Calce (66) : Quel avenir pour les 300 migrants afghans sommés de quitter le territoire français ?

Selon l’association Nawroz en France, environ trois cents ressortissants afghans résident à ce jour dans les Pyrénées-Orientales. Si le gouvernement a suspendu les expulsions vers Kaboul le mois dernier, certains d’entre eux ont encore récemment reçu des obligations de quitter le territoire français (OQTF) qui les maintiennent dans une situation précaire, assure de son côté la Cimade. L’organisation de soutien aux migrants annonce le dépôt de recours compte tenu de la situation.   

“Ce qui se passe en Afghanistan est dramatique. C’est un bond de 25 ans en arrière. Ça nous fait retourner en 1996, quand les talibans ont pris le pouvoir pour la première fois.” Pour Yama Iliassi, le fondateur et coprésident de l’association franco-afghane Nawroz, basée en pays catalan, les événements en cours à Kaboul sont particulièrement douloureux. “Nous sommes anxieux pour les populations, nos proches, nos familles et nos amis restés sur place” , résume-t-il. 

Autre sujet d’inquiétude : l’avenir de nombreux Afghans venus chercher refuge sur le territoire français, et notamment dans les Pyrénées-Orientales, reste incertain. Selon Nawroz, environ trois cents Afghans sont actuellement présents en pays catalan. “À ce jour, je ne suis pas en mesure de dire combien d’entre eux ont des papiers, déplore Yama Iliassi, qui fait partie des rares à avoir été naturalisés. Beaucoup bénéficient de la protection subsidiaire, une autorisation de séjour de quatre ans délivrée aux personnes qui viennent d’un pays globalement dangereux. Ensuite, il y a l’asile politique, qui dure dix ans, pour ceux qui arrivent à prouver que leur vie est directement en danger. Mais il y a encore pas mal de monde en attente de régularisation.”  

“Ni expulsions, ni papiers”

Le président départemental de l’association de soutien aux migrants Cimade, Jacques Ollion, confirme : “Nous avons plusieurs cas d’Afghans qui ont récemment reçu des obligations de quitter le territoire français (OQTF). Jusqu’à l’automne dernier, la plupart d’entre eux obtenaient effectivement la protection subsidiaire. Mais c’est terminé depuis la parution d’un arrêt de la cour nationale du droit d’asile en octobre 2020. Il est urgent de changer cette jurisprudence.”

Compte tenu de la situation à Kaboul, la France a décidé de suspendre les expulsions d’Afghans jusqu’à nouvel ordre dès le mois dernier. Mais en l’absence de régularisations, les personnes concernées (déboutés du droit d’asile et de la protection subsidiaire) restent dans le flou. “Elles ne sont pas expulsées, mais vu qu’elles n’ont pas de papiers, elles ne peuvent pas travailler ou avoir un logement”, détaille Yama Iliassi. C’est pourquoi, après les événements de ces derniers jours, la Cimade a conseillé aux Afghans ayant reçu des OQTF d’engager des recours contre ces décisions. 

Yama Iliassi appelle également le gouvernement à trouver un moyen d’exfiltrer l’ensemble des Afghans qui ont travaillé pour la France et dont la vie risque fort d’être en danger sous le régime des talibans. Sur ce point, Emmanuel Macron a semblé être sur la même longueur d’onde lors de son allocution de ce lundi soir. “C’est notre devoir et notre dignité de protéger ceux qui nous aident”, a-t-il notamment assuré.

L’Indépendant