Cherbourg (50) : Mamadou, un journaliste amoureux, menacé dans son pays, désormais contraint de quitter la France

Originaire de Guinée Conakry, Mamadou, journaliste, a été contraint de quitter son pays. Installé à Cherbourg-en-Cotentin depuis 2018, il doit quitter le territoire français.

Originaire de Guinée-Conakry, Mamadou, journaliste, a été contraint de fuir son pays en juillet 2017. Désireux de reconstruire sa vie en France, une lettre datée du 28 octobre 2021 a finalement brisé une partie de ses espoirs.

La première fois que Mamadou a mis les pieds à Cherbourg-en-Cotentin (Manche), le Guinéen s’en rappelle très bien.

C’était le 19 novembre 2018. Dès que je passe devant la gare, je me souviens de cette nuit où je suis arrivé en covoiturage depuis Bayonne.”- Mamadou, journaliste guinéen

Un article de presse qui dérange

J’ai reçu une obligation de quitter le territoire français (OQTF). À partir du moment où je réceptionne la lettre, j’ai 30 jours pour quitter la France”. – Mamadou

Le compte à rebours est lancé depuis ce lundi 8 novembre 2021. « Je ne compte pas m’arrêter là. Je vais poser un recours pour annuler cette OQTF et faire une nouvelle demande de titre de séjour. » Meurtri, Mamadou, âgé de 28 ans, ne s’attendait pas à une telle lettre.

Je n’en reviens pas. C’est une immense déception. Toutes les associations qui m’ont accompagné n’en reviennent pas non plus. Elles pensaient que j’allais obtenir l’asile. J’ai fourni de nombreuses preuves qui prouvent que dans mon pays, je suis en danger.” – Mamadou

Il sort de son sac un article de presse au titre glaçant : « Massacre du 28 septembre 2009 ». Là, son visage se ferme. Il poursuit : « Ce jour-là, les opposants au pouvoir militaire, alors en place en Guinée Conakry, organisent une manifestation. Aux ordres du chef de la junte, Moussa Dadis Camara, ils se livrent à un massacre. Bilan : au moins 150 personnes tuées, de nombreux blessés, des disparus et une centaine de femmes violées. Pour ne pas te mentir, cela fait un moment que je n’ai pas relu cet article. À ce jour, justice n’a toujours pas été rendue. Des organisations de défense des droits humains réclament pourtant l’ouverture d’un procès ! »

Sa maison pillée

Après cet article, Mamadou reçoit des appels anonymes l’invitant à couvrir des pseudo-événements. « Je déteste l’injustice », lâche-t-il. Il continue de « porter la plume dans la plaie » jusqu’à ce que les militaires au pouvoir finissent par piller sa maison.

Je n’y étais pas. Il n’y avait que mes parents et des voisins. Des membres de ma famille ont dû s’éparpiller en Guinée-Conakry, mais aussi en Sierra Leone. Quant à moi, je n’ai jamais cessé de penser : Si les militaires m’avaient retrouvé, que se serait-il passé ? – Mamadou

À Cherbourg-en-Cotentin, Mamadou s’est intégré au tissu associatif. « En Guinée-Conakry, j’étais secouriste à la Croix Rouge. Ici, j’ai pendant un temps participé à la distribution des repas. J’ai ensuite rejoint France Bénévolat, puis la Protection civile en septembre 2020. La vie associative m’a redonné le goût de vivre. »

Il a retrouvé à Cherbourg son amour de jeunesse 

Comme un second rayon de soleil, dans une vie beaucoup trop secouée par les tempêtes, Mamadou a rejoint, dans la « capitale » du Cotentin, son amour de jeunesse. Les yeux brillants, il annonce la bonne nouvelle : 

Nous espérons nous marier. Je ne demande qu’une chose, qu’on me laisse faire ma vie ici.” – Mamadou

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