Calais (62) : Après le déboisement controversé, des rochers devant le fort Nieulay afin d’empêcher les associations d’accéder aux migrants

Le fort Nieulay à Calais est depuis cet été un lieu de distribution de repas aux migrants, par des associations missionnées par l’État. Par conséquent, la population de migrants y est très importante et la présence ponctuelle d’associations (non mandatées) aussi. Afin de limiter les risques de campement ou de rassemblement, l’État condamne l’accès aux véhicules.

Après le déboisement d’un terrain occupé par des migrants début décembre, les autorités continuent leur politique anti-migrants à Calais. Sur ordre de l’État, la Ville a fait installer jeudi 17 décembre des rochers devant l’entrée du Fort Nieulay. C’est à cet endroit que stationnaient les véhicules des associations pour atteindre la centaine de migrants installés près de Coquelles, à proximité de l’Eurotunnel.

“Suite aux démantèlements successifs, on avait réussi avec plusieurs associations à créer un point de rendez-vous à ce niveau : Salam, Utopia 56 et d’autres collectifs y distribuaient de la nourriture, Médecins du monde y prodiguait des soins de santé, la Croix-Rouge y mettait en place son programme de rétablissement des liens familiaux, la Cabane juridique y fournissait une aide juridique, et le Secours Catholique y apportait notamment des prises électriques pour recharger les téléphones des migrants”, énumère Juliette Delaplace, coordinatrice au Secours catholique.

Les bus de la Vie active, association mandatée par l’État, s’arrêtaient également à cet endroit pour emmener les exilés aux services de douches de la ville, et pour distribuer des collations. Mais avec ces rochers, les maraudes mobiles de la Vie active n’ont pas pu passer par là jeudi, signale de son côté Siloé Medriane d’Utopia 56.

Selon la mairie, ces travaux ont pour but d'”empêcher des véhicules de dégrader ou d’amener des choses qui peuvent dégrader (le fort), en faisant des feux, par exemple”, explique Philippe Mignonet, adjoint à la sécurité à Calais. Ils “visent en substance les associations d’aide aux migrants”.

“C’est un outil de plus utilisé par les autorités pour entraver l’action des associations”, s’insurge Juliette Delaplace qui parle d’une véritable “lutte des places” à Calais. Avec les multiples déboisements, l’installation de grillages, de rochers, mais également l’arrêté préfectoral interdisant aux associations non-mandatées par l’État de distribuer de la nourriture aux migrants dans le centre-ville, les humanitaires affirment être de plus en plus restreints dans leurs missions et doivent à chaque fois se réadapter.

“On va voir comment on va s’organiser mais on va trouver des solutions, comme d’habitude”, assure Siloé Medriane. “Ils n’arriveront jamais à nous détruire totalement, la situation des exilés nous oblige à être présent”, renchérit Juliette Delaplace.

Pour la coordinatrice du Secours catholique, “c’est une honte qu’on en soit encore là à Calais et qu’on pense qu’en installant des rochers ou en rasant des bois, les migrants vont disparaître” de la frontière franco-britannique. Depuis plusieurs années, l’État et la Ville tentent par tous les moyens d’empêcher les reconstitutions de campements et les “points de fixation” dans Calais et ses alentours. 

Mais selon les militants, “cette politique inhumaine et indigne” est vaine et provoque une précarisation de plus en plus extrême de cette population, en perpétuelle errance. Éparpillés dans la région, les exilés peinent à atteindre les humanitaires et sont empêchés d’accéder à “des services de base que l’État ne leur apportent pas, au mépris de leurs droits fondamentaux”, insiste Chloé Smidt-Nielsen du collectif Human rights observers.

La Voix du Nord