Calais (62) : Nouveau sursis de trois ans pour les migrants du squat Frédéric-Sauvage, les riverains réagissent

Depuis février, le 24 de la rue Frédéric-Sauvage à Calais est squatté par migrants et militants. Ce mercredi, le tribunal a donné un sursis de trois ans aux occupants du logement avant expulsion. Au squat, la vie continue.

Dans la rue Frédéric-Sauvage (quartier des Fontinettes), le silence règne. Derrière le portail vert du numéro 24 se cache une silhouette. Ahmed, 26 ans, venu de Libye. « Personne n’est là. Ils sont tous partis recharger leur téléphone », dit-il dans un anglais parfait. Depuis qu’ils occupent le logement, les migrants n’ont toujours pas accès à l’électricité.

Et pour cause, la demeure est squattée depuis février. Ce mercredi, le tribunal d’instance de Calais a donné un nouveau sursis de trois ans aux occupants avant expulsion, au motif qu’aucune effraction n’avait été commise et que le logement était abandonné. Ce que les propriétaires contestent fermement.

Les exilés ont écrit des messages et décoré les murs de la maison.

Les exilés ont écrit des messages et décoré les murs de la maison.

Une décision « abusive »

Mais l’occupation de la demeure par des migrants n’est pas au goût de tous. Dans la rue, les voisins trouvent la décision de justice « abusive ». « On en a ras le bol. Tous les jours, il y a quelque chose qui se passe », souffle Pascal. Des bagarres, déchets, ivresse, nuisances sonores, coups dans les voitures… La liste est longue pour certains habitants du quartier. « On n’est pas contre qu’ils aient un toit mais s’ils viennent squatter, qu’ils respectent au moins le voisinage », ajoute le conjoint d’une habitante de la rue Sauvage. Pour cette raison, la jeune maman a décidé de déménager. « Ce n’est pas une vie. Même pour mon fils de 9 ans, on ne se sent pas en sécurité. »

Des canapés ont été installés dans la cour principale.

Ahmed l’admet. Les bagarres, il y en a « sometimes (de temps en temps) ». « C’est parce qu’ils boivent. Ils boivent à cause de la tristesse. Mais ça n’apporte que des problèmes supplémentaires », se désole le migrant. Quelques riverains affirment également avoir souvent appelé la police ou déposé des mains courantes. Notamment pour tapage nocturne. « Je ne sors même plus le samedi soir, parce que j’ai tout gratuit à la maison  », ironise Roseline.

Mais je ne veux pas rester ici trois ans. Je vais partir dès que possible si Dieu le veut. »

Roseline, de la rue Gay-Lussac, est à l’origine d’une pétition lancée cet été contre le squat. « On a eu 33 signatures. » Celle de Michelle, rue Watt, n’y figure pas. « Ces gens passent, ils ne sont pas désagréables. Je n’entends rien la nuit, ils se tiennent bien. On a connu pire dans le quartier. On a eu des bandes de petits voyous français », rigole la voisine.

Si certains riverains sont inquiets après la décision du tribunal de Calais, celle-ci n’est pour le moment pas définitive. Les propriétaires ont toujours la possibilité de faire appel. « Mais je ne veux pas rester ici trois ans, souffle Ahmed. Je vais partir dès que possible si Dieu le veut. »

«Réparer l’endroit»

« Je suis ici depuis deux mois. Bientôt, ils veulent réparer l’endroit et le rendre plus propre », commente Ahmed, migrant de 26 ans. Depuis notre dernière visite, en mai, la façade de la maison a été totalement repeinte et des décorations ont également été ajoutées aux murs. Les deux étages supérieurs, eux, servent toujours de dortoir, où près d’une vingtaine d’exilés logent actuellement. Des couvertures couvrent les entrées, là où les portes manquent. Toujours est-il que, si les exilés disposent d’eau, l’électricité manque.

Sylvia, qui réside dans une maison parallèle, rue Fulton, depuis dix-sept ans, reproche l’hygiène de la bâtisse. « Ils mettent leurs déchets dans nos poubelles . Je ne paye pas pour eux ! », fulmine l’habitante, qui dénonce également l’odeur émanant des sanitaires installés dans la cour, là où se trouve pourtant les douches.

Une décision de la justice, après un feuilleton judiciaire

Depuis le 7 février, cette maison de la rue Sauvage est occupée par activistes et migrants. Les propriétaires, héritiers de cette maison familiale, avaient ensuite déposé plainte. Une assignation à comparaître devant le tribunal judiciaire de Calais, place Crèvecœur, avait été délivrée pour une première audience le 29 mars afin de statuer sur l’expulsion des squatteurs.

Une affaire en sept dates

L’audience avait par la suite été reportée à trois reprises, puis mise en délibéré au 23 août, mais à l’issue du procès, militants et migrants avaient été interpellés. Dont un activiste britannique sous le coup d’une obligation de quitter le territoire français (OQTF). En effet, en mai, deux Britanniques, défendeurs dans le dossier du squat et militants à l’origine de sa création, avaient été contraints de quitter la France après avoir été soumis à des OQTF et IRTF (interdiction de retour sur le territoire français) pour l’un d’eux. Ils dénonçaient alors une pression de la préfecture.

Lors d’une énième audience, en août, l’affaire avait connu un nouveau rebondissement. L’avocate des militants avait avancé la non-compétence du juge pour statuer. L’affaire avait alors été reportée au 27 septembre, avant d’être jugée ce mercredi. Le tribunal a finalement décidé de laisser un délai de trois ans aux squatteurs.

Pour rappel, avant le squat, la maison avait été sous le coup d’une procédure de préemption par la mairie pour la création d’un parking dans le cadre du Programme national de requalification des quartiers anciens dégradés (PNRQAD).

La Voix du Nord