Chine : Comment dit-on “blackface” en mandarin ? Quand la télévision d’État diffuse des contenus racistes pour divertir les citoyens

Elle est son premier partenaire et ne cesse de vanter ses liens avec l’Afrique. Pourtant, en Chine, des représentations racistes, à l’instar du “blackface” sont diffusées, sans que personne n’y trouve rien à redire. Comment la Chine doit raconter l’Afrique et le reste du monde à ces citoyens ?

Le gala du Festival du printemps, réalisé et produit à l’occasion des célébrations annuelles du nouvel an lunaire par la CCTV, la télévision d’État chinoise, est l’émission la plus regardée du monde. Plus de 800 millions de téléspectateurs, des Chinois pour la plupart, allument la télé pour visionner les sketchs humoristiques et les numéros de chant qui s’enchaînent pendant cinq heures.

Les représentations négatives de l’africanité” n’y sont pas rares. Les membres de la diaspora africaine en Chine s’en plaignent depuis un certain temps déjà. Cette année, comme à l’accoutumée, nos doléances n’ont pas été entendues, et, vu les événements survenus en 2020 [des centaines d’Africains ont été expulsés de Guangzhou, accusés de propager le Covid-19], nous sommes nombreux à ressentir une grande frustration.

Dans l’édition 2018 du gala, l’actrice chinoise Lou Naiming paradait, le visage maquillé en noir, affublée d’un faux postérieur et d’une fausse poitrine, dans un sketch qui visait à montrer à quel point les Africains sont reconnaissants envers la Chine. Cette année, le spectacle, qui mettait en scène des danseurs chinois vêtus de combinaisons foncées aux motifs tribaux, était un peu moins choquant, mais on y a quand même vu chanter une actrice chinoise en blackface.

Imaginaire collectif

Les représentations de l’Afrique et de l’africanité que l’on voit dans les films, sur les médias sociaux et ailleurs continuent d’être relativement limitées. Au mieux, on parle de l’“Afrique” comme étant l’endroit idéal pour aller faire du bénévolat dans une organisation caritative ou pour contribuer à sauver la planète en participant à des efforts de conservation (comme dans le récent film Vanguard). On brosse parfois aussi le tableau d’un univers coloré où la danse est reine, ou encore d’un endroit où règnent la pauvreté et la guerre (comme dans le tristement célèbre Wolf Warrior 2).

On dépeint rarement l’un ou l’autre des nombreux pays du continent comme des lieux de savoir, de production et d’innovation, voire comme des lieux de civilisation et d’humanité– à moins bien sûr de présenter ces éléments comme ayant été apportés par des acteurs extérieurs. Comme vous pouvez l’imaginer, ces idées répandues influent sur la manière dont les Africains sont perçus et traités en Chine. C’est aussi le cas ailleurs : certains pays occidentaux sont des spécialistes en la matière.Il s’agit une fois de plus d’une occasion manquée, et ce, malgré les pressions exercées par les membres de la communauté. Dans ce contexte, il est difficile de ne pas y voir, au mieux, un signe de profonde ignorance, au pire, un “acte délibéré de provocation”.

Justifications

Les autorités chinoises ont trouvé deux façons de répondre aux préoccupations des Africains sur la manière dont ils sont dépeints. La réaction la plus courante est d’insinuer que les médias occidentaux exploitent de potentiels malentendus pour atteindre leurs objectifs. C’est ce qui s’est passé en avril dernier à la suite des expulsions massives d’Africains survenues à Guangzhou.

Les tentatives visant à semer la discorde ne parviendront pas à ébranler l’amitié entre la Chine et l’Afrique”, avait-on entendu à l’époque. Cette année, les autorités ont répondu à la controverse en disant : “Une personne qui cherche à tirer profit du gala du Festival du printemps de CCTV pour créer la zizanie dans les relations entre la Chine et les pays africains a forcément des motifs cachés.”

La seconde approche consiste à prétendre qu’il ne s’est rien passé. Avec ce genre de comportement, toutefois, il faut s’attendre à ce que les incidents à l’origine de la controverse se répètent.

Comment raconter l’Afrique ?

Ce qu’il faudrait, en réalité, c’est qu’un dialogue ouvert soit engagé avec la communauté africaine, qui a déjà tenté à maintes reprises d’expliquer pourquoi il est insultant d’utiliser le blackface et d’autres représentations de l’identité noire et de l’africanité.Or ce dialogue ne semble pas être sur le point de se produire. Le déséquilibre de pouvoir que l’on observe entre les deux communautés laisse un goût amer.En 2013, le président Xi Jinping a confié aux médias chinois la tâche de s’aventurer dans le monde pour “raconter comme il se doit l’histoire de la Chine”. Il aurait cependant fallu accorder autant d’importance à l’histoire que l’on raconte aux citoyens chinois au sujet du reste du monde.

The Continent