Chine : “Je ne pensais pas que ce serait aussi violent”, une tiktokeuse afro-américaine raconte le racisme qu’elle subit

Accès interdit à certains lieux publics, commentaires racistes, menaces de mort…En Chine, la xénophobie a pris de l’ampleur depuis le début de la pandémie de Covid-19. Une situation encore plus difficile pour les personnes de couleur. Notre Observatrice, une étudiante afro-américaine installée à Shanghai, raconte les discriminations dont elle est devenue la cible.

Au début de l’année 2020, lorsque la pandémie de Covid-19 a commencé, la Chine a été accusée d’imposer aux diasporas africaines des restrictions racistes. Deux ans après ces accusations, alors que certains pays se sont adaptés progressivement à l’omniprésence du virus, des étrangers et personnes de couleur subissent encore des actes xénophobes et racistes. 

Yuqian montre les commentaires racistes qui ont été postés en réponse à l’une de ses vidéos publiée sur TikTok.

“Depuis quelques jours je n’ose plus sortir de chez moi”

Ces dernières semaines, une étudiante afro-américaine installée à Shanghai a posté, sous le nom d’utilisateur “Yuqian”, une série de vidéos devenues virales sur TikTok. Elle y dénonce les commentaires racistes envoyés par certains utilisateurs chinois.

Après avoir posté sur TikTok une vidéo de danse, elle a été choquée par les très nombreux commentaires racistes qu’elle a reçus.

Capture d’écran de commentaires racistes partagés en réponse à une vidéo de danse publiée par Yuqian. © TikTok/@elmodrums

La rédaction des Observateurs de France24 a contacté Yuqian : 

J’ai reçu de nombreux messages blessants, m’incitant au suicide. On m’a dit : “retourne en Afrique”, on m’a conseillé de me couper les mains… et d’autres choses du même ordre. 

La vidéo est devenue virale et, à cause de ma grande taille, de la couleur de ma peau ou de mes cheveux, quelqu’un pourrait me reconnaître dans la rue. Donc je m’inquiète pour ma sécurité. 

Depuis quelques jours, je n’ose plus sortir de chez moi.

Certains utilisateurs de réseaux sociaux l’ont notamment traitée de négresse. En réalité, le racisme visant les personnes noires n’est pas nouveau sur les réseaux sociaux chinois. Le China-Africa Project a réalisé une étude sur Weibo, l’équivalent chinois de Twitter, qui révèle que des vocabulaires liés à la violence, l’invasion ou encore la barbarie y sont régulièrement utilisés pour désigner des personnes noires.

La situation a empiré avec la pandémie, particulièrement parce qu’en Chine, la communauté noire a été accusée de diffuser le virus.

“J’ai été exclue d’un restaurant simplement parce qu’il n’acceptait pas les étrangers”

Plus de deux ans après le début de la pandémie, la politique sanitaire anti-Covid très stricte menée par la Chine, ainsi que les fermetures d’entreprises, a entraîné le départ de nombreux expatriés. Yuqian se souvient que son premier voyage en Chine, lorsqu’elle avait 14 ans, avait été une expérience plutôt positive. L’hospitalité témoignée par ses amis lui avait donné l’impression d’appartenir à la société chinoise. Mais son expérience post-Covid est bien différente. 

Je suis déjà venue en Chine avant la pandémie de Covid-19, donc je pensais que tout serait à peu près comme avant. Mais même si mes deux premiers mois se sont bien passés, une fois que j’ai commencé à mener ma vie ici, j’ai remarqué beaucoup de petits changements.

Après le Covid, la peur des étrangers a atteint des sommets. C’est ce que je ressens tous les jours. 

À chaque fois que les contaminations repartent à la hausse – comme par exemple en mars dernier lorsque Shanghaï a été confinée – beaucoup d’établissements me refusent l’entrée. Avec des amis, nous avons été virés de karaokés. J’ai été exclue d’un restaurant simplement parce qu’il n’acceptait pas les étrangers. Et j’ai été empêchée d’entrer dans plusieurs lieux qui demandaient à vérifier mon passeport.

De telles restrictions d’entrée appliquées par peur du Covid-19 dans des restaurants ou des boîtes nuits ont également été constatées dans d’autres pays d’Asie, par exemple en Corée du Sud

“C’est d’abord un problème de xénophobie, la discrimination raciste vient après”

Je pense que cette peur du virus ne vise pas que les personnes de couleur, mais tous les étrangers. Donc je pense qu’avant d’être une question de discrimination raciste, il s’agit de xénophobie. C’est-à-dire qu’il s’agit de peur des étrangers en général. La discrimination raciste vient après. Cependant, les personnes de couleur sont visées par des micro-agressions. En tant que mannequin, je constate que les personnes blanches sont souvent préférées aux personnes noires. Parfois on m’explique que “ce n’est pas beau” ou on me dit “on recherche des belles femmes”… mais cela veut surtout dire : “nous recherchons des femmes blanches”. Ici, quand quelqu’un parle positivement des personnes noires, c’est la plupart du temps pour évoquer des stéréotypes de la culture noire tels que le hip-hop.”

Bien que l’on me dise  beaucoup de choses négatives, je sais que tout le monde ne fait pas ça. Je ne pensais pas que ce serait aussi violent, mais cela me donne au moins l’opportunité d’expliquer quels sont les commentaires visant les personnes de couleur, ce que les gens n’osent pas dire tout haut mais qu’ils se permettent de raconter et d’envoyer sur les réseaux sociaux.”

France24