Calais (62) : Depuis quatorze ans, « Mamie Brigitte » recharge les batteries des migrants

« Merci Mamie ! » Brigitte Lips est en plein rush : il est 17 heures passées et dans son garage, elle accueille l’un après l’autre des dizaines de migrants qui lui ont confié leurs téléphones, ou plutôt leurs batteries externes. « Au début, c’étaient des petits Nokia, maintenant certaines batteries se rechargent en douze heures », relève-t-elle devant le tableau électrique capable d’accueillir 80 appareils.

La retraitée calaisienne, qui a tenu un restaurant avant de finir sa carrière dans une crémerie, rend ce service aux réfugiés depuis quatorze ans, à raison de trois permanences quotidiennes d’une à deux heures : « Ça m’occupe à plein temps », sourit-elle. « Je suis l’aînée de sept enfants et nous avons été élevés comme ça, poursuit cette ancienne bénévole du Secours catholique, engagée de très longue date aux côtés des migrants. J’essaie de suivre ce que dit Jésus dans saint Matthieu : “Ce que vous faites au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous le faites.” »

Prendre soin de ses protégés

Aujourd’hui, Madame, Mam, Mummy ou Mamie Brigitte, comme on l’appelle, a disposé à l’entrée du garage un plateau de dattes, offertes par l’association L’Auberge des migrants. De la soupe l’hiver, du thé presque tous les jours, Brigitte prend soin de ses protégés. « Mais je sais m’imposer, souligne-t-elle, en tendant à un jeune Iranien un ticket sur lequel elle note le matériel confié. Et il le faut parfois, notamment pour ceux qui ne respectent pas les femmes. »

Elle jongle entre le français et l’anglais : « I have only two hands », rétorque-t-elle quand on la presse. Un petit mot indique qu’elle sera exceptionnellement « closed » ce dimanche-là parce qu’elle reçoit sa famille. Une famille qui la soutient, à commencer par son mari, admiratif de son engagement, même s’il précise qu’il lui faut parfois « remettre un peu d’ordre ! ». Brigitte Lips se remémore en riant la dernière finale de la Coupe du monde de football : « Pierre avait accepté d’ouvrir la maison aux migrants pour regarder le match ensemble, et ils sont arrivés à 51 ! »

Ici, Brigitte Lips est connue comme le loup blanc, « mais c’est parfois compliqué avec la police ou certains voisins. On me dit “Toi et tes migrants…”, mais ce sont des frères qu’il faut aider », affirme-t-elle, touchée par leurs récits de vie. « Un jour, j’avais préparé du pain perdu, et un jeune m’a dit : “Ça a le goût de ma maman.” »

Elle préfère ainsi oublier les rares couacs, comme ce migrant qui s’est montré très violent car elle avait fini par donner sa batterie à un autre, lui n’étant pas revenu au bout de neuf mois, pour ne retenir que les bons moments. Comme le jour où un Soudanais a sonné chez elle : « Il avait vu un reportage sur moi et voulait vérifier que j’existais bien… »

La Croix