Canada : Après une vague d’agressions racistes, les trois mosquées d’Edmonton proposent des cours d’autodéfense aux femmes musulmanes

Depuis décembre, pas moins de six femmes musulmanes portant le voile ont été agressées à Edmonton. Cette vague de crimes haineux ébranle la capitale albertaine, où des groupes racistes s’affichent de plus en plus ouvertement. “Est-ce que quelqu’un va mourir ?” C’est la très grave question que se pose Yusuf Faqiri, du Conseil national des musulmans canadiens (CNMC).

La série d’attaques racistes visant des femmes portant le hijab fait craindre le pire à l’organisme pancanadien, qui dénonce la mollesse des autorités albertaines face à ces crimes haineux. “On doit avoir une action politique. On ne demande pas, on exige une action politique, parce que si on n’a pas d’action politique, malheureusement, il va y avoir un septième, un huitième attentat, etc.“, déplore le porte-parole du CNMC.Le premier ministre Jason Kenney a dénoncé ces attaques, mais il peut en faire plus, croit Yusuf Faqiri. Il demande plus d’éducation, mais aussi plus de sécurité dans les rues pour les femmes musulmanes.

Vives craintes

Parmi les femmes musulmanes d’Edmonton, la tension est palpable. Toutes les personnes contactées pour témoigner dans ce reportage, sauf une, ont refusé d’accorder une entrevue à visage découvert, par crainte de représailles.Malgré la peur, un groupe de femmes organisaient ce week-end un forum public pour aller au fond des choses et dénoncer la situation. Plus de 300 participants étaient inscrits. Dans une entrevue accordée à CBC, Dunia Nur, l’une des co-organisatrices du forum, souligne que ce problème ne devrait pas préoccuper uniquement les femmes musulmanes.

Nous avons une responsabilité collective d’améliorer notre société et que tous soient au courant de ce qui se passe, les inquiétudes que ça crée, les effets que ça a“, fait-elle valoir. Yusuf Faqiri abonde dans le même sens et estime que la dénonciation de ces agressions et du racisme est l’affaire de tous. “C’est un travail pour tous les citoyens albertains. La prochaine fois, on pourrait viser la communauté sikhe, juive, chrétienne“, dit-il.Trois mosquées d’Edmonton ont récemment commencé à offrir des cours d’autodéfense aux femmes. Rapidement, toutes les places disponibles ont été comblées.

Aisha Barise donne un coup de pied dans l’air.Aisha Barise donne des cours d’autodéfense.Photo : Radio-Canada / Katrine DenisetUn contexte tenduEn trame de fond de cette série d’attaques, Edmonton a été le théâtre de manifestations où opposants aux mesures sanitaires et groupes suprémacistes blancs se sont mélangés pour défiler devant l’Assemblée législative albertaine.Plusieurs manifestants déambulaient torche à la main, un symbole manifestement associé aux suprémacistes blancs depuis les violentes manifestations de Charlottesville, aux États-Unis, en 2017.

Certains manifestaient brandissaient des torches, un symbole du suprémacisme blanc.Photo : Twitter / Chris HubickLe chef de police a d’abord réagi la semaine dernière en indiquant ne pas avoir la preuve des motifs racistes de certains manifestants, avant de rectifier le tir et de condamner l’utilisation de ces symboles, le lendemain. “Nous reconnaissons que ces manifestations et ces récents crimes haineux ont créé de la peur, particulièrement chez les personnes racisées“, reconnaissait Dale McFee dans une diffusion sur Facebook de la police d’Edmonton. Même si l’unité policière des crimes haineux suit de près ces événements, le chef de police soutient qu’il est impossible de déposer des accusations contre ceux qui manifestent avec des torches.

Radio Canada