Chez TikTok, un bouton secret peut rendre une vidéo virale

Un petit groupe d’employés du réseau social a la possibilité de promouvoir des contenus choisis en fonction de règles assez floues, selon une enquête du magazine « Forbes ».

Les contenus qui s’affichent dans le fil des utilisateurs de TikTok ne sont pas toujours choisis par un algorithme froid et mathématique : ils peuvent occasionnellement être promus par des personnes bien humaines, révèle une enquête publiée vendredi 20 janvier dans le magazine américain Forbes. Le personnel du réseau social peut en effet favoriser la diffusion d’un contenu, une pratique nommée heating en interne et gardée secrète par TikTok. Selon un document interne, que Forbes a pu consulter, ces vidéos propulsées volontairement dans le fil « Pour toi » des usagers du réseau social représentent chaque jour environ 1 % à 2 % du volume total des séquences consultées.

D’après des témoignages anonymes recueillis par le magazine, TikTok n’emploierait pas toujours cette arme pour promouvoir des vidéos pouvant plaire à ses usagers ou pour accroître la variété des contenus. Elle servirait aussi à courtiser des influenceurs et des marques afin de leur faire signer des partenariats. Selon trois témoignages anonymisés, des employés de l’entreprise chinoise y auraient même recouru pour favoriser leurs propres publications ou celles de leurs proches, en violation du règlement de l’entreprise.

Dans une réponse à Forbes, TikTok a admis promouvoir certaines vidéos « pour aider à diversifier le contenu et présenter à notre communauté certains créateurs émergents et autres célébrités ». L’entreprise assure toutefois que « ce contenu représente environ 0,002 % des vidéos qui apparaissent dans le fil “Pour toi” », précisant que « pour les contenus publiés aux Etats-Unis, seules quelques personnes basées aux Etats-Unis ont la possibilité de recourir à cet outil ».

De précédents scandales

Ces révélations surviennent alors que la plate-forme a récemment cherché à faire montre de sa volonté de transparence sur le fonctionnement de son algorithme, régulièrement mis en cause pour son opacité et ses potentiels effets néfastes. Dans un post de blog publié à la fin du mois de décembre, l’entreprise annonçait ainsi le lancement d’une nouvelle fonctionnalité permettant aux utilisateurs d’en savoir davantage sur les raisons pour lesquelles un contenu leur était proposé dans leur fil. Parmi les facteurs potentiels étaient listés l’historique de l’utilisateur ou la popularité de certains contenus dans une zone géographique donnée.

Comme le rappelle Forbes, TikTok a, par ailleurs, reconnu au mois de décembre que certains de ses employés avaient espionné des journalistes américains, dont l’autrice de l’enquête, afin de tenter de trouver les sources à l’origine de fuites d’informations aux médias. Et, selon le magazine américain, l’équipe d’espions – depuis licenciés – était conduite par un employé basé en Chine. TikTok est, en effet, contrôlé par ByteDance, une entreprise chinoise.

Animée par la crainte d’une potentielle utilisation de l’application par la Chine à des fins d’ingérence, la classe politique américaine s’accorde autour d’un boycott de TikTok. En décembre, le Sénat a voté à l’unanimité un projet de loi interdisant son usage sur les appareils propriété de l’Etat fédéral, tandis qu’une autre proposition de loi, déposée le 13 décembre par des élus des deux bords, entend interdire purement et simplement TikTok dans le pays.

Le Monde