Chine : Comment Pékin entrave la mission d’enquête de l’OMS sur l’origine du coronavirus

La thèse selon laquelle le Covid-19 serait sorti d’un laboratoire de Wuhan a été remise en lumière par un conseiller de Donald Trump. Un an après l’éruption du Covid-19 à Wuhan, elle arrivait déjà après la bataille, une fois la plupart des indices volatilisés. Mais les autorités chinoises ont jugé que le risque était suffisamment important pour bloquer la mission de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et empêcher ses dix enquêteurs de se rendre sur place pour mener des investigations sur l’origine du virus.

Depuis des mois, une équipe internationale de scientifiques se prépare pour une mission à Wuhan, en Chine, à la recherche de l’origine de la pandémie qui y a démarré il y a tout juste un an. “Le premier défi : passer la frontière chinoise”.

Deux des membres de cette équipe mandatée par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) étaient déjà en route pour Pékin, mardi 5 janvier, lorsqu’ils ont appris que les autorités chinoises ne leur avaient pas accordé de visa. Lors de sa première conférence de presse de l’année, qui s’est tenue ce jour-là à Genève, le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, s’est dit “très déçu par cette nouvelle”.

“J’ai de nouveau clairement indiqué que la mission était une priorité pour l’OMS et l’équipe internationale. On m’a assuré que la Chine accélérait la procédure interne”, a-t-il ajouté. Le lendemain, à l’autre bout de la planète, Hua Chunying, porte-parole du ministère des Affaires étrangères chinois, déclarait que la Chine avait “toujours eu une attitude ouverte, transparente et responsable” quant à la recherche de l’origine du virus.

Une enquête au caractère politique

Il a ajouté que des experts de l’OMS avaient déjà été accueillis dans le pays et insisté sur le fait que les scientifiques chinois et ceux de l’équipe de l’organisation avaient entretenu des échanges fréquents, notamment lors de réunions en visioconférence entre octobre et décembre.

Hua Chunyinga précisé : “Il faut suivre les procédures nécessaires et procéder aux arrangements particuliers requis pour que le groupe d’experts internationaux qui viendra en Chine puisse travailler sans accroc. Les deux parties sont encore en train de négocier.

Il faut dire que cette enquête revêt un caractère particulièrement politique. “Les scientifiques entreprennent cette mission alors que la Chine et les États-Unis sont dans une impasse géopolitique, l’administration Trump ayant imposé de nouvelles restrictions aux entreprises technologiques chinoises et accusé Pékin d’entraver l’enquête de l’OMS”.

Cela dit, l’OMS avait été critiquée dès le début de l’épidémie. Il lui était notamment reproché d’avoir adhéré à la version chinoise sans aucun recul et tardé à déclarer l’urgence sanitaire mondiale. En Chine, des rumeurs ont été véhiculées par les médias d’État affirmant que le virus avait été importé de l’étranger, tandis qu’ailleurs dans le monde l’hypothèse d’un virus qui serait échappé d’un laboratoire chinois n’a toujours pas pu être écartée.

Pas d’éloge, pas de critique, pas de réponse

La quête des origines du virus est tellement chargée politiquement que le gouvernement central exige que toutes les études sur le sujet soient soumises au Conseil d’État avant publication”. “Depuis le début de l’épidémie, les autorités chinoises se sont toujours efforcées de contrôler strictement les informations.

Dans ce contexte, Alexandra Phelan, avocate spécialisée en santé mondiale au Center for Global Health Science and Security de l’université de Georgetown, estime que les scientifiques sélectionnés pour faire partie de l’équipe internationale n’ont peut-être pas l’expérience nécessaire “pour naviguer dans les eaux politiques agitées” de la Chine. “Ce n’est pas que la Chine et les dirigeants chinois veulent des éloges ; c’est qu’ils ne veulent pas de critiques”, insiste-t-elle.

À supposer que les scientifiques parviennent à se rendre en Chine dans les prochains jours, leurs conclusions risquent d’être accueillies avec scepticisme,d’autant qu’ils devront en partie se fonder sur des travaux déjà réalisés par leurs confrères chinois. “Il sera impossible de prouver que vous êtes totalement transparent”, juge Dale Fisher, spécialiste des maladies infectieuses au National University Hospital, à Singapour, qui a participé à la mission de l’OMS en février. Pessimiste, il ajoute : “Je ne pense pas que les gens devraient s’attendre à avoir une réponse à l’issue de ce voyage.

La Côte