Bourges (18) : Une terre d’asile pour les migrants

En août, un jeune Afghan de 24 ans était retrouvé mort dans le lac d’Auron, à Bourges. Un drame qui a mis la lumière sur les récits et traumatismes de ceux qui viennent chercher une protection en France. Les demandeurs d’asile sont environ 530 dans le Cher. À Bourges, le Centre d’accueil de demandeurs d’asile Saint-François compte parmi les structures qui accompagnent ce public précaire vers la voie de l’insertion et de l’émancipation.

Ils sont afghans, guinéens, soudanais ou encore somaliens pour la plupart. Dans le Cher, les demandeurs d’asile sont environ 530, selon la préfecture. Pour quitter l’horreur dans leur pays, ils ont souvent vécu l’enfer. Aujourd’hui, c’est en France qu’ils espèrent pouvoir vivre leur vie. Parmi eux, il y a Hewad. Ce jeune Afghan de 23 ans est arrivé en France en juillet dernier. Après un passage par Montargis (Loiret), il a été transféré à Bourges il y a un mois. Iran, Pakistan, Turquie… Son arrivée en France sonne la fin d’un périple de plus d’un an, avec pour seul objectif, quitter son pays, passé depuis aux mains des talibans.

« Je veux continuer ma vie »

« Je suis parti car c’était dangereux pour moi, je ne pouvais pas continuer ma vie là-bas », confie le jeune homme. Originaire de la province de Laghman, à l’est du pays, il tenait un magasin de carburant. Il raconte avoir été menacé et persécuté par les talibans, qui sont allés jusqu’à mettre le feu à sa boutique : « Les talibans m’ont interdit de vendre du carburant. Ils sont venus dans mon magasin et ils l’ont brûlé. Et ils m’ont tiré dessus mais j’ai réussi à m’échapper. » Si Hewad est heureux d’être arrivé en France, il pense à sa famille. Ses parents, ses deux frères et sa sœur sont restés au pays. Il n’a pas de nouvelles d’eux : « Je veux continuer ma vie comme tout autre humain, c’est mon droit mais j’aimerais que ma famille soit en sécurité, j’aimerais les emmener loin d’Afghanistan, je ne sais pas ce qui leur est arrivé. »

Je suis parti car c’était dangereux pour moi, je ne pouvais pas continuer ma vie là-bas.” 

Hewad a été accueilli par le Centre d’accueil de demandeurs d’asile (Cada) Saint-François, à Bourges, où il attend que sa demande d’asile soit étudiée. Mais ce ne sera pas à la France de l’instruire. Avant d’arriver sur le sol français, le jeune homme est passé par l’Italie. Il relève alors de la procédure Dublin (lire par ailleurs). Plusieurs scénarios sont possibles : sa demande peut donner lieu à un transfert ou bien être requalifiée en procédure normale en France.

Un accompagnement et un soutien

Ici, au Cada, il est accompagné par Julie Potelune et Laura Marcon, intervenantes sociales. Une aide pour les démarches administratives, la préparation des dossiers, de l’entretien à l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) mais également un soutien quotidien. La procédure est longue et l’attente difficile à supporter pour certains : « Cette longue attente est pour beaucoup une période très angoissante. C’est compliqué d’attendre et de savoir sa famille restée au pays. On vient aussi en soutien pour qu’ils puissent gérer ce moment-là », explique Laura Marcon.

Julie Potelune précise toutefois que l’objectif de cet accompagnement n’est pas de faire les choses à leur place, « on est là pour les aider, pour rendre la situation plus sereine mais on recadre le fait qu’ils demandent l’asile en France et qu’ils doivent être acteur le plus possible de leur parcours, de leur demande d’asile ».

Le début de leur parcours en France commence par l’apprentissage de la langue, étape nécessaire à leur intégration. Jusqu’à ce qu’ils soient statués, aucun cours de français ne leur est proposé. En 2016, l’association Saint-François a pris l’initiative de proposer des cours de langues à ses résidents. Ce jour-là, c’est Lalao, professeure de français langue étrangère, qui donne le cours. Au programme : se présenter, l’alphabet, les syllabes. Pour elle, cette initiative est un succès, tous sont motivés.  « Pendant la procédure, ils ne sont pas occupés, ils ne peuvent pas travailler, ils attendent simplement qu’on les convoque. Ces cours leur permettent de prendre de l’avance et de commencer leur intégration », explique Lalao.

L’occasion de se sociabiliser et surtout de préparer leur émancipation et leur entrée sur le marché du travail. Car ne pas pouvoir travailler est une réelle frustration pour eux : « Je peux faire plein de choses, j’ai travaillé dans un restaurant en Afghanistan, j’ai envie d’apprendre et de travailler comme tout le monde » affirme Hewad, pressé de pouvoir enfin commencer une vie normale.

Le Berry