Ces solécismes qui nous font saigner les oreilles

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«Au jour d’aujourd’hui», «c’est de ça que je parle»…. Retour sur ces fautes du quotidien. Ils parsèment nos conversations, entrent insidieusement dans notre langage quotidien, sans même que nous nous en rendions compte. Les solécismes sont vieux comme le monde, et nos expressions quotidiennes en sont fleuries.

Julien Soulié, dans son ouvrage Par humour du français! (La librairie Vuibert), les définit comme étant le mauvais emploi d’une expression: «la faute d’orthographe, en général, ne s’entend pas, elle se lit; le solécisme, lui, se perçoit non seulement à l’écrit mais aussi à l’oral».

Les exemples sont nombreux, notre langue en est semée. Vous êtes prêts?

● Au jour d’aujourd’hui

Faut-il encore le rappeler, ce triple pléonasme n’a pas sa place dans la langue française. Julien Soulié rappelle que «hui signifiait jadis aujourd’hui», et qu’il fut renforcé «de la locution au jourd’». Ajouter à ces deux mots un troisième terme équivalent est un… non-sens.

● Un(e) espèce d’idiot

«Je déjeune avec mon associé aujourd’hui, c’est un espèce d’idiot invétéré!» Qu’il plaise ou non à la personne mise en cause, l’emploi de ce solécisme est fort courant. Et pourtant, l’adjectif espèce accordé au féminin est de mise. Julien Soulié se réfère ici à l’explication des linguistes: «le nom espèce étant une sorte de faire-valoir de ce qui suit, notre cerveau aurait tendance à le sauter allègrement pour se concentrer sur son complément (…)». Le terme idiot est bien masculin, mais l’espèce à laquelle il appartient est un mot féminin.

● Loin s’en faut

«Je ne me suis jamais baigné en hiver, loin s’en faut!» Qui n’a jamais employé cette expression pour signifier le caractère inimaginable d’une action un peu folle? Julien Soulié la décrit comme étant «furieusement absurde». Au même titre que le pléonasme au jour d’aujourd’hui ne fait que répéter trois fois la même idée, le solécisme loin s’en faut est né de l’assemblage de «loin de là» et «tant s’en faut», deux locutions synonymes.

● Je vais en Avignon

Avec son côté quelque peu désuet, ce solécisme est très en vogue dans nos conversations. Il nous semble bien pratique et plus esthétique! Pour ne pas répéter la voyelle a, nous disons fréquemment «j’ai passé quelques jours en Avignon cet été, quelle ville superbe!» L’auteur de Par Humour du français souligne la mauvaise utilisation de la préposition en, qui s’emploie exclusivement «devant un nom d’État féminin (en France, en Algérie) ou sans article (en Haïti)». S’il est de bon aloi de soigner sa façon de parler, il est essentiel d’utiliser les bons mots!

● C’est de nous dont je veux te parler

Une conversation délicate entre deux amoureux s’annonce. Les mots doivent être choisis avec soin, pour que de ce moment abscons l’issue soit heureuse. Les premiers mots lancés sont d’une importance capitale! Quel dommage de commencer sa tirade par une telle erreur… Julien Soulié explique que le pronom relatif «dont» signifie «duquel / de laquelle», il contient déjà la préposition «de».

Il est ainsi inutile de répéter deux fois cette préposition. La phrase correcte est: «C’est de nous que je veux parler» ou bien «C’est nous dont je veux parler».

Le Figaro