Chalon-sur-Saône (71) : Racisme ou délires d’ado ? “L’homme au marteau” devant les assises

La Cour d’assises de Saône-et-Loire juge, à partir de lundi, «l’homme au marteau», un mineur de 17 ans au moment des faits qui avait revendiqué des attaques au nom de la «défense de la patrie française». Le procès doit se poursuivre jusqu’au 21 mai.

Actes racistes ou délires d’ado en mal d’attention? Début novembre 2017, les quotidiens régionaux Le Bien Public et Le Journal de Saône-et-Loire reçoivent par mail la revendication de plusieurs attaques au marteau ayant blessé légèrement trois personnes à Dijon fin septembre de la même année. Dans ce courriel, un «commando», disant vouloir «contrer l’islamisation» de la France, menace également de recommencer. Le soi-disant groupe, inconnu, émaille son courriel de menaces de mort et d’incitations à la haine raciale.

Dans un message audio, le groupe se baptise «commando de défense du peuple et de la patrie française» et affirme que les attaques, survenues sur le campus de l’université de Bourgogne, «au cœur de l’un des symboles du multiculturalisme, marquent l’acte de naissance de notre mouvement».

«Mise en scène»

L’enregistrement ajoute que les victimes ont été «choisies» en raison notamment du port du voile ou de leur couleur de peau, des éléments qui ne coïncident que partiellement avec les faits. Le 26 septembre 2017, un agresseur au visage dissimulé avait attaqué une femme et deux hommes à coups de marteau dans les environs de l’université de Dijon. Une autre attaque avait eu lieu dans la même ville le lendemain, à l’aide cette fois d’un bocal de verre.

Deux autres agressions au marteau étaient survenues le 15 septembre à Chalon-sur-Saône dans le département voisin de Saône-et-Loire, dont une au cri d’«Allah Akbar». Assez vite, les enquêteurs sont convaincus qu’il s’agit d’un seul individu. Le ministère public prend contact avec l’accusé, l’invitant à se rendre. C’est ainsi que, le 29 janvier 2018, un frêle adolescent de 17 ans se rendait au commissariat de Chalon.

«Je n’ai aucune conviction nationaliste, ni jihadiste, ni aucune conviction tout court», déclare le jeune homme. «Je suis juste fasciné depuis toujours par le monde policier, judiciaire, et par les faits divers», poursuivait-il. Quant au cri d’«Allah Akbar» qu’il avait lancé lors d’une attaque, il assure qu’il s’agissait d’une «mise en scène destinée à accroître l’intérêt des médias et brouiller les pistes». «Je n’ai aucune conviction raciste ou visée politique», a-t-il assuré, expliquant avoir simplement voulu «attirer l’attention» et «éprouver une réelle excitation à voir ses actes faire les gros titres».

Étudiant à Dijon en faculté d’histoire, sans antécédent judiciaire, l’adolescent vivait seul avec sa mère. Le procès, qui se déroule à huis clos devant la cour d’assises des mineurs à Chalon-sur-Saône en raison de l’âge de l’adolescent au moment des faits, devra donc s’attacher à comprendre les réelles motivations de l’accusé.

Poursuivi pour tentative d’homicide, vol à main armée, dégradation par incendie, violence avec arme, menaces de mort et provocation à la haine et à la discrimination, il encourt une peine maximale de 30 ans de réclusion, qui peut-être rabaissée si l’excuse de minorité est retenue ou si les experts concluent à l’altération du discernement de l’accusé, à la personnalité complexe.

Sud-Ouest