Canada : Diabète et COVID-19, pourquoi certaines minorités raciales sont plus exposées

Au cours de la dernière décennie, le risque de souffrir du diabète a augmenté de 100 % au Canada chez les Sud- Asiatiques et les populations d’origine africaine et caribéenne, selon Diabète Canada. Le diabète du type 2 est une maladie chronique qui se manifeste lorsque le corps produit de l’insuline, mais ne peut pas l’utiliser correctement. Avec la pandémie, le risque de souffrir du diabète de type 2 est encore plus élevé, surtout chez les personnes issues des minorités ethniques, indique Diabète Canada.

Les membres de ces groupes ethniques font partie aussi des personnes les plus touchées par la COVID-19. À Toronto, ils représentaient 83 % des cas de COVID-19 selon des statistiques publiées en juillet 2021 par Santé publique Toronto.

Le manque d’activité physique en période de confinement pourrait d’ailleurs entraîner une augmentation de plus de 11 millions de cas de diabète dans le monde, indiquaient des chercheurs brésiliens dans un rapport, l’année dernière.

Seema Nagpal regarde la camera.

Seema Nagpal, vice-présidente de Diabète Canada

Au Canada, le faible accès à des activités physiques figure parmi les principales causes de l’augmentation du nombre de diabétiques, note Seema Nagpal, vice-présidente de Diabète Canada. Nous voyons des taux plus élevés dans la communauté sud-asiatique, la communauté africaine, caribéenne et noire, et également la communauté chinoise, déclare-t-elle.

Selon Diabète Canada, chez les Sud-Asiatiques, le taux de prévalence du diabète de type 2 est de 8,5 %, soit trois à six fois plus que la population en général.

Chez les personnes membres des communautés africaines, caribéennes et noires, le taux de prévalence est de 8,1.

Ces chiffres ne surprennent pas André Carpentier, médecin endocrinologue et directeur du Centre de recherche du Centre hospitalier de l’Université de Sherbrooke. Il cite notamment les facteurs d’origine génétique parmi les raisons qui expliquent les nombres de cas élevés dans ces communautés. On sait que les gens dans ces pays-là semblent souffrir le plus du diabète, des complications cardio-vasculaires et rénales plus que les populations caucasiennes que ce soit ici au Canada, aux États-Unis ou en Europe, dit-il.

« Les personnes de ces origines ethniques là ont tendance à accumuler davantage le gras qui se trouve à l’intérieur du ventre et qui est particulièrement néfaste compte tenu du risque associé à son accumulation pour le diabète et les maladies cardio-vasculaires entre autres. »— Une citation de  Dr André Carpentier

L’endocrinologue ajoute que des complications cardiaques rendent ces personnes plus à risque de développer des complications graves de la COVID-19.

Le diabète occupe la deuxième position parmi les maladies chroniques non transmissibles les plus répandues chez les personnes infectées par la COVID-19

Maria Smith Williams de Brampton vit avec le diabète de type 2 depuis 8 ans. Elle signale que la pandémie a un impact dans la gestion de sa maladie. Avant la pandémie, j’allais beaucoup au gym, ce qui n’est plus le cas maintenant. Aussi, je ne vois plus mon endocrinologue en personne, même si cela ne me dérange pas vraiment.

Redoubler de prudence

Seema Nagpal appelle à redoubler les efforts de lutte et de prévention du diabète chez les populations plus à risque de souffrir de cette maladie.

« La lutte contre le taux croissant de diabète et l’amélioration de la santé des personnes issues des communautés à haut risque du diabète de type 2 passent par la résolution des problèmes clés, tels que le racisme systémique.  »— Une citation de  Seema Nagpal, vice-présidente, Diabète Canada

D’après la vice-présidente de Diabète Canada, les facteurs culturels et génétiques sont aussi parmi les causes du diabète de type 2 chez certaines communautés ethniques. Elle estime néanmoins que les membres des groupes ethniques sont confrontés à des obstacles et à des défis uniques liés à la prévention et à la gestion du diabète.

Le statut socio-économique inférieur, le niveau d’éducation inférieur sont directement liés à de nombreuses maladies chroniques, y compris le diabète de type 2, précise Mme Nagpal.

Seema Nagpal indique notamment que la situation économique plus précaire de certains personnages de ces communautés ne facilite pas une alimentation saine. C’est beaucoup plus difficile de faire des choix sains lorsque vous avez déjà des défis à relever.

En plus, lorsqu’une personne ou une famille est victime de racisme de la part du système de santé ou d’autres institutions, la confiance et l’accès s’en trouvent amoindris , dénonce-t-elle.

« Les membres de la communauté noire [ par exemple ] bénéficient difficilement des programmes de prévention et de dépistage précoce [ du diabète ].  »— Une citation de  Seema Nagpal

Maria Smith Williams affirme n’avoir jamais été victime de racisme systémique du fait de sa maladie. Je sais qu’elle existe d’après ce que j’entends d’autres personnes, mais je ne l’ai pas vécu.

Maria Smith Williams assise devant une étagère sur laquelle sont classés plusieurs ouvrages.

Maria Smith Williams sensibilise d’autres personnes atteintes du diabète par le biais de son compte Instagram, Thehealthydiabetic.

Elle dit que souvent les aspects culturels [des minorités] ne sont pas toujours pris en compte dans la gestion de cette maladie .

Selon André Carpentier, la prévention au diabète parmi les personnes à haut risque passe par une bonne analyse des comportements à risque. Il faut faire le tour de l’environnement et des préférences (surtout alimentaires) des gens pour mieux les conseiller, explique-t-il. Le médecin encourage l’approche individualisée qui identifie des barrières spécifiques à l’individu.

Depuis qu’elle a été diagnostiquée du diabète, Maria Smith Williams, fait attention à son régime alimentaire Le choix alimentaire de tous les jours, c’est l’une des choses les plus importantes. Je fais par exemple attention à la consommation du chocolat, explique-t-elle.

Avec les bonnes informations, une bonne nutrition et une activité physique régulière, vous pouvez toujours vivre votre meilleure vie à ce jour, estime-t-elle.

Des symptômes à surveiller

Même si toutes les causes du diabète sont inconnues, une mauvaise alimentation chez les jeunes et l’adulte, peut provoquer un diabète de type 2.

Il est difficile de diagnostiquer le diabète sans examen de laboratoire, explique le Dr Carpentier. On peut être diabétique pendant plusieurs années sans le savoir.

L’expert du diabète attire tout de même l’attention sur quelques signes qui devraient interpeller : l’augmentation de la fréquence urinaire, la déshydratation, des étourdissements, la faiblesse…

En dehors de ces signes, André Carpentier ajoute l’acanthosis nigricans.

C’est des espaces d’épaississement et de noircissement de la peau particulièrement dans les plis au niveau du cou ou des aisselles , décrit-il.

D’après le médecin, ces tâches noires témoignent de la résistance à l’insuline. Un des facteurs causals importants dans le développement de l’évolution du diabète de type 2, c’est la résistance à l’insuline.

Selon Seema Nagpal, 95 % des adolescents atteints de diabète de type 2 présentent une obésité et 73 % présentent des signes cliniques de résistance à l’insuline se manifestant par l’acanthosis nigricans.

Pour réduire le risque de souffrir du diabète, le Dr Carpentier recommande d’avoir de bonnes hygiènes de vie, le contrôle du stress, la pratique des exercices physiques et une alimentation équilibrée.

Le diabète touche près de 3 millions de Canadiens et environ 1,5 millions de personnes y vivent avec la maladie, mais sans le savoir.

Radio-Canada