Cambriolages et logements squattés : les Français de plus en plus inquiets à l’idée d’abandonner leur domicile pendant les vacances

Plus des deux tiers nourrissent des craintes lorsqu’ils partent en vacances ou en week-end, contre seulement 45% il y a une quinzaine d’années, selon une enquête Ifop.

Près d’un quart des Français a déjà subi un cambriolage de sa résidence principale, et pour plus de la moitié (14%), ce n’est pas une lointaine expérience mais une effraction vécue ces 10 dernières années. Prostock-studio / stock.adobe.com

Tandis que nombre de Français s’apprêtent à prendre la route des vacances pour profiter de la saison estivale, l’Institut français d’opinion publique (Ifop) publie ce mardi 6 juillet une enquête sur leur expérience des cambriolages et leur crainte d’en être victimes. L’étude porte sur toute l’année, tout en accordant une place centrale aux vacances d’été, période propice aux effractions.

Réalisée pour Internorm auprès d’un échantillon national représentatif de 1000 Français, elle met en exergue quatre points distincts. D’abord, une peur croissante des Français à l’idée de laisser leur maison lorsqu’ils partent en vacances. Ainsi, plus des deux tiers (69%) se disent aujourd’hui inquiets pour leur logement quand ils partent en congé ou en week-end, soit un sentiment d’inquiétude plus répandu que celui que l’on pouvait mesurer il y a une quinzaine d’années (45% en 2006 selon l’Ifop).

L’opération «tranquillité vacances»

Pour pallier cette angoisse, a été mis en œuvre à l’échelle nationale depuis plusieurs années par les polices nationale et municipale ainsi que par la gendarmerie, un service de sécurisation au bénéfice de ceux qui s’absentent pour une certaine durée : l’opération «tranquillité vacances». Les vacanciers s’assurent ainsi de la surveillance de leur domicile, à travers des patrouilles organisées par les forces de l’ordre dans le cadre de leurs missions.

Les bénéficiaires de ce service sont assurés d’être prévenus en cas d’anomalie – soit en personne, soit par une personne de confiance résidant à proximité du lieu d’habitation. Informées, les victimes et leurs proches restés sur place sont en mesure d’agir au plus vite pour limiter le préjudice subi : remplacement des serrures, inventaire des objets volés, contacts avec la société d’assurance… «C’est un dispositif qui fonctionne toute l’année mais qui prend tout son sens pendant la période estivale», relève le commissaire Thierry Beausse, de la police nationale de Cholet (Maine-et-Loire). «L’an dernier sur 170 signalements de cambriolages enregistrés, un seul n’a pas pu être évité», précise-t-il.

Le phénomène de la goutte d’eau

Vient ensuite la crainte, de plus en plus forte elle aussi, d’une violation de domicile indépendamment de la période estivale, avec 83% des Français qui redoutent d’être victimes d’un cambriolage. C’est nettement plus qu’il y a vingt ans, où ils étaient 63% à partager ces mêmes craintes, à une époque où le nombre de cambriolages de résidences principales était beaucoup plus bas qu’aujourd’hui (170.946 en 2000 contre environ 222.000 en 2019, selon l’institut de sondage). Une inquiétude directement corrélée au fait d’avoir été personnellement cambriolé : la proportion de Français ayant régulièrement ou occasionnellement peur d’être cambriolés est par exemple trois fois plus grande chez ceux l’ayant été ces douze derniers mois (87%) que chez ceux n’ayant jamais été victimes de ce type de vol par effraction (34%).

Derrière la crainte, intervient «le phénomène de la goutte d’eau», tel qu’expliqué au Figaro par Alain Bauer, professeur de criminologie au Conservatoire national des arts et métiers (Cnam). «Il s’agit de la lente dégradation d’une situation qui amène à ce que le vase déborde», explique le criminologue. «Le niveau d’inquiétude n’est pas corrélé à une menace particulière et bien identifiée mais plutôt à la dernière goutte d’eau.» Et d’ajouter qu’«une inquiétude légitime s’est aussi installée chez des personnes qui faisaient jusqu’à présent partie des épargnés et qui sont désormais touchés par les cambriolages, notamment dans les zones rurales».

Pour rappel, près d’un quart des Français (23%) a déjà subi un cambriolage de sa résidence principale, et pour plus de la moitié (14%), ce n’est pas une lointaine expérience mais une effraction vécue ces dix dernières années. Enfin, 2% d’entre eux rapportent en avoir été victimes ces douze derniers mois, soit un taux assez proche de celui mesuré dans la dernière enquête de l’Ifop «Cadre de vie et sécurité» (0,8% des ménages en 2018).

Une carte des cambriolages pour alerter les habitants

Afin de prévenir les cambriolages, la gendarmerie des Deux-Sèvres (79) a décidé de mettre en place une initiative originale à destination des habitants. Chaque mois, elle publie sur Facebook une carte des effractions commises sur le département avec un code couleur en fonction du nombre de méfaits enregistrés (Violet = 1 fait / rouge = plus de 5 faits). «Si les cambriolages ne représentent pas un sujet préoccupant en tant que tel sur le département, cela ne veut pas dire pour autant qu’il ne faille pas s’y intéresser. La carte donne aux habitants un moyen de voir s’ils résident à proximité d’une zone «sensible» en termes de cambriolages, ce qui leur permet d’adapter leur vigilance en fonction», explique au Figaro un gendarme de la brigade de Niort.

La carte des cambriolages de la gendarmerie des Deux-Sèvres pour le mois de mai 2021. Capture d’écran Facebook

Faire l’objet d’un squat suscite aussi de fortes inquiétudes, que ce soit pour son logement principal (56%) ou pour sa résidence secondaire (72%). Et cette crainte de voir son logement principal squatté n’est pas l’apanage des riches. L’étude de l’Ifop révèle qu’elle affecte au contraire beaucoup plus les Français ayant un niveau de vie inférieur ou égal à 900 euros nets/mois (75%) que ceux ayant des revenus de plus de 2500 euros nets/mois (56%). «La médiatisation qui a été faite ces dernières années autour du squattage des résidences secondaires ou plutôt de la grande difficulté à déloger les squatteurs, a en grande partie créé l’angoisse», observe pour sa part Alain Bauer.

Le climat d’insécurité qui est celui que nous connaissons ces derniers temps ne s’est pas construit sur rien. L’inquiétude est légitime et ne relève pas du phénomène de la rumeur.

Alain Bauer, professeur de criminologie au Centre national des arts et métiers (Cnam)

Enfin, c’est un sentiment d’insécurité qui semble avoir gagné nombre de ménages ces dernières années. Pour preuve, plus d’un Français sur deux (57%) se sent régulièrement ou occasionnellement en insécurité à son domicile. Un phénomène qui, paradoxalement, touche encore davantage ceux ayant les revenus les plus modestes. 48% de ceux un niveau de vie inférieur à 900 euros nets/mois se sentent régulièrement en insécurité chez elles, contre à peine 16% des plus aisés. Or cette appréhension pèse lourdement dans le sentiment d’insécurité général des Français, si l’on en juge par les sommets que ce dernier atteint chez ceux qui, dans l’étude, se sentent régulièrement en insécurité dans leur logement.

«Le climat d’insécurité qui est celui que nous connaissons ces derniers temps ne s’est pas construit sur rien. L’inquiétude est légitime et ne relève pas du phénomène de la rumeur», souligne Alain Bauer. «Il y a, entre autres, trois processus de victimation qui participent au développement de l’angoisse telle qu’elle est présente aujourd’hui. Celui de la victimation personnelle, lorsqu’on est témoin soi-même d’un évènement qui pourrait nous arriver, celui de la victimation collective, quand par exemple des femmes sont agressées dans un parking sous-terrain et que toutes les femmes se mettent à craindre ces endroits, et celui enfin de la victimation généralisée, quand on parle de vols de téléphones notamment.»

Le Figaro