Chartres (28) : En situation irrégulière, Jean-Philippe* , l’infirmier Guinéen « de santé fragile », raconte sa vie de migrant en temps de Covid

La crise sanitaire exacerbe les difficultés rencontrées par les migrants résidant en Eure-et-Loir. Jean-Philippe*, ressortissant guinéen en situation irrégulière, raconte l’impact du Covid-19 dans son quotidien.

Même avant le tout premier confinement, en mars 2020, Jean-Philippe (*) était déjà, d’un certain point de vue, sous cloche, “confiné social”, comme emprisonné dans un sas hermétique ; que ses tentatives de régularisation infructueuses et une existence clandestine, conditionnée par la disponibilité des places en centre d’hébergement et la dépendance à l’aide alimentaire ; semblent rendre infranchissable.

Contrairement à l’immense majorité des Euréliens, qui ont alors expérimenté le recul de leurs libertés individuelles comme une expérience certes pénible mais inédite, ce ressortissant de Guinée-Conakry, arrivé en Eure-et-Loir en 2015, l’a vécu comme un confinement dans le confinement.

« Une situation qui n’est pas fameuse », souffle-t-il avec pudeur, dans un soupir qui en dit long. Une forme de “double peine”, presque, tant les conséquences de la crise du Covid exacerbent les épreuves qui jalonnent un parcours d’insertion déjà contrariée.

Pourtant, ce francophone aux lunettes fines et aux traits imprégnés de sagesse, à qui l’on prêterait volontiers des airs de prof d’université, a traversé d’autres épreuves qui découragent tout procès en afféterie, lorsqu’il dresse l’inventaire fataliste de son quotidien de confiné sans papier et sans abri, mais avec masque, qu’il arbore avec une ostentatoire conviction : « Je le porte tout le temps car il faut respecter les règles. »

L’origine du parcours migratoire de cet infirmier de profession, converti au catholicisme, remonte à 2013. Pris dans les turpitudes d’un conflit interethnique entre factions animiste et musulmane, raconte-t-il, il est soumis par son ethnie, contre son gré, à un rite d’initiation, symbolisé par des mutilations et des scarifications tribales. « Je ne voulais pas suivre cette initiation, destinée ensuite à me faire combattre. J’étais en danger. Je suis parti pour me protéger. Quand tu fuis ce rituel, tu ne peux pas revenir. Tu es comme un homme mort. »

Un visa de complaisance en poche, délivré grâce à l’intercession d’un parent, il débarque en France en 2015. Sa demande de droit d’asile, affirme-t-il, est alors rejetée.

Commence alors, dans ce nouveau pays d’accueil, qu’il considère comme l’assurance contre une mort certaine, cette existence « pas fameuse », sans abri, ni appui, ni ami. « Être ici, loin de mes enfants restés au pays, c’est ce qui me torture tous les jours. »

Une vie rythmée par les appels au 115, pour réclamer un hébergement de nuit ; les journées passées dans les structures d’accueil de jour, ou à lire à la bibliothèque ; et une situation de dépendance alimentaire : « Tu ne manges pas convenablement, mais ce que l’on te donne. Et quand il n’y a plus de place pour la nuit, tu restes dehors, le ventre vide. »

Une vie sans horizon ni fenêtre, qui s’est encore rétrécie lors du premier confinement. De sans-abri, cantonné dehors, on devient “prisonnier”, enfermé dedans, « confinés toute la journée en foyer d’hébergement, à quatre par chambre. Obligé de garder le masque en permanence. Tu restes là, à tourner, tourner, tourner. Tu t’ennuies. »

« De santé fragile », Jean-Philippe tient à « se protéger ». « C’est ma priorité, même devant l’obtention d’un titre de séjour. » Si les conséquences du couvre-feu sont pour lui plus douces, avec la réouverture de certains établissements et la liberté de quitter la promiscuité du foyer en journée, les effets de la crise sanitaire n’en fragmentent pas moins d’autres pans de son quotidien, comme l’accès aux soins ou l’exercice de ses droits.

« Les démarches administratives sont bloquées. J’ai dû renoncer à trois rendez-vous médicaux à Paris, car les associations qui m’aident, pour la prise en charge des transports ou des frais de santé, fonctionnent au ralenti. Je me soigne moins bien depuis le début de la crise. » Et puis, bien que l’on soit, plaide-t-il, « dans un pays démocratique », il y a « les tests anti-Covid en centre d’hébergement, auxquels je suis obligé de me soumettre. “Sinon, tu sors”, m’a-t-on dit. Pour aller où, chez qui ? »

À quelques jours ou semaines d’un possible reconfinement qui lui semble inévitable, Jean-Philippe redoute une nouvelle période de claustration, entre les quatre murs de son foyer, rythmée par l’ennui et l’isolement. Au cœur d’un douloureux contexte de crise sanitaire qui semble en quelque sorte l’avoir déclassé, dans l’impitoyable hiérarchie des castes sociales, du rang de citoyen de seconde zone à celui de ressortissant de troisième zone.

(*) Le prénom a été modifié.

L’Écho Républicain

2 thoughts on “Chartres (28) : En situation irrégulière, Jean-Philippe* , l’infirmier Guinéen « de santé fragile », raconte sa vie de migrant en temps de Covid

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    Du très grand article putassier comme seul les authentiques journalopes progressistes ont le secret. Tous les éléments de langage y sont, le bingo du chouinage pro-clandos.

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    La Guinée n’a pas besoin de ses infirmiers?
    J-Y Le Gallou indiquait récemment qu’il y avait plus de médecins togolais en région parisienne qu’au Togo.

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