Ce drapeau qui suscite le débat et que vous verrez sûrement à la Marche des Fiertés


À la Marche des Fiertés, ce drapeau “allié LGBT” que vous pourrez apercevoir suscite le débat. Des bandes noires et blanches, avec un A majuscule arc-en-ciel au milieu. Ce drapeau, utilisé par les hétérosexuels, fait débat au sein de la communauté LGBT+.

LGBT+ – Alors que les célébrations de juin, le mois des fiertés, battent leur plein dans le monde, c’est au tour de Paris de se joindre à la fête. Ce samedi 25 juin a lieu la Marche des Fiertés, aussi appelée pride, dans la capitale. L’occasion pour la communauté LGBT+ de faire part de ses revendications. C’est également le moment pour les personnes hétérosexuelles de montrer leur soutien et de s’allier à la communauté. Et pour cela, certains utilisent un symbole qui ne laisse pas indifférent.

Vous connaissez certainement le drapeau arc-en-ciel, le drapeau qui représente l’ensemble de la communauté LGBT. Mais chaque orientation sexuelle a également son propre drapeau. Par exemple, le drapeau lesbien est représenté par cinq bandes horizontales de couleurs orange, blanche et rose. Les trois bandes du drapeau bisexuel sont rose, mauve et bleu. Parmi l’ensemble de ces symboles, il y en a un qui se démarque. Il a des bandes noires et blanches et un A majuscule au milieu, aux couleurs de l’arc-en-ciel. Il s’agit du drapeau allié, soit un drapeau pour les personnes hétérosexuelles qui se disent “alliées” à la cause, qui soutiennent leurs revendications et luttent pour un monde plus inclusif.

Il suscite de nombreuses opinions différentes au sein de la communauté. Comme lors de la pride de Lille, pendant laquelle une personne a tweeté avoir vu quelqu’un avec le drapeau allié. Si elle s’est insurgée à la vue de cet objet, en commentaire, il fait débat. “Je ne comprends pas en quoi c’est mal”, lui répond-on.

Ne pas se sentir légitime avec le drapeau arc-en-ciel

Marc est un père de famille de quatre enfants qui se bat pour les droits des LGBT+ aux côtés de sa fille, Manon, qui est lesbienne. Il s’est rendu aux prides de Brest et de Saint-Brieuc avec elle, à chaque fois en portant le drapeau allié. “Je ne trouve pas ma légitimité à porter le drapeau arc-en-ciel parce que je ne suis pas un membre de la communauté, explique-t-il au HuffPost. J’ai beaucoup plus ma place dans ces manifestations avec le drapeau allié, car je suis là pour soutenir ma famille et toute la communauté. Mais je n’en fais pas partie.” À chaque sortie, ce drapeau suscite l’interrogation, certains membres ne connaissant pas sa signification. “J’explique que c’est ma manière de montrer que je suis fier de ma fille et c’est toujours bien reçu”, précise le Breton.

C’est avec l’association “Morlaix lgbtqi+ et allié.e.s” que Marc se rend aux marches des fiertés. Il y animera même prochainement un groupe de parole sur son expérience en tant que père d’une fille lesbienne. Au sein de l’association, “les membres se sentent plus soutenus” lorsqu’il affiche son drapeau. “Ce qui est beau dans ces événements, c’est que l’on est tous différents, chacun a son drapeau, mais on forme une union, affirme-t-il. On est plus fort, tous ensemble, pour faire passer un message de paix et de tolérance.”

Le syndicaliste estime qu’il est primordial que plus de personnes affichent ce drapeau afin de “montrer qu’il n’y a pas que la communauté qui se bouge mais qu’il y a aussi des hétéros qui sont avec eux pour se battre”.

“Regardez-moi, je suis un bon allié”

Si recevoir du soutien de la part des hétéros est toujours bienvenu, certains membres de la communauté LGBT considèrent qu’ils n’ont aucune raison d’avoir leur propre drapeau car ils invisibiliseraient la cause.

Alex, personne trans de 23 ans, s’est rendu à la marche des fiertés de Grenoble le 28 mai dernier où il a vu un drapeau allié. “J’ai ressenti de la colère”, confie-t-il au HuffPost. La pride est un espace pour célébrer nos identités et nos revendications. Le temps d’une journée, on réquisitionne l’espace public qui peut s’avérer dangereux pour nous en temps normal. Alors je ne comprends pas qu’un hétéro souhaite s’y rattacher avec un symbole alors que la rue est déjà safe pour lui!”

L’étudiant en communication estime également que si les hétéros se rendent à la pride, c’est qu’en théorie, “ils nous soutiennent déjà” et qu’ils n’ont pas besoin de l’afficher à travers un drapeau. Ce dernier empêcherait que toute l’attention se concentre sur les membres de la communauté et, au contraire, mettrait en valeur l’hétérosexualité. “C’est de la performance pour moi. C’est un peu du ‘Regardez-moi, je suis un bon allié’, souligne Alex. En revanche, le fait qu’ils utilisent le drapeau arc-en-ciel me dérange bien moins, même si la lumière doit rester sur les membres de la communauté.”

«Trouver des indices sur si oui ou non, je peux exister sans la mettre en colère.»

Charlie

Plus nuancé sur le sujet, Charlie pense que le drapeau n’est pas forcément une bonne idée lors des prides mais qu’il peut être utile “sur un badge ou une photo de profil, juste histoire d’indiquer qu’on est allié sans pour autant centrer l’attention sur soi”, raconte notre témoin au HuffPost. Voir une personne porter ce symbole “me permet d’être un peu plus moi-même avec elle sans avoir nécessairement à discuter pour trouver des indices sur si oui ou non, je peux exister sans la mettre en colère”.

Charlie ajoute que ce n’est tout de même pas un moyen d’apporter de la visibilité à la communauté. Pour ça, il vaut mieux “agiter un drapeau arc-en-ciel, ou une pancarte avec une revendication”. Mais si un jour ce drapeau se démocratise vraiment, “peut-être effectivement que ce serait un moyen efficace d’indiquer son soutien, et donc de donner de l’importance à la communauté.”

Être un bon allié

La marche des fiertés de Paris est organisée par l’association Inter-LGBT. “On a besoin d’alliés là-bas”, affirme Matthieu Gatipon-Bachette, porte-parole de l’association. Mais pour cela, pas de marche à suivre particulière. “Peu importe le drapeau qu’ils utilisent, ce qui nous intéresse c’est qu’ils portent les mêmes valeurs humanistes que nous, explique-t-il. C’est ça un bon allié.”

Pour Alex et Charlie, les alliés ne doivent pas être alliés qu’au moment de la pride. “Ils doivent partager du contenu toute l’année, prendre la parole en cas d’injustice et ne pas prendre leurs proches LGBT pour des profs, énumère l’étudiant lyonnais. Il y a beaucoup de ressources en ligne, ils doivent aussi se renseigner eux-mêmes.” Pour Charlie, il est aussi primordial qu’ils se remettent en question. Il ne faut pas qu’ils choisissent “un point de vue parce qu’il est plus commode pour [eux]. Il faut analyser, réfléchir et accepter qu’on puisse avoir tort”.

“Je pense que le plus important, c’est de faire passer un message de tolérance et de respect”, avance Marc. Pour lui, les points énumérés auparavant s’appliquent dans toutes les luttes sociales. Même lorsque l’on n’est pas directement concerné par ces dernières, “il faut se battre, tous ensemble, pour ces valeurs universelles”.

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