Ces maladies qui ont emporté bien plus de 100.000 personnes en France

L’épidémie de peste à Marseille, en 1720

Peste, choléra, variole ou grippe espagnole… Alors que la France s’apprête à passer la barre officielle des 100.000 morts du Covid-19, l’Histoire nous apprend que ce n’est pas la première fois qu’une maladie est à l’origine d’autant de décès sur notre territoire.

La barre fatidique des 100.000 morts du Covid-19, tant redoutée, va bientôt être franchie. Ce mercredi, les chiffres officiels donnent 99.508 victimes au compteur en France, tandis que le monde dénombre presque trois millions de morts. Pourtant, ce n’est pas la première fois qu’une maladie est à l’origine d’un tel désastre, et certaines ont été bien plus meurtrières : on pense à la peste de Justinien, la première documentée, qui a causé 30 à 50 millions de morts en deux siècles, ou encore à la peste noire, qui a emporté un tiers de la population européenne au Moyen-Âge, sans oublier le choléra, la variole et la grippe espagnole.

La peste et la peste noire

La peste a frappé l’Europe à de nombreuses reprises. La première pandémie documentée remonte en 541, sous le règne de l’Empereur Justinien. Elle aurait emporté 300.000 personnes à Constantinople, soit 40 à 50% de sa population. 600 ans plus tard, une autre forme de peste, plus contagieuse et plus mortelle, apparaît. Elle serait arrivée au 14e siècle des hauts plateaux d’Asie centrale. Par le commerce maritime, elle a gagné l’ensemble du bassin méditerranéen.

À bord des bateaux, se trouve un petit voyageur : le rat noir, qui est porteur de la maladie et infesté de puces. Une fois sur terre, ces insectes la transmettent aux humains. La peste a été à l’origine de la mort près d’1/3 de la population européenne au Moyen-Âge, soit entre 25 et 34 millions d’âmes, dont 50.000 à 80.000 à Paris. Fièvre et vomissements, le corps est rapidement recouvert de pustules, que l’on appelle les bubons, gorgés de pus. On voit ensuite l’apparition d’une variante de la peste bubonique, celle pulmonaire, beaucoup plus contagieuse. Alors que la peste authentique tue en quelques jours, la peste noire tue en quelques heures.

À ce moment-là, apparaissent les «docteurs à bec »: les médecins de l’époque, qui pensent l’air contaminé, mettent des grands becs remplis de mélanges d’herbes aromatiques, de fleurs ou d’épices. Ils sont également équipés d’un costume jusqu’aux chevilles, qui, vraisemblablement, les protègent des morsures de puces.

Si la communauté scientifique débat encore sur le nombre de morts, il est établi que cette bactérie est à l’origine du décès de près d’un tiers de la population européenne au Moyen-Âge, soit entre 25 et 34 millions d’âmes, dont 50.000 à 80.000 à Paris. En 1720, la peste ressurgit à Marseille, emportant 30.000 des 90.000 habitants de la ville et tuant 100.000 personnes au total dans le Languedoc et la Provence. Des politiques de santé sont mises en place, comme «le mur de la peste», où les autorités sont autorisées par le roi à tirer à vue sur ceux qui tentent de franchir les lignes.

La dernière grosse pandémie a été observée en Asie, en 1890 et a fait 10 millions de morts. Aujourd’hui, la peste existe toujours, mais grâce aux quarantaines et à des traitements efficaces, elle est maîtrisée.

Le choléra ne sévit plus en France, mais de nombreux cas sont encore constatés dans le monde. Cette maladie est apparue sur le territoire français en 1832, après être passée par l’Inde, la Russie, la Pologne et l’Allemagne. Les stations d’épuration, bien différentes de celles que l’on connaît aujourd’hui, permettent à la bactérie de se propager par l’eau, contaminée par les selles de personnes infectées.

Le choléra a fait plus de 100.000 morts en France en l’espace de 6 mois au cours de la deuxième vague

C’est une maladie diarrhéique aiguë, qui entraîne une déshydratation rapide, dont on peut mourir en quelques heures en l’absence de traitement. Elle provoque également une cyanose du visage colorant le visage en bleu, d’où l’expression avoir une «peur bleue». D’après les estimations, la maladie a fait plus de 100.000 morts en France en l’espace de 6 mois au cours de la deuxième vague, dont près de 18.500 dans la capitale. Une troisième vague a touché le territoire en 1854 et causé 143.000 victimes. L’OMS estime «à près de 3 millions le nombre de cas et à plus de 95.000 le nombre de décès dus à cette maladie chaque année dans le monde».

La dernière pandémie du choléra, la septième, s’est implantée durablement en Afrique. Des traitements pour réhydrater rapidement le patient existent aujourd’hui. La petite vérole serait à l’origine de centaines de milliers de morts, rien qu’en France.

La variole, ou la petite vérole, est une des maladies les plus virulente de l’Histoire. D’origine virale, elle a l’aspect d’une dermatose pustuleuse, qui peut ressembler à une forme grave de varicelle caractérisée par des petites pustules. L’éruption couvre tout le corps, y compris le visage. Elle est généralement accompagnée de la fièvre, des douleurs et d’un délire. Si le nombre de victimes est difficile à estimer d’un point de vue mondial, la petite vérole serait à l’origine de centaines de milliers de morts, rien qu’en France. Le roi Louis XV, par exemple, en est mort.

L’origine de la propagation de la variole est mal connue. Elle aurait pu apparaître il y a plus de 4000 ans en Égypte, au Moyen-Orient ou dans la vallée de l’Indus. Certains scientifiques assimilent également la peste Antonine, qui a sévi dans l’empire romain en 165, à une variole moins agressive. En effet, sous le règne de Marc Aurèle, une étrange maladie est apparue : avec des éruptions cutanées, des croûtes rougeâtres, des diarrhées et vomissements. Ce virus a fauché toute une génération entière. On estime le nombre de morts à 10 millions dans l’Empire romain.

La grippe espagnole

La grippe espagnole est la plus grande pandémie du XXe siècle. Elle a fait entre 20 et 50 millions de morts, au moins deux fois plus que la Première Guerre mondiale.

La France compte plus de 400.000 morts, la plupart entre septembre et novembre 1918. Comme l’Espagne a été le premier pays à la mentionner publiquement, elle est qualifiée de grippe espagnole. La plupart des victimes meurent de surinfection bactérienne, qui se déclare en général au bout de 4-5 jours et conduit au décès une dizaine de jours après les premiers symptômes grippaux, en l’absence, à l’époque, d’antibiotiques.

La première vague de grippe espagnole, au printemps 1918, a été assez peu virulente. Mais la seconde, à l’automne, à la suite d’une probable mutation, devient foudroyante. Les personnes contaminées décèdent en quelques heures. En effet, à ce moment-là, avec la guerre, les populations sont fatiguées, mal nourries, ce qui ouvre la porte à un terrain propice à l’expansion du virus. De plus, avec la propagande, les personnes sont mal informées. Après des mesures de confinement mises en place par les gouvernements, la propagation réduit en 1919. Le poète Guillaume Apollinaire et l’écrivain dramaturge Edmond Rostand comptent parmi les morts illustres de cette maladie.

Le Figaro