Ces jeunes Français qui veulent attraper le Covid pour éviter la vaccination

Âgés de moins de 30 ans, ils jugent que leur risque de développer une forme grave est faible et ne voient pas l’intérêt de la vaccination. Avoir le Covid leur permettrait de bénéficier du certificat de rétablissement.

Après une infection au Covid-19, le patient peut bénéficier d’un certificat de rétablissement valable six mois et faisant office de passe sanitaire. Girts / stock.adobe.com
«Ma femme et moi cherchons à attraper le covid pour avoir un certificat de rétablissement». Sur les réseaux sociaux, Maxime* ne s'en cache pas : il veut attraper le Covid pour «avoir accès à un passe sanitaire, via un certificat de rétablissement, sans devoir attendre des semaines pour une double dose et faire des tests tous les jours», explique-t-il au Figaro. À 25 ans, il ne se sent pas menacé par le Covid, qu'il a déjà eu il y a un an, sans développer beaucoup de symptômes. Par contre, il «déteste prendre des rendez-vous, devoir attendre mon tour pour quelque chose qui ne me sert strictement à rien». Alors, il ne «met jamais son masque» et «se lave moins les mains» et recherche un «plan Covid».

Nombreux sont les jeunes de moins de 30 ans à déclarer ces derniers jours préférer attraper le Covid que de se faire vacciner, car avoir le Covid permet de bénéficier 11 jours au moins après l’infection d’un certificat de rétablissement, valable six mois et faisant office de passe sanitaire. En bonne santé, ils considèrent le risque de développer une forme grave rare faible. «Honnêtement, si une amie me dit qu’elle a le Covid et que je sais que je peux m’isoler pendant plusieurs semaines toute seule par la suite, j’irai peut-être la voir pour qu’elle me tousse dessus. Avoir un passe sanitaire est très important puisque sans, nous ne pouvons plus profiter des plaisirs de la vie», expose Clémence*, une étudiante en philosophie de 20 ans.

Des comportements qui n’étonnent pas vraiment Jérémy Ward, sociologue à l’Inserm et dont les travaux portent essentiellement sur les controverses vaccinales. «Depuis le début de l’épidémie, les intentions de vaccination sont plus faibles chez les 20-30 ans que dans le reste de la population», analyse-t-il, tout en soulignant que ces affirmations doivent être mesurées : «plutôt qu’une contamination intentionnelle, ces personnes vont peut-être ne pas faire particulièrement attention, se faire plaisir et se dire que s’ils l’attrapent, au moins ils sont tranquilles pour six mois». Faïza Bossy, médecin généraliste à Paris, y voit quant à elle «un désir très fort de retourner à une vie normale le plus rapidement possible». Officiant au sein du centre de vaccination de la mairie du 8ème arrondissement de Paris, elle dit avoir été confrontée à des patients réclamant une seule injection, disant avoir eu le Covid-19 sans disposer d’un test PCR ou d’une sérologie positive.

Réticents à la vaccination

«Si j’avais le Covid, je n’aurais pas à me faire vacciner et donc à suivre tous ces protocoles, je pourrais vivre sans contrainte et être moins vigilant par rapport à la maladie », indique Jonathan, 23 ans qui ne «souhaite pas attraper le Covid» mais préfère tout de même l’avoir que de «perdre ses libertés» en allant se faire vacciner. Jennifer, 24 ans, ne cherche pas non plus à l’attraper absolument mais «préférerait l’avoir et me mettre en quarantaine et que mon système immunitaire sache comment vaincre la maladie naturellement». Cerise, 19 ans, aide-éducatrice dans un foyer d’accueil médicalisé pour personnes en situation de handicap, déclare elle aussi préférer attraper le Covid que de se faire vacciner. Et quid du risque de développer une forme grave ou longue de la maladie ? «Mon corps pourra essayer lui-même de guérir, comme avec tout autre virus. Je ne suis pas du genre à avoir peur des choses “naturelles”, en revanche, j’ai peur du vaccin, parce qu’il n’est pas naturel», répond-elle, tout en arguant que ses anticorps «fonctionnent très bien» à son âge.

«C’est une manière d’appréhender le risque fondée sur une approche intuitive ou impulsive», analyse Jocelyn Raude, enseignant-chercheur en psychologie de la santé et des maladies infectieuses. «Depuis une vingtaine d’années, on observe dans les pays développés une heuristique de la naturalité : l’artificiel est dangereux et toxique, le naturel est sain et protecteur, poursuit-il. L’idée que l’on nous injecte des substances est devenue anxiogène chez une partie des Français.»

Cette anxiété à l’égard du vaccin se retrouve dans les témoignages. «Je préfère attraper le Covid car je sais ce que je risque, contrairement aux effets du vaccin sur le long-terme», justifie Camille, 27 ans. «Je suis jeune encore, je n’ai pas d’enfants et rien ne me dit que dans 15 ans on ne va pas m’informer que j’ai des problèmes ou que mes enfants ont des problèmes et que c’est lié au vaccin», juge Alexandra, juriste d’entreprise de 25 ans, pour qui attraper le Covid «l’arrangerait bien».

Un risque de développer une forme grave non exclu

«C’est moins problématique d’un point de vue éthique que des personnes se fassent contaminer pour pouvoir bénéficier du passe plutôt qu’ils fassent faire de faux certificats, estime Jérémy Ward. Mais du point de vue de la santé publique, c’est catastrophique. Ça veut dire beaucoup de personnes infectées, une partie d’entre eux à risque de formes graves, et un potentiel de transmettre la maladie. Donc c’est un acte particulièrement irresponsable».

Pour le Dr Faïza Bossy, il s’agit d’une «fausse alternative», le certificat n’étant valable que six mois maximum. «Cela ne fait que repousser le problème», observe-t-elle. Outre le risque accru que des variants se développent, la médecin rappelle aussi que même si les risques de développer une forme grave sont moins présents chez les jeunes, «on a vu des sujets jeunes avoir des Covid longs et des formes graves». «Le virus n’est rien d’autre qu’un révélateur d’un état de santé qui était caché. Il y a des personnes qui sur le papier se présentent bien mais où le virus révèle une pathologie inconnue, comme des troubles de la coagulation. Et on n’est pas à l’abri d’un nouveau variant qui serait demain contagieux et dangereux», détaille-t-elle.

Les aspirants au certificat de rétablissement du Covid-19 ne pensent pas se faire vacciner, même si leur quête du virus échoue. L’espoir que le passe sanitaire ne soit pas mis en place pour longtemps est également présent. Alexandra s’est déjà désinscrite de sa salle de sport, à défaut de bénéficier d’un passe sanitaire. «Tout peut encore changer. Il y a un mois, il était hors de question que le passe sanitaire soit obligatoire pour accéder à certains lieux, donc peut-être que dans un mois il sera enlevé», espère-t-elle.

Le Figaro

*Certains prénoms ont été changés.