élu MoDem du groupe Bordeaux Ensemble, estime que si l’on commence par là il va falloir se poser la question pour toutes les écoles, rues et statues de la ville.

Débaptiser des rues ou des lieux, cela efface l’histoire, affirme Marik Fetouh. C’est à partir de ces traces mémorielles que l’on peut faire de la pédagogie. Étudier le passé permet de lutter contre le racisme et l’antisémitisme aujourd’hui. Au 18e siècle, la pensée dominante était raciste. Il faudrait changer beaucoup de noms de rues. Je rappelle que Montesquieu a défendu la théorie du climat. Il faudrait donc déboulonner la statue de Montesquieu place des Quinconces”. La théorie du climat affirme que les caractéristiques des populations s’expliquent par leur environnement et en particulier par le climat auquel elles sont soumises.

De son côté le maire de Bordeaux joue l’apaisement. Effectivement il y a bien une réflexion sur la pertinence de maintenir le nom de Paul Bert sur le fronton de l’école. Mais Pierre Hurmic promet que cette réflexion fera l’objet d’un débat ouvert. “On va voir avec les parents d’élèves, les enseignants s’il y a un malaise autour du nom de cette école, explique le maire écologiste de Bordeaux. Il est difficile de débaptiser les noms des rues. En revanche, pour une école, on peut trouver un nom qui rassemble. L’intérêt, c’est que la communauté éducative et les parents d’élèves se retrouvent sur un nom qui convienne à tous”.

“Débaptiser c’est effacer l’histoire” estime le militant bordelais antiraciste Karfa Diallo

Paul Bert fut professeur de physiologie à l’université de Bordeaux de 1866 à 1869. Promoteur de l’école gratuite, laïque et obligatoire avec Jules Ferry, il a rédigé plusieurs manuels scolaires mettant en avant la supériorité de la race blanche. Ainsi cet extrait d’un de ces ouvrages : “Les Nègres (fig. 23) ont la peau noire, les cheveux frisés comme de la laine, les mâchoires en avant, le nez épaté ; ils sont bien moins intelligents que les Chinois, et surtout que les Blancs (…). Il faut bien voir que les Blancs étant plus intelligents, plus travailleurs, plus courageux que les autres, ont envahi le monde entier et menacent de détruire ou de subjuguer toutes les races inférieures”. Les manuels écrits par Paul Bert ont été réédités régulièrement jusque dans les années 1930.

France Bleu