Chantiers de l’Atlantique : racisme, humiliation, harcèlement, des travailleurs détachés témoignent

Des travailleurs détachés espagnols se disent maltraités aux Chantiers de l’Atlantique à Saint-Nazaire : victimes d’insultes racistes, de harcèlement, et d’humiliations. Au total, sept ouvriers, licenciés récemment, ont envoyé des plaintes à leur direction.

Des travailleurs détachés dénoncent des maltraitances aux Chantiers de l’Atlantique à Saint-Nazaire (illustration). © AFP – LOIC VENANCE

Sept ouvriers, récemment licenciés de l’entreprise espagnole sous-traitante Pine aux Chantiers de l’Atlantique de Saint-Nazaire, dénoncent les insultes racistes, le harcèlement et les humiliations dont ils auraient été victimes. Ces ouvriers, tous résidents espagnols mais originaires du Maroc, du Pérou ou du Sénégal, soutenus par la CGT, ont envoyé leurs plaintes à la direction de l’entreprise en Espagne ainsi qu’à l’Inspection du travail.

Abdel*, résident espagnol originaire du Maroc, chez Pine depuis sept ans, raconte : “Le chef de chantier nous hurlait dessus en permanence, on ne pouvait même pas faire de pause pour aller aux toilettes, il nous disait d’uriner dans des bouteilles d’eau. Il nous envoyait aussi voler du câble électrique sur les autres bateaux. Et puis il y avait des insultes racistes, on se faisait traiter de sales arabes ou de négro, je suis révolté, on n’est pas des chiens !

On ne pouvait même pas faire de pause pour aller aux toilettes, il nous disait d’uriner dans des bouteilles d’eau.

Babacar* se souvient : “Il fallait toujours travailler vite, plus vite. On a subi tout ça parce qu’on a besoin de travailler et de nourrir nos familles… Il n’y a plus de travail en Espagne.

Une enquête interne ouverte

Ces salariés sont persuadés d’être licenciés pour avoir osé contester ces traitements alors qu’ils avaient une promesse d’embauche jusqu’en 2026. C’est faux, rétorque l’autre syndicat présent chez Pine à Saint-Nazaire, Force Ouvrière, qui défend la direction : “Il n’y a jamais eu aucun problème, ce sont des ouvriers qui ne digèrent pas leur licenciement“. “Leur contrat, dit un délégué, était tout simplement arrivé à terme“.

Le chef d’équipe mis en cause, quant à lui, refuse de parler tant que l’enquête interne est en cours, mais nous confie avoir été très surpris par ces accusations et nie tout en bloc. Les salariés eux, comptent bien malgré tout se battre, car il y aurait aussi des indemnités non réglées.

En attendant, l’affaire fait du bruit en Espagne et le dossier est arrivé sur le bureau de la ministre du Travail espagnole. Pine a envoyé une délégation il y a quelques jours à Saint-Nazaire pour mener une enquête interne. Les Chantiers de l’Atlantique ont eux aussi mené des auditions. Les résultats devraient être publiés ces prochains jours, mais la CGT ne se fait pas d’illusion et évoque déjà le chantage au travail pour justifier le silence des ouvriers encore en poste. 

* Les prénoms ont été modifiés

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