Chauffage : Les Français anticipent un hiver compliqué et se ruent sur les énergies vertes

Les ventes de chaudières à bois, pompes à chaleur et panneaux photovoltaïques explosent en raison de la flambée des prix de l’énergie due à la guerre en Ukraine et de l’interdiction d’installer des chaudières au fioul entrée en vigueur le 1 er juillet dernier.

L’été a beau être torride, il ne refroidit pas les ardeurs des Français à se prémunir contre l’hiver rude qui s’annonce avec la crise énergétique . Face aux coûts élevés du gaz et de l’électricité, les particuliers se ruent sur les énergies renouvelables.

Le marché de la chaudière à bois connaît une expansion sans précédent.

Déjà en 2021, la consommation d’ énergies renouvelables avait progressé de 9,3 % selon le ministère de la Transition écologique. Et la tendance semble se poursuivre. Depuis le début de la guerre en Ukraine, les ventes de chaudières à bois, de pompes à chaleur et de panneaux photovoltaïques ont bondi. « Dès septembre 2021, la demande en chaudière à bois s’est décuplée. Depuis la guerre en Ukraine , elle a explosé » s’enthousiasme Eric Vial, délégué général de Propellet, l’association nationale du chauffage à granulés.

Les ventes de chaudières à bois automatiques ont augmenté de 164 % entre le premier trimestre 2021 et le premier trimestre 2022.”

Alors qu’on estimait en 2020 que 6, 7 millions de foyers français était dotés de dispositifs de chauffage au bois, les ventes de chaudières à bois automatiques, qui n’ont pas besoin d’être alimentées manuellement en buches ont augmenté de 164 % entre le premier trimestre 2021 et le premier trimestre 2022, selon le Syndicat des Energie renouvelables. Les ventes de poêles et d’inserts, qui restent majoritaires car moins contraignants à installer, ont quant à elles progressé de 36 %.

« La croissance est plus importante sur la chaudière que sur le poêle, car il y a eu une incitation à quitter la chaudière au fioul » explique Marc Labattu, PDG du fabricant Turbofonte. On estime ainsi que la production thermique au bois représente en France 11,3 % de la consommation finale de chaleur.

Des carnets de commandes pleins

Le constructeur girondin a ainsi enregistré une hausse de ses facturations de 49 % au deuxième trimestre 2021, par rapport au deuxième trimestre 2022. Même chose pour l’italien Ferroli : en juillet 2022, le double des ventes de l’année 2021 ont déjà été réalisées. « Sur 100 commandes, on ne peut en facturer que 65, et certains fabricants ont leur carnet de commandes rempli jusqu’à fin décembre 2022 », confie un responsable de la société véronaise.

Cette dynamique ne risque pas de se tarir : en plus de l’interdiction de l’installation de nouvelles chaudières au fioul à partir du 1er juillet, la filière va également profiter de la compétitivité du prix du granulé. Oscillant aujourd’hui entre 500 et 550 euros la tonne, il est 2 fois et demie moins cher que le gaz. Avant la crise énergétique, il était déjà inférieur de 20 à 30 %. Malgré un coût d’installation relativement élevé, le taux de rentabilité d’une chaudière à granulé est l’un des plus importants parmi les différents dispositifs de chauffages existants affirment les professionnels.

Effet ma PrimeRénov

Il faut y voir un effet de la revalorisation de MaPrimeRénov, selon le délégué général de Propellet. « Cette aide a été très efficace. Elle permet aux foyers très modestes d’accéder à ce genre d’équipements qui en temps normal, leur sont inaccessibles. » Alors que 70 % des aides ont été accordées pour changer le système de chauffage, « on estime que la moitié des ventes peuvent s’expliquer par l’octroie de MaPrimeRénov ».

Même constat du côté des pompes à chaleur. Déjà en 2021 sous l’effet de la loi Transition Energétique de 2015 qui entérine la suppression progressive du chauffage à énergie fossile, le marché des pompes à chaleur a connu une expansion de 50 % par rapport à l’année précédente. Selon François Deroche, président de l’Association française des pompes à chaleur (AFPAC), cette forte accélération se poursuit depuis le début de l’année 2022, avec une hausse des parts de marché en rénovation de 450.000 à 730.000 PAC.

Du côté du photovoltaïque, le syndicat des professionnels de l’énergie solaire, Enerplan, estime que la demande en autoconsommation a été multipliée par 3 entre le 3e trimestre 2021 et le 2e trimestre 2022. 184.150 nouvelles installations de production en autoconsommation ont ainsi été raccordées entre la fin 2021 et le 2e trimestre 2022, ce qui correspond à une hausse de 168 % de la puissance des installations en projet sur le réseau.

De nouveaux défis pour les industriels

Face à cette nouvelle demande stimulée par les aides d’Etat, les industriels doivent faire face à de nouveaux défis. Chez Ferroli, on accuse MaPrimeRénov de tirer les prix vers le bas et de réduire les marges des fabricants. Le reste à charge serait trop important pour les particuliers, y compris les plus modestes, et les distributeurs négocieraient davantage les prix à la baisse.

Le délégué général de Propellet réfute cet argument avancé par la société italienne, et estime qu’il faudrait plutôt y voir les effets des pénuries et de la hausse du prix des matières premières et des composants. Chez Ferroli, on admet qu’il y a un vrai problème d’approvisionnement : face à l’indisponibilité de la poudre de céramique venue d’Asie, le fabricant a dû se reporter exclusivement sur l’acier, qui a lui même dû encaisser une hausse de 300 % de son prix.

Le marché du granulé est lui aussi en tension. La demande serait entre 2 et 5 fois supérieure à celle de l’année dernière à la même époque : les consommateurs achèteraient davantage de peur d’en manquer l’hiver prochain.

Chez le fabricant de pompes à chaleur Auer, l’un des deux fabricants français de PAC Air/Air qui commercialise la seule PAC origine France garantie, on se félicite de l’augmentation de la demande. La filiale du groupe Muller va même doubler sa capacité de production avec la construction d’une extension de 8.000 m2 à son usine de Feuquières-en-Vimeu (Somme).

Les Echos