Bourg-en-Bresse (01) : Grâce à sa grève de la faim de 15 jours, Patricia a réussi à obtenir la régularisation de Mamadou Yaya, son jeune apprenti boulanger bio guinéen (Màj : Témoignage)

09/03/2021

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05/03/2021

Un bout de papier brandi comme une victoire. “Grâce à Patricia, ma vie en France est sauvée“, déclare Mamadou Yaya Bah. Ce jeune migrant guinéen apprenti boulanger devait être expulsé de France. La préfecture de l’Ain lui a finalement remis un récépissé de demande de titre de séjour.

Un épilogue heureux pour une histoire largement médiatisée en France grâce à la mobilisation de la boulangère qui l’avait pris en apprentissage. Face au blocage de l’administration, Patricia Hyvernat avait suivi une grève de la faim pendant quinze jours.

La boulangère, installée à La-Chapelle-du-Châtelard, une petite commune rurale de l’Ain, a perdu près de dix kilos mais ne regrette pas son action coup de poing. “Yaya, c’est la seule personne qui nous a demandé de venir ici en apprentissage, parce que l’on est à la campagne, parce que c’est un travail. Il faut être extrêmement courageux, on travaille une bonne partie de la nuit. Pour lui, ça ne lui pose pas de problème, donc oui on est très contents.“, réagit Patricia Hyvernat.

Avec ce début de régularisation, l’horizon du jeune Guinéen âgé de 20 ans est désormais ouvert. “Ça m’apporte beaucoup de droits que je n’avais pas avant : le droit de me former professionnellement, le droit de travailler, le droit de rester sur le sol français, le droit de vivre sereinement sans peur ni crainte”, explique-t-il.

Mamadou était arrivé en France à 16 ans. Il est revenu annoncé la bonne nouvelle dans le centre Emmaüs qui l’avait hébergé. Parmi les personnes présentes, Stéphane Ravacley, un boulanger du Doubs, qui avait lui aussi mené une grève de la faim qui avait empêché l’expulsion de son apprenti également guinéen, Laye Fodé Traoré.

On a de jeunes migrants qui ont faim de travailler, qui ont faim de vivre et on ne nous permet pas de les accepter jusqu’à la fin. On nous demande de les prendre, puisque l’on nous demande de faire des apprentissages, et on nous les retire après. C’est mon discours depuis le début. C’est anormal“, conclut-il. Patricia espère que Mamadou sera en mesure de reprendre son affaire d’ici quelques années. Le jeune homme vient également de fonder un collectif pour venir en aide à d’autres jeunes migrants sans-papiers.

27/02/2021

Après sa grève de la faim, Patricia Hyvernat, boulangère dans l’Ain, reprend espoir: son apprenti va être reçu par la préfecture pour une autorisation à rester sur le territoire.

Patricia Hyvernat a fait la grève de la faim pendant 15 jours pour protester contre l’obligation de quitter le territoire français reçue par son apprenti, Yaya. Elle pourrait bien avoir obtenu gain de cause. Hyvernat a enfin pu de nouveau s’alimenter mardi 23 février 2021, après deux semaines de privation. La paysane-boulangère de La-Chapelle-du-Châtelard (Ain) se bat pour son apprenti, Yaya, un migrant guinéen qui avait reçu une obligation de quitter le territoire français. Mercredi, « j’ai reçu deux mails, pour me dire que madame la préfète allait réétudier le dossier. J’y crois à fond », raconte la boulangère.

Plus qu’un travail, une famille

« Je suis très heureuse, c’est la fin d’une angoisse de trois ans, depuis qu’il est avec nous », enchaîne-t-elle. « Il est parti de Guinée à cause de maltraitances, je ne voulais pas qu’il y retourne ».Plus qu’une lutte pour un salarié, c’est un combat pour un membre de la famille qu’a mené le couple de boulangers. « Yaya, c’est notre fils d’adoption. Il a une chambre à la maison, on lui prépare un appartement », assure Patricia Hyvernat. Ce qu’on lui propose ici, ce n’est pas un job, c’est une famille. La préfète de l’Ain devrait remettre un récépissé à Yaya lui donnant le droit d’aller au lycée et de débuter un apprentissage sur le sol français. Le rendez-vous est fixé au mercredi 3 mars.

Il prendra bientôt les rennes de la ferme familiale

Au terme de cette apprentissage, Yaya pourrait bien recevoir un magnifique cadeau de la part de ses parents adoptifs : on lui propose de prendre la relève. Qu’il fasse un CAP, un bac pro, qu’il apprenne à cultiver les céréales, comme il a déjà commencé à le faire, et ensuite il deviendra paysan-boulanger et reprendra les rennes de notre exploitation quand nous prendrons notre retraite dans quelques années.

Après Yaya, le couple veut aider les migrants jeunes majeurs

Patricia est sensibilisée à la problématique des migrants depuis plusieurs années. Mais sa rencontre avec son apprenti l’a renforcée dans sa volonté d’aider ces jeunes « qui ont traversé tellement de choses, qui ont déjà un parcours chaotique dans leur pays d’origine, et qui n’ont pas de suivi ici. » « C’est pour cela que malheureusement certains tournent mal » regrette-t-elle, dans un souffle. Elle et son mari ont eu une idée : « On ne veut pas s’arrêter là. La solidarité ne s’arrête pas à Yaya. Dans l’Ain, nous avons une bonne prise en charge des mineurs migrants. Mais dès qu’ils ont 18 ans… »

Alors le couple veut les prendre en charge à la ferme. « Ils viendront apprendre la boulangerie, la pâtisserie, la vente… En étant encadrés par des professionnels, notamment des psys, des assistantes sociales… Ce serait une formation d’un an pour valider qu’ils sont bien intégrés professionnellement et socialement pour faciliter l’obtention de leur récépissé à la préfecture. » Avant de concrétiser ce projet, « Il va falloir de gros travaux à la ferme pour la remettre aux normes », concède la boulangère.

Actu.fr

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24/02/2021

Patricia Hyvernat, une boulangère souhaitant le former en apprentissage était en grève de la faim depuis deux semaines. « Mme Hyvernat a formalisé une promesse d’embauche auprès des services de la Direccte (direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi) vendredi dernier. Il s’agit d’une pièce essentielle prouvant la bonne intégration professionnelle de M. Mamadou Yaya Bah  », a indiqué la préfecture de l’Ain.

« J’ai l’espoir que tout va s’arranger », confie l’artisane installée avec son mari à La-Chapelle-du-Châtelard, un village de quelque 390 âmes. Le couple et leur futur apprenti seront reçus à la préfecture de Bourg-en-Bresse le 3 mars pour y déposer une nouvelle demande de titre de séjour.

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« Je vais arrêter ma grève de la faim », poursuit celle qui ne s’alimentait plus que de thé, café, bouillon de légumes et de jus de fruits et envisageait l’hospitalisation après avoir perdu sept kilos depuis le 9 février. Mamadou Yaya Bah, 20 ans, pourrait commencer sa formation en boulangerie dans les prochaines semaines au CFA voisin d’Ambérieux-en-Bugey, selon Patricia Hyvernat, une fois obtenu un récépissé de demande de titre de séjour.

Arrivé en France à 16 ans après avoir été emprisonné en Libye

« Ça aurait été beaucoup plus dur pour moi de le voir repartir dans son pays que de faire cette grève de la faim. C’est la seule manière que j’ai trouvée pour qu’on se fasse entendre », explique la quinquagénaire à propos du jeune homme, qui selon elle est arrivé en France à l’âge de 16 ans après avoir quitté sa Guinée natale et avoir été emprisonné en Libye.

Cette démarche victorieuse fait écho au combat de Stéphane Ravacley, un boulanger du Doubs, qui au terme d’une autre grève de la faim très médiatisée en début d’année avait empêché l’expulsion de Laye Fodé Traoré, son jeune apprenti guinéen. Il avait d’ailleurs rendu visite à Patricia Hyvernat la semaine dernière pour la soutenir et partager son expérience.

20 Minutes

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Yaya, jeune migrant guinéen réclame depuis quatre ans à la préfecture le droit d’aller à l’école et de travailler. Patricia, qui est fermière-boulangère bio dans la région de Bourg-en-Bresse, est bien déterminée à aller jusqu’au bout afin de pouvoir lui offrir une place dans sa boulangerie. Elle le considère d’ailleurs comme son nouvel enfant et a même lancé une procédure d’adoption en sa faveur.

Patricia a apporté son témoignage au sujet de Yaya sur l’antenne d’Europe1

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Témoignage de Mamadou Yaya Ba, membre fondateur du Collectif Jeunes Migrants de l’Ain qui entend faire valoir leurs droits.

Depuis quatre ans Yaya essaie d’obtenir le droit de travailler après avoir fuit la pauvreté. Il a été réduit à l’état d’esclave dans certains pays d’Afrique qu’il a traversés avant d’arriver en Italie, puis à Grenoble et enfin à Bourg-en-Bresse.

Patricia fondait de grands espoir sur la nomination d’une nouvelle préfète, une femme qui aurait pu être sensible à la situation du jeune Yaya. Il n’en est rien.

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On connaît Yaya depuis trois ans et on lui fait entièrement confiance. C’est plus qu’un ami, il devenu notre fils adoptif. On est très très attaché à lui. Pour rien au monde on ne le laisserait repartir dans son pays. Aujourd’hui on a perdu la confiance et l’énergie. Nous-mêmes on lui a fait la promesse de l’engager. Yaya a fait tous les efforts pour s’adapter et s’intégrer à notre pays, donc nous-mêmes on y croit.

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Aujourd’hui on est prêts à tout, vraiment

Yaya est devenu notre enfant, on est ses parents de substitution. J’ai honte de cette situation, j’ai honte de mon pays, c’est inacceptable. Ces enfants se sont intégrés, ils ont fait le nécessaire, ils travaillent, ils ne sont pas là pour profiter de notre pays. Ils sont là pour être utiles, ils en ont les compétences et nous, on a besoin d’eux. On demande juste de les laisser travailler, de leur faire confiance et de ne pas les oublier. On pensait que ce serait une évidence, malheureusement au jour d’aujourd’hui on a bien compris qu’ils sont tombés dans l’oubli.

Mon mari me soutient, il sait que je suis prête à tout pour Yaya…. Je veux aussi, à l’image du boulanger à Besançon qui a fait une grève de la faim pour son apprenti, je veux aussi, moi, rentrer en guerre. Parce que cet enfant mérite, pour moi, c’est un enfant, il a plus de vingt ans mais il est arrivé en France à quinze, seize ans. Avec tout ce qu’il a subi, je veux lui proposer un avenir tout lisse avec notre affection. Yaya a une motivation démesurée, il donne tout. Il se bat chaque jour pour pouvoir accéder à son diplôme de boulanger.

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Aujourd’hui en France, et c’est assez inquiétant, il y certaines personnes dont c’est le jeu d’apeurer et de faire passer cette population pour la responsable de tous les maux de la France. Il faut leur offrir la chance de travailler car ils en ont envie.

[…] Si nous prenions le risque de faire travailler Yaya, nous serions tous hors-la-loi et nous finirions tous en garde à vue. Le boulanger de Besançon qui a fait une grève de la faim me donne l’exemple. Il a un bon dossier Yaya.Tous les quinze jours, j’accompagne Yaya le jeudi matin à la préfecture pour son dossier. Ça fait trois ans que ça dure. Il a obtenu le dernier document qui lui manquait: un extrait d’acte de naissance du consulat et il l’a déposé y a un mois mais la réponse n’arrive toujours pas […]. J’arrive au bout de ma patience. Lui il l’a encore.

C’est un enfant extrêmement solaire, qui a toujours le sourire, qui est généreux, adorable. Il me demande de faire profil bas pour ne pas trop se faire remarquer, il veut faire les choses dans l’ordre. […] Je ne comprends pas pourquoi la Sauvegarde à l’Enfance s’est occupée de lui. Pourquoi est-ce que de l’argent a été dépensé pour les jeunes mineurs? Pourquoi est-ce qu’on leur fait miroiter qu’ils ont un avenir chez nous et qu’on les abandonne à leur majorité? Il y a un non-sens total.[…]

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Je veux agir pour Yaya mais aussi pour les autres. Pourquoi cet argent est dépensé inutilement car il n’y a pas de suite. Ces enfants qui se sont intégrés veulent travailler, ils deviennent adultes, il faut qu’on leur permette de faire leur travail et qu’il y ait un suivi.

A travers ça, la belle chose positive, c’est que dans notre ferme on veut créer un lieu d’accueil pour ces jeunes pour qu’ils puissent s’exercer à plusieurs métiers: la boulangerie, la pâtisserie, la cuisine, la vente pour qu’ils signent un contrat et qu’ils puissent partir au bout d’un an avec un métier, avec un projet personnalisé avec des encadrants qui puissent les soutenir. Je tiens vraiment à ce projet. […] Ces jeunes le méritent, s’il faut faire une grève de la faim pour Yaya, mon mari, moi, mes enfants, tout le monde nous soutient. Il fait partie intégrante de notre famille, de notre univers, de notre métier et sans lui c’est pas possible.

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Bien sûr, on a lancé une procédure d’adoption, il y avait de petits blocages, car ça coûte quand même, mais on les a surmontés. Après, puisqu’on a neuf enfants à nous deux, le notaire nous a demandé que les neuf enfants fassent une lettre d’acquiescement pour partager la succession au niveau du patrimoine. De mon côté, ça ne posait aucun problème, après, tous les enfants ne sont pas encore dans la réalisation de cette lettre. Mais c’est en projet. […] S’il faut faire la grève de la faim devant la préfecture on va le faire il n’y a pas de souci, même si cela nécessite une organisation complexe pour notre travail et notre santé, si on peut nous entendre de cette manière, on peut l’envisager.

Europe1