Charlie Hebdo : La mère du dessinateur Charb publie un livre sur son fils

Denise Charbonnier a perdu son fils, le dessinateur Charb, le 7 janvier 2015 dans l’attentat contre « Charlie Hebdo ». Elle publie une longue lettre émouvante où elle se souvient de l’enfant qu’il fut et lui raconte les tourments de l’après.

Dans l’ordinateur de son fils, Denise Charbonnier a retrouvé des images en plein désert. « Il disait qu’il partait cueillir des olives en Israël. » Stéphane était resté évasif. Plus tard, elle sut qu’il avait franchi la frontière en catimini pour un reportage en Palestine, manquant de se faire prendre au retour, à la douane : des pellicules photos étaient planquées dans ses chaussettes. Denise Charbonnier ne s’est jamais inquiétée. « Il nous rassurait tout le temps.» Comment imaginer que son fils se ferait exécuter en plein Paris par deux terroristes islamistes le 7 janvier 2015 ?

À « Charlie Hebdo », on l’appelait Charb, son nom de dessinateur. À Pontoise où vit la famille, il était Stéphane, le frère aîné de Laurent, le « petit bonhomme » de Michel et Denise […]. Après l’attentat, la famille a déménagé pour pouvoir entreposer toutes les affaires de Stéphane. Six ans après la tragédie, cette dame de 80 printemps adresse une lettre bouleversante à son fils […].

Denise Charbonnier parle vrai. Au fil des pages, elle confie à son fils ses états d’âme et cette « colère permanente », qui lui donne « l’énergie de tenir debout ». Elle en veut aux responsables politiques de l’époque, aveugles face aux menaces. « Ils n’ont rien fait pour protéger Charlie », se désole-t-elle. L’an passé, le procès des attentats de janvier 2015 a remis du sel sur les plaies […]. Cette erreur de prénom au premier jour d’audience (Stéphane fut nommé François), l’ancienne secrétaire d’huissier ne l’a toujours pas digérée […]. Ce furent « trois mois d’enfer »…

L’engagement auprès des sans-papiers et contre l’extrême-droite

[…] Charb n’était pas un puits de rires sans aucun fond. Son trait servait un propos […]. Un seul procès d’intention ne glissa pas sur lui. « Il était très affecté par les accusations de racisme », se remémore sa maman. « Meurtri » même affirme Marika Bret, amie proche du dessinateur qui a entrepris de transmettre sa mémoire. « Tout son engagement politique, auprès des sans-papiers, contre l’extrême droite, était remis en cause par cette accusation. » En guise de mise au point, il entama en 2014 la rédaction d’un livre, « Lettre aux escrocs de l’islamophobie qui font le jeu des racistes ». Une réponse claire, à ceux, parfois dans son propre camp de gauche, l’accusant de « racisme anti-musulmans ».

[…] Marika Bret porte à bout de bras depuis cinq ans une pièce de théâtre tirée de cet écrit. Le spectacle devait être présenté dans les lycées et centres sociaux et ouvrir le débat sur la liberté d’expression. « Au début, tout s’est bien passé. » Puis, petit à petit, les portes se sont fermées. Spectacle annulé à l’université de Lille, à Lormont, levée de boucliers étudiante à Paris-7, difficultés de programmation à Avignon. « On s’attendait à des résistances politiques, bien sûr, mais pas à ce silence. Il y avait de la peur, de la lâcheté. Et cet a priori, présentant Charb comme raciste. C’était sidérant. » Lui, le militant de gauche accusé d’être ce qu’il combattait […].

Lettre à mon fils Charb, Lattès, 18 euros.

Sud Ouest