Chine : “La fête est finie”, l’inquiétante crise immobilière

Une partie de la population chinoise a décidé de boycotter le remboursement de ses prêts hypothécaires. Résultat : une accélération de la crise immobilière qui pèse sur la reprise économique.

“Les logements servent à se loger, pas à spéculer” : ce saint principe, nouvellement édicté par le gouvernement chinois, conduit en réalité les épargnants de l’empire du Milieu aux premières loges de la crise immobilière. Cette crise née de la même arrogance qui caractérisait Ben Bernanke [NDLR : président de la Banque centrale américaine] aux Etats-Unis en 2005, et qui a conduit les régulateurs chinois à sous-estimer, dès la fin de l’année 2021, la faillite du promoteur Evergrande. Cette débâcle a depuis contaminé l’ensemble du marché immobilier : les ventes résidentielles sont en chute libre de 35 % depuis le début de l’année.  

Enfermées dans leur déni, les autorités cherchent aujourd’hui à minimiser l’impact de la soudaine grève des remboursements de prêts, déclenchée par des petits emprunteurs ayant préfinancé la construction de leurs futurs appartements. Si, à ce stade, seuls 300 projets dans une centaine de villes de provinces reculées sont concernés, cette grève menace cependant l’un des principaux piliers de la croissance chinoise des vingt dernières années. En effet, en 2005, 58 % des nouvelles ventes d’immobilier étaient préfinancées par les acheteurs ; en 2021, cette proportion s’élevait même à 90 % !

Une source de financement légalement destinée à n’être affectée qu’au projet concerné, mais qui, en réalité, a plutôt permis à certains promoteurs peu scrupuleux de soutenir leurs stocks de programmes invendus. Une pratique d’autant plus répréhensible socialement que les premières victimes sont les fameux travailleurs migrants envoyés vers les grandes villes et qui ont réinvesti leurs maigres économies dans leur province d’origine, à l’image de celle du Henan.  

Si les experts de la Deutsche Bank se veulent rassurants, en soulignant que seuls 270 à 300 milliards de dollars seraient ainsi à risque, soit uniquement 4 à 5 % de l’ensemble des prêts hypothécaires, le vrai danger est de voir s’aggraver la perte de confiance du consommateur chinois. Ses prépaiements ont en réalité aidé à financer indirectement près de 30 % du PNB chinois ; et l’appréciation immobilière a été la principale source de l'”effet richesse” qui a soutenu la croissance de la consommation intérieure.  

Conséquence notable : au premier semestre 2022, l’épargne chinoise était en très forte hausse de 30 % par rapport à l’année précédente. Son augmentation de près de 1 500 milliards de dollars a stoppé net la consommation, freinée de plus par l’insécurité entretenue par les confinements récurrents et la politique inopérante du “zéro Covid”. Résultat sans précédent : le taux à dix ans des bons du Trésor chinois, à 2,8 %, se retrouve au même niveau que son homologue américain ! Les investisseurs intègrent désormais un potentiel de croissance à long terme similaire pour les deux principales puissances mondiales. Un schéma bien loin de la propagande gouvernementale chinoise parlant de prendre définitivement sa revanche sur le pays de l’Oncle Sam d’ici 2049 ! 

Un éclatement de la bulle immobilière, similaire à celui survenu aux Etats-Unis en 2008, est donc moins à craindre que le ralentissement structurel de la future croissance chinoise. C’est d’autant plus probable compte tenu du faible appétit des banques à jouer les pompiers sur des projets immobiliers désormais non rentables, et de la volonté renouvelée du gouvernement chinois de ne plus recourir à la facilité des plans publics de relance de grande ampleur, comme en Occident.  

Le timing de cette crise immobilière est particulièrement critique alors que se prépare le Congrès d’octobre, devant accorder un troisième mandat au président Xi Jinping. Elle vient s’ajouter aux critiques croissantes parmi l’élite de la politique du “zéro Covid”, à la montée des tensions géopolitiques et commerciales avec l’Occident, ainsi qu’à l’inquiétante progression du chômage, notamment chez les jeunes, à la suite de la guerre réglementaire lancée contre le secteur privé depuis un an.  

Les discussions promettent d’être animées à Beidaihe, une ville côtière où les dirigeants du Parti communiste chinois prennent traditionnellement leurs quartiers d’été. Le gouvernement risque d’avoir bien besoin de baignades dans cette station balnéaire pour faire tomber la température ambiante, dont la montée en Chine cet été ne sera pas due qu’au réchauffement climatique. Sans doute faut-il y voir la raison pour laquelle les véhicules Tesla, et leurs prétendues caméras et oreilles indiscrètes, y seront momentanément interdits d’accès ! 

L’Expansion