Brésil : 23 millions de jeunes veulent quitter “un pays à la dérive, décourageant et sans perspective”

Jamais autant de Brésiliens n’ont essayé d’entrer illégalement aux États-Unis, tandis qu’au Portugal, le nombre de résidents légaux brésiliens a atteint un record. Selon une étude de juin, près de la moitié des jeunes disent vouloir quitter le Brésil.

Face à une longue crise économique, aggravée par la pandémie de Covid-19 qui a fait exploser le chômage et la pauvreté, de plus en plus de Brésiliens veulent tenter leur chance à l’étranger. C’est notamment le cas aux États-Unis, où ils n’ont jamais été aussi nombreux à se faire arrêter après avoir passé illégalement la frontière avec le Mexique.

Entre janvier et mai 2021, 21 900 Brésiliens ont ainsi été arrêtés. Un nombre qui devrait encore augmenter d’ici à la fin de l’année mais qui est d’ores et déjà “le plus grand de la série historique commencée en 2007” selon les données du Service des douanes et de la protection des frontières des États-Unis. Le site précise :

La quantité actuelle des Brésiliens sur la route migratoire illégale vers les États-Unis dépasse d’ailleurs la hausse de 2019, quand 18 000 d’entre eux sont entrés illégalement dans le pays, ce qui avait justifié la décision du président républicain de l’époque, Donald Trump, d’inclure les citoyens du Brésil dans le processus d’expulsion accélérée.”

Interrogée sur les raisons de cette “immigration record”, la sociologue brésilienne Sueli Siqueira, spécialiste du sujet, explique que “le Brésil, tout comme l’Amérique latine, traverse une crise économique qui s’est aggravée avec la pandémie et provoque une grande désespérance au sein de la population. De plus, l’arrivée de Joe Biden [à la présidence des États-Unis] a fait naître l’idée chez les migrants” que le gouvernement américain serait désormais “moins agressif” avec eux.

Pourtant, après l’investiture du président démocrate en début d’année, les expulsions par avion ont repris en mai, et quatre avions transportant des Brésiliens expulsés des États- Unis ont atterri au Brésil depuis. Record de résidents brésiliens au Portugal De l’autre côté de l’Atlantique, “le nombre de Brésiliens vivant officiellement au Portugal a augmenté pour la quatrième année consécutive, atteignant un record en 2020, avec 183.993 résidents légaux”, pointe la Folha de São Paulo. Ceux-ci forment la principale communauté étrangère dans le pays.

Les chiffres de l’immigration brésilienne au Portugal suivent le climat économique et politique des deux pays. En 2011, quand le Portugal était en crise et a dû recourir à un emprunt international, par exemple, le nombre de Brésiliens résidents a commencé à chuter. Mais en 2017, avec le Brésil en crise et le Portugal en reprise, la tendance s’est inversée.”

En 2020, les “titres de résidences concédés étaient liés à des demandes faites” avant la pandémie, précise la présidente d’une ONG de soutien aux migrants brésiliens. Mais “la tendance est que ce flux reste intense”, prévoit un éditorialiste de O Globo, puisqu’au premier trimestre 2021, près de 4.000 Brésiliens ont demandé un visa de résidence aux autorités portugaises.

La moitié des jeunes brésiliens voudraient partir La Folha de São Paulo s’est aussi intéressée aux 50 millions de Brésiliens âgés de 15 à 29 ans. Selon une étude réalisée en juin par la Fondation Getúlio-Vargas, près de la moitié d’entre eux (47 %) souhaitent quitter le Brésil, “un pays à la dérive, décourageant et sans perspective”. Parmi les problèmes évoqués par cinq jeunes interrogés par le journal figurent “les faibles investissements en recherche” universitaire, “l’absence d’emplois et l’inégalité des revenus”, problèmes qui selon eux “semblent de pas avoir de solution à court terme”.

BBC News Brasil