“Cette plage, on va y aller. C’est fachos” : SOS Racisme teste la discrimination sur les baignades privées de la Côte d’Azur

” J’ai l’impression que nous allons en colonie de vacances. ” A 9 heures du matin, en gare de Nice, Kyra, Fiona et Aurore surveillent leurs dix camarades, arrivés de Paris la veille au soir. Difficile de faire monter tout le monde dans le minibus loué pour la journée. Itinéraire fixé, il part en direction de Juan-les-Pins (Alpes-Maritimes). Pendant le trajet, nous nous envoyons des paquets de biscuits et de la crème solaire tout en discutant joyeusement. A la vue du rivage méditerranéen, les têtes se tournent et le volume sonore baisse.

Au bord de la mer, chacun énumère les noms des plages privées qui défilent. “Celle-là, on va y aller. C’est fachos”, lance Aurore. A SOS-Racisme, on plaisante, mais jusqu’à un certain point. La veille, la jeune avocate de 23 ans a appelé plusieurs plages de Juan. En fonction du nom de famille qu’elle a donné, certaines ont accepté ou refusé de prendre une réservation.

Avec un nom à consonance africaine, c’était complet. J’ai rappelé en donnant un nom très français, et bizarrement il y avait encore de la place.” L’association soupçonne alors une discrimination qui devra être vérifiée.

Aurore Barbier, chargée de mission au service juridique de SOS-Racisme, donne les consignes pour le déroulement de la campagne de testing sur les discriminations raciales à l’entrée des plages privées de Juan-Les-Pins, dans les Alpes-Maritimes.

C’est précisément la mission que se donnent aujourd’hui ces militants. Par des opérations de testing, une méthode utilisée par SOS-Racisme depuis la fin des années 1990, ils vont tenter de débusquer les discriminations à l’entrée des plages privées. Cet été, ils quittent Nice pour les stations balnéaires d’Antibes. “Les plages de Nice, on les a trop faites. L’année dernière, aucun cas de discrimination n’a été recensé. Preuve qu’au fil des années, nos actions paient”, se félicite Kyra, 28 ans, chargée de mission depuis deux ans au sein de l’association.

En mode caché

En milieu de matinée, les choses sérieuses commencent. Salariés et militants se retrouvent pour un “brief”, dans une rue de la ville. Deux élus locaux, Sonia Naffati de La France insoumise et Saber Gasmi d’Europe-Ecologie-Les Verts, se joignent à la petite assemblée en tant que témoins de moralité. Tous se taisent lorsqu’un passant s’approche d’eux. “Il faut faire attention pour éviter les fuites. Cela nous est arrivé lors de précédentes opérations”, explique Fiona, 24 ans, chargée de communication.

Globe Echo