Bourges (18) : Malgré son engagement en première ligne en hôpital psychiatrique, le Guinéen Babayogau ne peut toujours pas obtenir la nationalité française, en raison d’une sombre histoire de faux permis de conduire

Babayogau est originaire de Guinée. À Conakry où il a grandi, il se destinait à travailler dans la sphère internationale. Dans cette république subsaharienne porteuse de souffrance sociale, d’injustice et de domination, marquée par la violence et la corruption, ses études et son projet professionnel ont été stoppés. En 2010, pour se protéger de cette société qui souffre des séquelles de longues années d’un régime autoritaire, il a emprunté les routes migratoires qui l’ont mené jusqu’à Bourges. En France, par une décision de la Cour nationale du droit d’asile, il a obtenu en 2012 le statut de réfugié politique.

De sa rencontre avec une Française est née une petite fille qui fête, cette année, ses 9 ans. Cette paternité l’a conforté dans sa détermination à demander sa naturalisation mais, afin de lui donner le temps d’acquérir son autonomie matérielle, un refus lui a été signifié en 2014. Il s’est mis à l’ouvrage sans tarder en remplissant les missions d’agent qualifié de la fonction publique hospitalière à l’hôpital George-Sand, à Bourges. Il travaille toujours, en CDI, dans cet établissement spécialisé dans la santé mentale.

Comme tous les professionnels des établissements de santé, son engagement actif et sans faille pendant la crise sanitaire est un des reflets de son dévouement à la France. Ce courage des ressortissants étrangers pour combattre le coronavirus a été salué par Marlène Schiappa, ministre déléguée à la Citoyenneté. Elle avait indiqué, fin 2020, souhaiter que l’État facilite les demandes de régularisation de ceux qui étaient en première ligne. Pour Babayogau, un ajournement de deux ans de sa nouvelle demande lui a été notifié.

La raison : un rappel à la loi daté de 2013, prononcé à la suite d’une procédure de changement de permis de conduire européen contre celui de Guinée. Ce document de circulation africain obtenu, selon lui, légitimement après examen dans une auto-école de la capitale, s’est avéré faux. Ce que Babayogau ignorait. Il quitte la Guinée en 2010 et devient réfugié politique

En 2016, il a passé et obtenu son permis de conduire en France. Ce deuxième écueil à la naturalisation est un nouveau coup dur. Babayogau espère que la reconnaissance par la France de celles et ceux qui n’ont ménagé ni leurs efforts ni leur courage ne sera pas oubliée.

Le Berry