Canada : Le pays doit recueillir des données fondées sur la race

L’éveil des chefs d’entreprise à leur pouvoir d’activisme constitue l’un des rares points positifs de l’an 2020. Ils se sont concertés pour faire face à la pandémie de COVID-19, tout en s’attaquant à la pandémie de préjugés et de racisme systémique contre les Noirs.

Le Projet Prospérité et l’Initiative BlackNorth sont nés de l’engagement d’éliminer les obstacles qui ont une incidence négative sur la vie des Canadiens noirs, de protéger la santé sociale et économique et d’assurer le retour des femmes sur le marché du travail. Ces initiatives sont motivées par des objectifs d’équité, de prospérité et d’élimination d’obstacles raciaux. Il ne s’agit pas seulement de questions d’importance sociale, mais d’un impératif d’affaires. Des recherches canadiennes publiées le mois dernier par Edelman ont démontré que « 95 % des investisseurs institutionnels ont déclaré que de solides paramètres de diversité et d’inclusion ont un impact positif sur le cours de l’action d’une entreprise ».

Mais où sont les indicateurs ?

L’une des cinq initiatives du Projet Prospérité consiste à publier des données annuelles sur la diversité des sexes, y compris des données intersectionnelles pour illustrer la représentation des femmes dans les rôles de leadership au sein des plus grandes organisations du Canada. Les signataires de l’engagement du chef de la direction de l’Initiative BlackNorth ont convenu de recueillir et de fournir les données sur les employés selon la race.

Les Noirs, les Autochtones et les femmes comprennent fort bien ces données. Ces données s’adressent à ceux et celles qui n’ont pas été victimes de discrimination et qui, depuis trop longtemps, prétendent aisément et naturellement que le problème n’existe tout simplement pas.

L’absence d’effort pour recueillir ces données est un exemple intrinsèque du système mis en place par des sentinelles afin de permettre au racisme systémique contre les Noirs de perdurer. L’importance d’obtenir de meilleures données intersectionnelles n’est pas nouvelle, mais elle est urgente. La pandémie n’a fait qu’aggraver les défis auxquels font face les communautés marginalisées. Le racisme systémique et la discrimination se sont profondément immiscés de différentes façons dans tous les secteurs de notre société.

Ne pas demander des données sur la race, le sexe et l’ethnicité tout en essayant d’arrêter les préjugés et le racisme systémique s’apparente à vouloir vaincre la COVID-19 sans procéder au dépistage et à la recherche de contacts. Si nous ne cherchons pas à savoir, ne demandons pas ou ne mesurons pas, nous ne le saurons pas. Ne pas savoir, c’est ce que veulent ceux qui sont à la tête d’un système raciste.

Nous avons besoin de données pour montrer à nos chefs d’entreprise et à nos élus à quel point le fait d’être noir, autochtone, LGBTQ ou femme nuit aux chances que l’on a d’être promu, aux soins de santé que l’on reçoit, ou même au nombre de fois que l’on est arrêté par la police.

Fausse vertu

La plupart du temps, nous entendons les Canadiens dire que la situation aux États-Unis est bien différente. Ce faux sentiment de vertu provient d’une absence de données. C’est facile de se complaire dans l’ignorance plutôt que d’introduire des changements courageux, mais il n’en demeure pas moins qu’il faut amorcer ce virage.

Une vérité ressort depuis le lancement de ces deux organisations : de nombreux chefs d’entreprise sont à l’écoute et veulent redresser la situation.

De nombreuses organisations, dont certaines des 400 qui ont signé l’engagement du chef de la direction de BlackNorth et celles qui participent à la première étude annuelle de suivi des données sur la diversité des sexes du Projet Prospérité, ont du mal à évaluer leur main-d’œuvre pour la première fois. Ce n’est pas simple, mais nous demandons aux entreprises d’investir dans ce processus, de changer le paradigme et d’amorcer des conversations difficiles, respectueuses et légales.

Nous félicitons les figures de proue qui ont invité leurs employés à s’identifier volontairement. Les leaders prévenants utilisent ces données pour créer des milieux de travail plus inclusifs, où l’expérience des employés n’est pas influencée par la couleur de leur peau, en éliminant les préjugés dans les décisions d’embauche et de promotion.

Nous croyons que le changement commence par le milieu des affaires. Pourtant, nous avons vu de nombreux chefs d’entreprise s’opposer à la quantification de leur structure organisationnelle en invoquant que « ce serait trop compliqué » et que « nos employés n’aiment pas être identifiés ».

Nous ne pouvons pas être réticents, trop polis et nous cramponner à des principes sur la collecte de données fondées sur la race. La collecte de données pendant cette pandémie est essentielle afin de traiter de l’égalité des sexes et du racisme contre les Noirs au Canada. Nous ne pouvons pas traiter ce qui n’est pas mesuré. Nos dirigeants doivent honnêtement examiner l’état de la situation au Canada et rejeter l’idée que tout va bien, car en toute honnêteté, ce n’est tout simplement pas le cas.

La Presse