Brésil : Bolsonaro supprime les taxes sur les importations d’armes de poing

Le président brésilien Jair Bolsonaro a annoncé en décembre la suppression de la taxe de 20 % sur les pistolets et revolvers importés. Une décision très critiquée et suspendue par un juge de la Cour suprême.

Il avait promis aux Brésiliens, lors de sa campagne électorale, de faciliter l’achat d’armes à feu. Il entend bien tenir parole.

Mercredi 9 décembre, le président brésilien d’extrême droite Jair Bolsonaro poste une publication sur les réseaux sociaux où on le voit en photo dans un stand de tir, une arme à feu à la main. Il y annonce que la Chambre de commerce extérieur, subordonnée au ministère de l’Économie, allait supprimer à partir de janvier les droits de douane sur les pistolets et revolvers fabriqués à l’étranger, des droits s’élevant actuellement à 20 %.

Mais lundi 14 décembre, à la suite d’une action en justice du PSB, parti de centre gauche, le juge de la Cour suprême Edson Fachin a suspendu cette résolution jusqu’à un vote en séance plénière. Il justifie sa décision par “la gravité des effets potentiellement produits” par la mesure et le risque d’“une augmentation dramatique de la circulation des armes à feu”. “La sécurité publique est un droit du citoyen et un devoir de l’État”, a-t-il ajouté.

De quoi irriter le dirigeant brésilien, pour qui cette résolution “n’a rien à voir avec la Cour suprême” et dépend “exclusivement” de la Chambre de commerce extérieur. “Ce ministre [les onze juges de la Cour suprême sont appelés Ministres] veut maintenant décider de la législation fiscale”, s’est plaint Jair Bolsonaro devant sa résidence officielle.

Un cas singulier d’ouverture commerciale

Pour justifier son action en justice, le PSB pointait aussi un manque à gagner pour les coffres publics, “dans un moment de crise économique provoquée par la pandémie de Covid-19”.

Mais le ministre de l’Économie, Paulo Guedes, auditionné vendredi par une commission parlementaire chargée de surveiller l’action gouvernementale contre la pandémie, avait évoqué “des interprétations malheureuses” liées au “contexte”actuel. Il a affirmé que la suppression de cette taxe aurait un “effet financier très faible”, de l’ordre de 230 millions de reais par an (37 millions d’euros).

Un montant que le ministre a comparé aux “55 milliards de reais [8,9milliardsd’euros] par mois” qu’a pu coûter l’aide d’urgence gouvernementale pour les plus précaires.“Cette nouvelle mesure a provoqué un malaise entre l’industrie nationale” des armes à feu “et le palais présidentiel”. Le secteur de la défense et de la sécurité au Brésil “emploie 1million de personnes et représente 4% du PIB”, selon les estimations.

“Il est curieux de noter que, pour le reste des activités économiques,pratiquement rien n’a été fait pour l’ambitieuse ouverture aux importations promise par le ministre Paulo Guedes. Le cas des armes est singulier.” “un accès plus facile aux armes alimente le marché illégal” et “augmente les risques d’homicide et de suicide”. Au Brésil, près de huit armes sur dix en circulation ne sont pas déclarées.

“Mais la stratégie bolsonariste est guidée par rien de plus que l’idéologie et la propagande politique, associées, dans la pire des hypothèses, à des intérêts économiques localisés”, conclut le journal, rappelant le lobbying exercé par un des fils du président, le député Eduardo Bolsonaro, en faveur d’entreprises étrangères du secteur.

“Mépris pour la vie”

Le président brésilien entend “détourner l’attention de questions plus importantes. Le vaccin, qui peut être un succès et sauver des vies,l’inflation galopante, la fragilité de l’économie, le chômage croissant.”

Un éditorialiste du site Poder 360 va plus loin : après avoir pointé le “négationnisme”de Jair Bolsonaro face à la gravité de la pandémie et à la dévastation de l’Amazonie, il critique “ce mépris pour la vie, cette accolade à la mort, qui préside la décision de ramener à zéro l’impôt sur l’importation d’armes légères”.

Depuis l’investiture du dirigeant d’extrême droite, vingt mesures ont été prises pour faciliter la détention et le port d’armes à feu, rappelle l’auteur. Elles permettent notamment aux Brésiliens vivant dans des villes violentes de ne pas devoir prouver la “nécessité effective” d’acquérir une arme à feu et augmentent la quantité maximale de munitions pouvant être achetées.

“Le projet de Jair Bolsonaro a de manière effrayante, été efficace”. Ainsi, au premier semestre 2020, près de 75.000 licences de détention d’armes à feu ont été accordées, trois fois plus qu’au premier semestre 2019, indique-t-il. Et 62 % de ces armes ont été achetées par des citoyens.

Folha de São Paulo